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A 17 ans, il connaît la vie sauvage comme sa poche
Une des oeuvres de l'artiste.

A 17 ans, il connaît la vie sauvage comme sa poche

8 février 2021

Une passion hors du commun pousse Antoine Lavorel, un jeune étudiant en photographie, à parcourir les moindres recoins de la nature régionale. Reportage au cœur de la forêt.

Tapis dans le feuillage, derrière son affût de branches, il attend. Il écoute. Il observe. Il s’imprègne de cet environnement qui n’est pas le sien, mais celui du chat sauvage, du pic épeiche et du sanglier. Cela fait bientôt vingt-quatre heures qu’il se fond dans le paysage jusqu’à quasiment disparaître, laissant à l’abandon sa nature humaine pour se reconnecter à la vie sauvage. Cet observateur, aux sens affûtés et aux connaissances hors pair, s’appelle Antoine Lavorel. Il a seulement 17 ans et nous fait découvrir sa passion: la photographie animalière.

Antoine Lavorel a un appareil photo greffé à la main depuis son enfance. Il est aussi entouré de la nature qu’il apprend à connaître chaque jour un peu plus. De quoi faire rougir son entourage par ses connaissances de la faune et ses talents de photographe.

Un samedi matin pluvieux, au départ du domicile familial à L’Abergement, Antoine enfile son sac à dos, ses chaussures de marche et sa veste kaki. Direction l’affût qu’il a construit dans un petit bosquet. Avant même d’arriver sur les lieux, le jeune artiste est déjà dans le feu de l’action et dégaine son appareil photo à objectif surdimensionné. En face, un champ. Vide. Enfin… «Vous voyez les deux renards là-bas?» dit-il en désignant une tache noire invisible à l’œil nu avant de rejoindre sa cabane d’observation. «J’adore les construire et me fondre dans le paysage. C’est un bon moyen pour ne pas déranger l’animal, explique-t-il. Avoir une bonne photo c’est une chose, mais elle est plus appréciée quand on ne dérange pas. Le plus important c’est le moment.» Derrière cet affût, il peut y rester des heures, parfois un jour entier, jusqu’à apercevoir un petit museau pointer son nez au loin. Armé de patience, mais surtout de passion, le jeune homme semble avoir élu domicile dans la nature.

Chuchotant, observant constamment autour de lui, Antoine débusque d’un seul coup d’œil, avec un seul son, les animaux qui l’entourent. Un gazouillis au loin, et instantanément, il sait quel oiseau chante. Quittant l’affût après avoir laissé une odeur humaine malgré lui, le voilà qu’il arpente la forêt dans ses profondeurs. Les pieds dans la neige, la tête sous la pluie, le temps semble épargner le jeune photographe,absorbé par la beauté de ce qui l’entoure.

Soudain, le craquement d’une branche, et un petit troupeau de chevreuils s’élancent à toute allure devant ses yeux ébahis. Discrètement, il tente de les rejoindre, sans succès. Mais déjà, autre chose a attiré l’œil du connaisseur: des petites traces de pattes fuient dans la neige. «C’est un chat sauvage, j’en suis presque sûr. Un chat domestique ne s’aventurerait pas ici et c’est trop petit pour être celle d’un lynx.» Mais ce dernier n’est pas passé loin non plus. D’un coup, Antoine s’arrête et hume l’air ambiant, lourd et acide. «Vous sentez cette odeur? C’est l’urine du lynx», approuve-t-il, le nez dans les ramages d’un feuillu.

Tout près, des museaux de chamois dans les bois, une bécasse qui s’envole mais aussi des indices, des poils, des odeurs, des marques sur les arbres, Antoine Lavorel s’immisce totalement dans la vie sauvage pour en comprendre toutes les subtilités. «Le côté technique de la photographie est secondaire. Le plus important est de connaître les animaux et c’est surtout sur le terrain qu’on apprend.»

