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Les historiens ne voient pas les menhirs en rose

26 novembre 2019 | Edition N°2631

Yverdons-les-Bains – Le coloriage du site de Clendy réalisé par Extinction Rébellion ce dimanche n’enchante pas les passionnés du lieu.

«On porte atteinte à une civilisation disparue qui ne peut pas se défendre.» Ancien professeur de grec et d’histoire, Jean-Louis Vial ne le cache pas, il se sent «totalement dépassé» face à l’action menée par le mouvement écologiste Extinction Rébellion (XR pour les intimes) sur le site des menhirs de Clendy, dimanche. Pour sensibiliser le public à l’urgence climatique, le groupe a décidé de colorier les pierres et de se coucher en croix sur le sol du vénérable site. Hier matin, les traces de cette action étaient encore légèrement visibles sur place: «C’est une atteinte pour ceux qui se battent pour préserver ce patrimoine», fulmine l’enseignant retraité, toujours très actif dans divers cercles historiques locaux. Face à la multiplication récente des actions militantes sur des monuments (voir ci-dessous), il déplore que «les symboles de notre histoire soient devenus les supports de revendication des gens souvent ignorants». Même si l’action ne laisse pas de dégâts durables, il l’estime inacceptable: «Si j’allais utiliser le même spray qu’eux sur ceux qui ont fait ça ou sur leurs banderoles, ils n’apprécieraient pas. Pourtant, eux peuvent au moins se défendre…»

Un symbole de résilience

Moins virulent, l’historien Christian Schülé ne trouve pas le choix de l’action d’Extinction Rébellion beaucoup plus logique. Fasciné par l’ensemble majestueux de menhirs de la Cité thermale, il précise y avoir encore emmené un groupe de nouveaux habitants de la Ville au début du mois de novembre: «Oui, il y a eu une montée du lac lors de laquelle ce site a été submergé, autrefois, mais Yverdon a toujours su faire avec les changements climatiques puisque les points d’habitation se sont transférés plus à l’intérieur des terres, avec des évolutions entre la ville romaine et la ville médiévale. Ce site est plutôt un symbole de la permanence de l’habitat yverdonnois à travers les siècles.» Cette capacité d’adaptation ne doit toutefois pas, selon lui, faire oublier la réalité de l’urgence écologique que dénonce XR: «Ces militants sont animés par de beaux idéaux, mais je ne suis pas sûr qu’il soit très sage d’utiliser des symboles historiques pour des messages actuels», estime-t-il. à ses yeux, souiller, même momentanément, un monument est plutôt nuisible pour la cause défendue. Outre d’éventuelles inexactitudes historiques, il dénonce  un procédé entraînant une «dépossession d’un bien commun».

Philippe, activiste écologiste chez XR, comprend ces remarques et pense qu’elles seront analysées en interne. La virulence de certaines réactions, notamment sur les réseaux sociaux, l’a néanmoins affecté: «Nous avons utilisé de la craie écologique et biodégradable, en spray. La moindre atteinte au lieu serait en totale opposition avec notre consensus d’action.» Les menhirs de Clendy, selon lui, constituaient un symbole très fort de la nécessité de revenir à la terre.

Raphaël Pomey