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L’avenir du Moulin d’Yverdon se décidera en septembre

13 juin 2019 | Edition N°2517

Yverdon-les-Bains – Un business plan est en cours de réalisation. C’est sur cette base que les sociétaires finaliseront, ou non, la reconstruction des installations.

Une entreprise en bonne santé, des clients et des producteurs satisfaits, un projet de transformation dans le bâtiment de la rue Cordey 5. Tout allait bien pour le Moulin d’Yverdon jusqu’à ce triste 1er février 2018, où tout est parti en fumée. L’une des conséquences est le bouclement des comptes dans le rouge, avec quelque 330 000  francs d’excédents de charges en 2018, même si la plupart des clients sont restés fidèles à l’institution. Le chiffre d’affaires lié aux farines est de 1,3 million de francs, en recul de 350 000 francs à la suite du départ de deux gros clients. Symboliquement, alors que le comité proposait de ne verser que 2% au lieu de 4,6% d’intérêts sur les parts sociales, l’assemblée générale a décidé, mardi soir, de renoncer à cette rémunération. Mais ce sinistre a bien d’autres répercussions.

Un projet plus coûteux que prévu

Aujourd’hui, une promesse de vente a été signée pour la parcelle de la rue Cordey 5, pour un montant supérieur aux 640 000 francs d’actifs qui figurent dans les comptes. Et le comité planche sur la reconstruction du Moulin à la route de Sainte-Croix, dans la zone Pré-Neuf. Des discussions sont en cours pour y acquérir une parcelle de quelque 3000 m2. Sur celle-ci, quatre bâtiments seraient réalisés. Le premier accueillerait la halle de production, le second servirait au stockage de blé, de farine et de spécialités dans des silos de différents volumes, le troisième ferait office de stock de produits finis. Le dernier, enfin, abriterait des locaux techniques au sous-sol, la réception, l’huilerie et une surface de vente au rez, ainsi que des surfaces administratives à l’étage. L’équipe travaille également sur le futur organigramme du personnel, avec un directeur, un chef meunier, un meunier, des livreurs et des employés pour l’administration, soit une dizaine de personnes au total.

«Initialement, nous pensions arriver à reconstruire pour 12 à 12,5 millions de francs. Mais on se rend compte aujourd’hui qu’il faut tabler sur un million supplémentaire, soit 13,5 millions de francs. Il faudrait donc gagner pas mal de parts de marché pour que cela soit viable. Car même si la coopérative n’a pas pour but de devenir riche, elle ne doit pas non plus perdre de l’argent», a relevé, mardi soir, le président réélu de la coopérative, Jean-Daniel Cruchet. «Le problème, c’est que le Moulin d’Yverdon est dans un marché mature. Cela signifie que s’il veut gagner des parts de marché, il doit aller les prendre aux concurrents. Ce n’est donc pas gagné. Nous pensons qu’il faudrait tabler sur la production de spécialités et travailler sur la traçabilité, obtenir le label zéro émission de CO2, des choses de cet ordre-là. Mais j’ai appris récemment que 120 000 tonnes de pâtes précuites étaient arrivées en Suisse. Et chaque semaine, une boulangerie artisanale ferme ses portes. Il faudra voir si nous sommes de doux rêveurs ou si c’est réellement rentable de reconstruire un moulin.»

Deux aides bienvenues

Pour l’aider dans sa prise de décision, la coopérative a la chance de pouvoir compter, d’une part, sur un ancien cadre de la Banque cantonale vaudoise, aujourd’hui retraité. «Après six séances où nous lui avons présenté notre projet, il est arrivé à la conclusion que ce n’était pas une idée aussi folle qu’elle en avait l’air a priori», se réjouit le président. D’autre part, le comité peut aussi compter sur le travail d’un étudiant de la Haute École d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud, qui a fait du business plan du Moulin d’Yverdon son travail de fin d’études. «Il analyse les forces et faiblesses de notre projet, étudie le marché, les opportunités à saisir, le marketing… Je pense que lors de l’assemblée générale extraordinaire qui aura lieu en septembre, nous pourrons prendre une décision en toute connaissance de cause. La reconstruction est un projet ambitieux. Il ne reste plus qu’à savoir s’il est viable ou pas», tempère Jean-Daniel Cruchet.

Dominique Suter