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«Globalement, je dirais que le bilan est bon»

20 août 2012

Les différents acteurs des moissons 2012 viennent de terminer de faucher et de rentrer le blé. L’heure est donc au premier bilan, à chaud. Si les rendements sont en baisse, la qualité semble au rendez-vous. Et les prix sont à la hausse.

La qualité du blé et des céréales est jugée «bonne», voire «très bonne», par Philippe Gonin, président et directeur du Moulin d’Yverdon.

Les agriculteurs ont tout rentré! Si certaines machines tournent encore, l’immense majorité, pour ne pas dire la quasi-totalité, des récoltes de blé et d’orge est terminée. Contrairement à l’an dernier, où les journées de beau temps n’arrivaient pas à s’enchaîner, les cultivateurs ont eu la chance d’avoir une bonne semaine de beau temps permanent, ce qui a permis de tout faucher et de garder le blé au sec! La tendance? «Pour moi, c’est une année correcte», estime Etienne Candaux, agriculteur à Premier, un avis partagé par Philippe Gonin, président et directeur du Moulin d’Yverdon, à l’affût de la moindre baisse ou de la moindre hausse.

Moins bonnes récoltes en plaine

«Globalement, je dirais que le bilan est bon. Déjà, le blé est de bonne qualité, cela j’en suis sûr. Par contre, le rendement est de 10 à 15% inférieur à celui observé l’an dernier. Pourquoi? A cause de la météo, uniquement. La plante était moins bien nourrie et nous avons constaté qu’il y avait beaucoup de petits grains», explique Philippe Gonin, tout en expliquant que les cultivateurs «de plaine» avaient plus souffert que leurs homologues situés un peu plus haut.

«C’est vrai, j’en parlais avec des paysans d’Yverdon, qui me disaient qu’ils avaient rentré moins de blé que l’an dernier, contrairement à moi qui viens d’Essertines-sur-Yverdon, par exemple, ou contrairement à mes collègues de Pomy, ou, bien sûr, plus haut. Une de nos conclusions, c’est que les cultures ont souffert du gel entre 400 mètres et 600 mètres cet hiver, avec les quelques jours de très grand froid. Dès 600 mètres, la fine couche de neige a protégé les cultures du gel. Ce n’est sans doute qu’une explication, ou une partie d’explication, mais on constate très clairement que le rendement est moindre en plaine que dès 600 mètres. Le rendement se construit toute l’année, et des températures très basses en janvier ont un impact négatif au moment de la récolte en juillet et en août», explique Philippe Gonin.

Un moins bon rendement pour une meilleure qualité

Qu’en pense donc Etienne Candaux, agriculteur «de montagne», Premier se situant pas loin des 900 mètres d’altitude? «Toutes proportions gardées, je partage cette analyse, mais pour nous, le rendement est moins primordial que pour les grands céréaliers de plaine, les quantités ne sont pas les mêmes. Et, bien sûr, la qualité du blé est très différente d’une parcelle à l’autre, d’un propriétaire à l’autre, mais je ne constate pas de baisse par rapport à l’an dernier.»

La récolte de blé semble donc appréciable cette année, même si la baisse de rendement n’est clairement pas une bonne nouvelle pour les agriculteurs de plaine, qui ont moins le sourire que l’an passé à la même époque. Et la répercussion sur le consommateur? Philippe Gonin s’occupe de la réponse; «En ce qui concerne la qualité du blé, je peux dire qu’elle sera bonne, voire très bonne. En 2003, par exemple, année de grande sécheresse, le gluten était tout en bas. Cette année, nous pourrons fournir un bon produit aux boulangers. Nous avons tiré les leçons du passé.»

 

Le marché mondial des céréales est en surchauffe

Le prix du blé est en augmentation

«Les grandes sécheresses en Russie et aux Etats-Unis sont quasiment jamais vues», glisse Philippe Gonin. La conséquence de cette baisse spectaculaire des tonnes de blé sur ces gigantesques réservoirs de matière première? «Le prix du blé est en train de prendre l’ascenseur! Si cela nous arrange? Oui et non… En fait, nous manquons également de blé, mais à un degré moindre. Eux à cause de la sécheresse et nous à cause du froid cet hiver, mais vu que nous enregistrons une baisse de la quantité entre 10% et 15%, disons que la hausse des prix va compenser cette baisse de production et que nos producteurs se retrouveront au même niveau que l’an dernier. Mais attention! Le cours du blé est un cours mondial! La Russie et les Etats-Unis souffrent en ce moment, mais il suffit que l’Australie, qui n’est pas un petit marché non plus, fasse une belle récolte, avec de bons rendements, et les prix vont chuter, y compris chez nous. Reposez-moi la question en janvier, après les moissons australiennes…», termine Philippe Gonin.

Timothée Guillemin