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Agroscope devrait quitter La Frétaz

12 février 2016 | Edition N°1680

Bullet – Les activités vont vraisemblablement cesser, à la fin de l’année 2017, dans le domaine le plus élevé d’Europe en matière d’essais agronomiques. Rencontre avec le responsable du site.

Walter Herren s’occupe du domaine de La Frétaz depuis 2002. © Carole Alkabes

Walter Herren s’occupe du domaine de La Frétaz depuis 2002.

Walter Herren ne le cache pas, il a été «secoué» de savoir que son engagement professionnel à La Frétaz, sur la commune de Bullet, allait prendre fin, puisque le site, propriété de la Confédération, va probablement fermer ses portes le 31 décembre 2017. «C’est comme si j’y exploitais ma propre ferme. Ma femme, avec laquelle j’ai eu quatre filles, vient de Vugelles-La Mothe. J’ai beaucoup d’attaches dans la région», déclare le responsable du domaine, toutefois reconnaissant de s’être vu proposer un emploi au sein d’Agroscope, situé à Posieux, dans le canton de Fribourg.

Walter Herren s’occupe de La Frétaz depuis 2002. Contrairement à d’autres, il n’a pas été découragé à l’idée de déménager en altitude. «Il y avait plus de trente postulations pour le poste, mais plus de la moitié des candidats se sont finalement retirés, car ils estimaient qu’ils devraient habiter dans un pays de loup. En tant qu’ancien habitant de Riggisberg, dans les Préalpes bernoises, je suis habitué au climat rude», commente le responsable du domaine, dans lequel il vit avec son épouse.

Walter Herren s’occupe du domaine de La Frétaz depuis 2002. © Carole AlkabesExploité de longue date

La décision d’abandonner l’endroit serait motivée par des raisons financières. Elle marque la fin d’une longue période d’essais agronomiques démarrée à la fin de la Seconde Guerre mondiale. «Une motion avait, alors, été déposée au Conseil national pour développer la production alimentaire en Suisse, du point de vue de la quantité et de la qualité. La Confédération a acheté la parcelle à un certain Monsieur Charles, de Bofflens», explique Walter Herren.

Selon ses informations, la Coopérative suisse pour la culture maraîchère (SGG) a été le premier exploitant de la surface appartenant à l’Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL ).

La production de pommes de terre de multiplication a été étudiée dans ce coin de Jura, jusqu’au retour à la normale dans un marché de l’alimentation perturbé par le conflit mondial majeur. Deux agriculteurs indépendants ont succédé à la SGG, avant que La Frétaz ne soit dédiée à la recherche agronomique, à partir de 1972, sous l’égide de la Confédération,

Animaux et végétaux

Les 34 hectares de terrain -la moitié fauchables, l’autre moitié sous forme de pâturages- sont désormais le théâtre d’essais sous la conduite de deux structures affiliées à Agroscope, à savoir l’Institut des sciences en production végétale (IPV), de Changins, et celui des sciences en production animale (IPA), basé à Posieux.

Walter Herren a collaboré à la mise en oeuvre de plusieurs projets. En matière d’engraissement extensif au pâturage, la capacité à produire de la viande de vache de la race d’Hérens, bien connue pour ses qualités de combattante a, par exemple, été examinée. Le stress de la star des alpages valaisans a aussi été examiné, à différentes étapes du processus de la mise bas.

Des essais ont également testé la pertinence des pâturages mixtes, où cohabitent vaches, veaux, brebis et agneaux avec, à l’arrivée, un constat intéressant: les agneaux broutant au contact de bovins pâtissent moins de l’attaques de parasites. Un autre programme d’étude a montré que le petit lait s’avère un très bon complément alimentaire pour les vaches. De quoi fermer avantageusement le cycle de la production laitière.

Quant aux activités liées à l’IPV, elles visaient, notamment, à tester le rendement la résistance aux maladies des variétés de pommes de terre et de plantes fourragères (graminées et trèfle).

Situé à 1200 mètres, le site de La Frétaz est le plus élevé d’Europe en matière d’essais agronomiques. Les travaux de recherche mis en pratique à cette altitude donnent des indications précieuses sur le comportement des espèces végétales et animales dans un climat et un environnement aux nombreuses particularités. «Les résultats obtenus jusqu’ici vont, pour ainsi dire, être perdus», déplore Walter Herren.

«Nous aimerions pouvoir garder les activités liées aux plantes dans cette région, mais nous ne savons pas encore sous quelle forme et dans quelle mesure cela va être possible», indique, pour sa part, Agroscope.

La vente est l’option la plus probable

Le domaine de La Frétaz couvre une surface de 353 362 m2. Il abrite deux bâtiments d’exploitation et un garage, «sur lequel un droit distinct et permanent de superficie est en finalisation auprès d’une fondation», indique l’Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL ), propriétaire des lieux. L’OFCL indique que «la décision de vendre le domaine n’est pas encore prise, mais la probabilité d’une vente reste élevée». Si cette option se concrétise, «un appel d’offres avec cession au plus offrant», sera organisé. «Les cantons et les communes bénéficient d’un droit de préemption», conclut l’OFCL.

Ludovic Pillonel