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«Yverdon! Metallica loves and respects you!»

1 juin 2012

La Cité thermale se souviendra longtemps du 30 mai 2012. Dans une ambiance des plus détendues, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont envahi les Rives du lac à l’occasion de l’édition suisse du festival itinérant Sonisphère. La Région vous propose de revivre l’événement.

La foule s’étendait à perte de vue sur les Rives du lac, mercredi après-midi, et l’ambiance était excellente!

«Eh, le journaliste! T’écriras pas que les metalleux sont des méchants, hein!», me lance un jeune homme, agacé par l’image que véhiculent les médias des amateurs de sa musique, en m’offrant un verre. Merci! Et pas d’inquiétudes à nourrir: je voudrais faire du scandale après la tenue du festival itinérant Sonisphère que je ne pourrai pas, tant il s’est déroulé dans un esprit de franche camaraderie générale.

La moindre bousculade? «Excuse-moi!» Poignée de mains. Le transit de la gare aux Rives du lac en début d’après-midi? Dans la meilleure des ambiances et la décontraction la plus absolue. L’évacuation du site, à la fin des concerts? Sans heurts ni boucan superflu. «C’est bien qu’il n’y ait pas trop de bruit, il y a des familles qui dorment», lance un trentenaire à longs cheveux à sa chérie.

Mettre le feu

Certains craignaient que les spectateurs démolissent Yverdon au passage. Ces derniers ont fourni la preuve par l’acte que s’ils avaient fait le déplacement pour mettre le feu, c’était uniquement aux Rives du lac. Et au sens figuré, bien évidemment.

14h30 passées de quelques minutes. Les portes sont ouvertes, les premières centaines de fans découvrent le site, ses bars, ses stands de nourriture. Les T-shirts sont noirs, les cheveux longs, mais les mines n’ont rien de patibulaire. Sourires, vannes faciles, les petits groupes se font et se défont, trinquent, substituant aux tintements traditionnels des chopes -les gobelets sont en plastique et réutilisables- des voeux de bonne santé joyeusement braillés.

Eluveitie ouvre le bal. Metal d’influence celtique, cornemuse. Ceux qui ne connaissent pas le groupe se permettent de fredonner les versions originales de «Tri Martolod» ou de «La jument de Michao», dont les airs viennent nourrir les compositions de la formation. Bonne humeur. Le chanteur, sur scène, fait le spectacle les dread-locks plus ou moins contenues dans un bonnet. Il doit avoir chaud. Aux Rives du lac, c’est le cagnard.

L’ombre est rare et sa recherche inconciliable avec le fait d’assister aux concerts. Alors que Mastodon prend le relais, les hommes sont nombreux à s’afficher fièrement le torse nu, que leur ventre soit sculpté par les séries d’abdominaux ou façonné par les litres de bière.

Patience nécessaire

Des fans en folie!

Beaucoup sont assis sur l’herbe verte du parc qui, même par les dimanches d’été qui se prêtent le mieux au pique-nique, n’a jamais accueilli pareille foule. Dès l’ouverture, il fallait une bonne demi-heure pour accéder au site. Aux moments les plus chauds de la soirée, commander une boisson impliquait près d’une heure d’attente. Conséquence: nombreux sont ceux qui adoptent l’attitude de la fourmi. Une bière dans la main gauche, une autre à ses pieds, un verre d’eau dans la main droite, ce quadra aux rouflaquettes fournies est paré pour un moment.

Slayer est en plein set. Riffs sans concession et double pédale. L’audience est bigarrée et occupe désormais presque tout l’espace disponible, sans qu’on se sente trop à l’étroit pour autant. Ceux qui arborent des bras nus de tatouages semblent en minorité. Il y a des jeunes, des moins jeunes, des tout jeunes survoltés et des plus tout jeunes excités, même si certains peinent, en hochant la tête, à suivre la cadence infernale dictée par les chantres du thrash-metal.

«We are Motörhead»

Oui, la musique est forte, mais l’ambiance à la cool. Comme si le public gardait des forces pour la suite. De l’appétit pour le plat de résistance. Tout le monde est arrivé, mais il ne fait guère de mystère que c’est pour Metallica, avant toute autre chose. Après le déchaînement de Slayer, la performance de Motörhead flatte ceux qui préfèrent le rock’n’roll, certes pêchu, au metal. La voix et la bouille du mythique Lemmy Kilmister font leur effet, le public se fait entendre, mais en garde sous la semelle.

Metallica.

Il est 20h43. Metallica fait son entrée avec un peu de retard. Le spectacle prend une autre dimension. En plus des deux écrans immenses placés de part et d’autre, le fond de la gigantesque scène devient également un support vidéo. Les titres s’enchaînent. Le groupe en vient à l’événement de la soirée, l’interprétation in extenso de son Black Album. Les Yverdonnois, comme les autres, sont en transe. Le son, qui a connu quelques petits soucis (notamment pendant le set de Mastodon), est maintenant ample, puissant.

Final en apothéose

C’est alors que la fin du concert approche que le spectacle touche à son apothéose. Lasers, feux d’artifice, lance-flammes, dont la chaleur se fait sentir à cent mètres. Rappel. Metallica entonne «Seek and destroy», issu de son premier album, pour un final heavy de circonstance. «Yverdon! Thank you! Metallica loves you, and respects you!», crie le chanteur James Hetfield à une foule qui n’en pense pas moins. Presque incrédule de la soirée qui s’achève, un jeune homme ne contient plus son enthousiasme: «On est à Yverdon! C’est là qu’on a grandi! C’est fantastique.»

Le 30 mai 2012, il y avait plus de monde aux Rives du lac que dans le reste de la Cité thermale. Chacun s’en souviendra. Beaucoup espèrent déjà que cela se reproduira. Et vite.

 

Lionel Pittet