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Rio 2016, visite guidée avec François Willen

28 juillet 2016 | Edition N°1795

Jeux olympiques – Chef du sport d’élite à Swiss Triathlon, notre chroniqueur François Willen a organisé le séjour de ses protégés. Morceaux choisis.

François Willen, ici dans le lac de Bienne, est d’attaque : tout est prêt pour vivre de grands Jeux olympiques. ©Michel Duperrex

François Willen, ici dans le lac de Bienne, est d’attaque : tout est prêt pour vivre de grands Jeux olympiques.

Copacabana, les plages de sable fin, le Pain de Sucre, le Christ Rédempteur, les favelas et les Jeux olympiques. Bienvenue à Rio de Janeiro. Dans quelques jours, ce sera l’effervescence la plus totale dans la métropole brésilienne. Les sportifs du monde entier débarqueront.

Chef du sport d’élite de Swiss Triathlon, François Willen a enfilé sa casquette d’organisateur et s’est rendu en reconnaissance au Brésil, les deux étés précédents. Le chroniqueur de La Région, établi à Yverdon-les-Bains entre 2009 et 2015, a préparé l’arrivée de ses protégés, dont la championne olympique en titre Nicola Spirig. «On ne logera pas au village olympique», explique-t-il tout de suite, depuis le bord du lac de Bienne, en face de Macolin, à Ipsach, où il vit depuis une année.

Pour ses triathlètes, le jeune quadragénaire, nommé juste après les Jeux de Londres, a roulé et crapahuté sans compter afin de dénicher les «spots» idéaux. «Ce n’a pas été une mince affaire. J’avais plusieurs adresses à visiter. Il me fallait une piscine avec de l’eau chauffée -à cette période, il fait froid la nuit, au Brésil-, ainsi que des endroits pour pouvoir rouler à vélo et courir en toute sécurité», détaille- t-il. Par conséquent, les triathlètes suisses séjourneront à quatre heures de route au sud de Rio, à Ubatuba, une station balnéaire plus paisible. Ils rejoindront un appartement à Copacabana, où se dérouleront les épreuves de triathlon, trois jours avant la compétition. «On mettra alors des rouleaux sur la terrasse, pour l’entraînement cycliste», prévoit François Willen, qui a également loué une ligne dans un fitness. Impossible, en effet, de se préparer dans le trafic quotidien.

En repérage, le Lausannois d’origine avait un sacré avantage pour trouver les bons plans : il est à moitié Brésilien, de par sa mère, et parle parfaitement le portugais. «L’entraîneur national avec qui j’étais m’a soufflé d’aller demander conseil dans un salon de coiffure du coin, car les gens y sont toujours au courant de tout, raconte le chef des triathlètes. Il avait raison : ça nous a permis de trouver un autre appartement. On a prévu plusieurs plans…»

François Willen connaît bien les règles du jeu, sur place, même si sa famille est originaire de bien plus au nord que Rio : «En voiture, ma tante emporte toujours deux sacs à main. Le vrai, caché, et un autre, près de la portière, avec un petit peu d’argent à l’intérieur, au cas où elle se fait voler.» Il a aussi fallu convaincre Swiss Olympic du bien-fondé de ne pas loger avec tous les autres athlètes. «Ce n’était pas gagné d’avance. Mais avec une médaille en jeu, j’avais des arguments de poids», glisse-t-il, tout sourire. Ses ouailles et lui se retrouveront, ainsi, à cinq minutes à pied du lieu où se dérouleront les conférences de presse avant et après la course. De quoi épargner la traversée de la ville et, par conséquent, de longues minutes de trajet qui peuvent coûter de l’énergie.

L’an passé, les concurrents ont pu découvrir le site de la compétition. Les Suisses en ont profité pour tout simuler, même l’arrivée dix jours avant, avec une athlète. «On a fait une sorte de répétition générale, souligne François Willen. J’en ai profité pour aller répérer les parcours faisables, les fitness et les restaurants. J’ai tout testé. J’ai même recherché un magasin de vélos à proximité, au cas où on avait un problème technique urgent à régler. On a essayé de parer à toute éventualité.»

En 2014, après des soucis de correspondances, il est arrivé à Rio deux jours plus tard que prévu. Ce qui explique pourquoi il a prévu une importante marge : les triathlètes suisses s’envoleront le lundi 8 août, trois jours après la cérémonie d’ouverture des Jeux, mais dix avant leur entrée en lice. Des imprévus, il y en aura. François Willen le sait et dédramatise : «L’an dernier, la veille de la course, le parcours était plein de nids de poules. Certains s’en sont plaints. A juste titre, car c’était dangereux. Le lendemain, les Brésiliens avaient goudronné 5 km avec un bitume tout neuf. C’est assez incroyable, mais là-bas, ça se passe comme ça. Dernièrement, on a eu un meeting avec les représentants de tous les autres sports. Tout le monde a fait remarquer que, quand ils sont arrivés, il y avait toujours quelques problèmes. Pour chacun, tout a été réglé pendant la nuit.» Bienvenue à Rio de Janeiro.

La stratégie de Nicola Spirig

A la tête du sport d’élite du triathlon national, François Willen a de multiples tâches à remplir. «Mais le but ultime est d’avoir le plus de médailles aux JO», lance-t-il. Pour cela, son rôle consiste à partir à la chasse aux subventions, à sélectionner les athlètes, à planifier et à former des entraîneurs. Pour Rio, celui qui avait déjà connu les Jeux en 2004 à Athènes, en tant que membre de la délégation de Swiss Swimming, a revêtu le costume d’organisateur. «On a essayé de rendre la préparation à la course la plus banale possible», affirme-t-il. Car, sur place, la pression sera forte.

Les Suisses attendent une médaille de Nicola Spirig, la championne olympique en titre. La Zurichoise a choisi, ces deux dernières années, de ne jamais participer aux mêmes épreuves que l’Américaine Gwen Jorgensen, la favorite. «Aujourd’hui, les gens ne savent pas trop où la hiérarchie en est. Comme ça, Jorgensen a toujours le doute de savoir si elle est plus forte. C’est, à mon sens, une très bonne stratégie de Nicola.» Au Brésil, la Suisse alignera également Jolanda Annen, Sven Riederer et Andrea Salvisberg.

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Manuel Gremion