Mais ces connaissances ne sont pas innées, même si cela paraît aller de soi lorsque l’on pénètre dans la demeure de la famille Lavorel. Si le jeune cadet baigne dans la découverte de la vie sauvage, c’est notamment parce que ses deux parents sont naturalistes, l’un biologiste et l’autre entomologiste (l’étude des insectes). Le grand frère d’Antoine, Gaël Lavorel, a aussi suivi la voie artistique dans la sculpture et peinture d’animaux et d’arbres. «Maintenant, c’est parfois nous qui apprenons des choses à nos parents», sourit Antoine Lavorel, qui aime partir à la traque aux animaux avec son aîné.

Tout en relevant son piège photo qui a capturé de belles biches et le passage d’un renard, Antoine Lavorel raconte ce besoin incessant d’être dans la nature: «C’est un virus incurable! J’ai constamment besoin d’aller dehors.» Et l’hiver semble être la saison idéale pour se prêter à la photographie animalière. «Je rêve du Nord, du grand froid, de l’immensité, de la solitude.» Dès qu’il le peut, il embarque son sac de couchage et part en bivouac au Suchet par exemple, hiver compris. «J’adore dormir dehors, on se reconnecte au monde sauvage et c’est là qu’on observe le mieux. Il y a aussi un côté défi. Voir les animaux c’est plus important que dormir pour moi.»

C’est une priorité qu’Antoine fait aussi passer avant d’autres aspects de sa vie. étudiant au CEPV (lire encadré), il a du mal à concilier les deux. «Je fais trois heures de trajet par jour, alors j’ai pris un appartement à Vevey. Mais j’avais trop besoin d’aller voir les animaux, je n’ai pas supporté alors je suis rentré. Même lorsque je suis en cours, ça me frustre beaucoup car je ne peux pas les voir.»

Alors, il essaie de passer le plus clair de son temps libre dehors. «L’été je vis au même rythme que les animaux. Je me lève très tôt, je me couche tard et je dors la journée pour comprendre leurs habitudes», ajoute le jeune érudit, attiré par la région et ses forêts abondantes, ainsi que par les Préalpes.

L’animal qu’il a dans le collimateur? Le putois! Pour Antoine Lavorel, chaque animal mérite de susciter l’émerveillement, du plus petit oiseau jusqu’au lynx. Mais avant tout, le respect.

 

Antoine Lavorel, l’enfant de la nature

 

Antoine Lavorel a été sensibilisé très jeune à la compréhension et à la protection de la nature et de la faune. Son environnement et sa famille l’y ont beaucoup aidé. Dans sa maison, des jumelles, des longues vues, des appareils photos et des sacs de couchage qui sèchent. Dehors, un véritable sanctuaire à la vie sauvage dans un jardin indigène des plus accueillants pour les petites espèces régionales. Très vite, on comprend qu’il ne s’agit pas que d’une passion. C’est aussi une façon de vivre, à travers le prisme du respect et de l’apprentissage. Des livres, des sculptures… la nature est à l’honneur dans ce foyer de L’Abergement.
Si ce culte pour la vie naturelle lui vient de ses parents, Antoine Lavorel a aussi développer un autre talent: l’art.

à 8 ans, le jeune homme reçoit son premier appareil photo. à 12 ans, il présentera sa première exposition avec son frère Gaël. à 15 ans, Antoine commence le Centre d’enseignement professionnel de Vevey (CEPV) en photographie. Entre temps, il remportera divers concours de photographie dont le Vogelwarte. Ces victoires lui permettront de se fournir en matériel photo.
Actuellement en troisième année au CEPV, le jeune homme a l’ambition de faire son stage obligatoire de dernière année chez Vincent Munier, le célèbre photographe animalier français, chez qui Antoine a passé quelques temps l’été dernier. Son idole? Ses murs en sont placardé.

Malgré cette formation artistique et cette passion mordante, Antoine Lavorel a conscience qu’il ne pourra certainement pas vivre de son art. «J’aimerais travailler dans la protection de l’environnement. Pour l’instant je le fais à mon échelle en sensibilisant les gens avec mes photos et mes vidéos Youtube. J’aime montrer le positif et la beauté de notre nature plutôt que l’inverse», précise-t-il, une lueur dans les yeux. Celle de l’admiration.

Léa Perrin