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Béatrice Métraux face aux syndics

19 mars 2012

La cheffe du Département de l’intérieur est venue à la rencontre des syndics du district vendredi à Chavornay. Ceux-ci n’ont pas manqué de lui faire part de leurs griefs, notamment concernant le Service du développement territorial.

La conseillère d’Etat a été reçue par le préfet Albert Banderet. Au programme, la présentation du nouveau projet de Plan directeur régional, lequel ne fait pas vraiment l’unanimité...

«Si je suis là aujourd’hui pour vous présenter ce projet, je sais bien qu’il ne fait pas l’unanimité. Je suis prête à recevoir vos commentaires et à y faire face.» Béatrice Métraux a bien fait de préciser en préambule de sa rencontre avec les syndics du district Jura-Nord vaudois qu’elle avait sorti son armure, parce qu’eux avaient bel et bien affûté leurs armes. Une métaphore un brin guerrière? Oui, sans doute, mais il n’est pas faux de dire que les syndics de la région n’avaient pas que des amabilités à transmettre à la conseillère d’Etat. Ce n’était bien sûr pas elle qui était visée par les griefs des syndics, en tout cas pas personnellement, mais bien le Service du développement territorial (SDT), lequel est rattaché au Département de l’intérieur, dont s’occupe Béatrice Métraux depuis quelques mois. Ce service-là cristallise les mécontentements, qu’ils soient chuchotés dans les travées ou jetés sur la place publique.

“Mettre un peu d’ordre”

Ainsi, Jean-Daniel Cruchet, syndic de Giez, n’a-t-il pas hésité à sortir l’artillerie lourde: «J’ai l’impression, et je ne suis sans doute pas le seul, que les collaborateurs du SDT se croient tout-puissants et sont souvent très proches de certains bureaux d’ingénieurs et d’urbanistes. Il serait grand temps de mettre un peu d’ordre dans ce service!» Son intervention a été applaudie par une partie de l’assemblée. Béatrice Métraux n’était pourtant pas venue à Chavornay, pour l’assemblée des syndics du district Jura-Nord vaudois, uniquement pour recevoir des reproches. La nouvelle conseillère d’Etat est venue y défendre l’idée d’un Plan directeur régional pour le district, elle qui connaît bien cette problématique, ayant oeuvré en tant que syndique de Bottens, pour la mise en place de celui du Gros-de-Vaud.

Un des problèmes de ce plan directeur? Les communes ne pourront avoir droit au statut de centre régional, ce que sept communes de la région espèrent devenir, qu’en cas d’acceptation de ce plan. Devenir centre régional a son importance, car cela permettra à cette commune de se développer plus vite que d’autres et de pouvoir construire, ainsi, plus rapidement de nouvelles habitations. Ainsi, chaque commune devrait-elle financer ce plan, à hauteur de cinq francs par habitant, uniquement pour que la commune centre autour d’elle puisse grandir, ce qui a fait dire à Béatrice Métraux qu’il s’agissait là d’un «bel exemple de solidarité régionale». Marinette Benoît, syndique des Clées, n’était pas d’accord: «Notre Plan général d’affectation vient d’être refusé par le SDT et, aujourd’hui, je devrais aller devant mes conseillers généraux leur demander cinq francs pour un Plan directeur régional?»

Prochaine édition à Provence

La prochaine assemblée des syndics aura lieu dans la toute nouvelle salle de Provence, en présence du président du Conseil d’Etat, quel qu’il soit. Celui-ci aura notamment pour mission d’expliquer et de tenter de convaincre, pourquoi pas, les syndics du bien-fondé des «lignes supplémentaires ajoutées au budget des communes». Ce débat avait notamment été évoqué à Y-Parc, lors d’une précédente assemblée des syndics, et d’un long argumentaire sur le financement des écoles de musique. Les communes sont-elles trop mises à contribution par l’Etat? Ce sera à Pascal Broulis ou Pierre-Yves Maillard de répondre à cette épineuse question devant des syndics qui, là aussi, auront préparé les questions qui fâchent.

A noter que l’assemblée des syndics se déroule désormais en deux phases. Lors de la première, les syndics débattent entre eux, avant d’être rejoints, en deuxième partie de débat, par les députés, le ou la préfète, ainsi que la presse.

Le syndic de Ballaigues a obtenu que le système POCAMA soit en partie simplifié

Les chefs de service ont appris à connaître Raphaël Darbellay

Parmi les moments qui ont fait sourire l’assemblée, l’intervention de Raphaël Darbellay, syndic de Ballaigues, était en haut de l’affiche. Les syndics se montrant particulièrement irrités par le nouveau système POCAMA, qui oblige les communes à remplir un document de quinze pages pour organiser une manifestation aussi banale qu’une vente de pâtisseries, Raphaël Darbellay a été invité par l’Etat à venir exprimer son courroux devant… vingt-huit chefs de service!

«Nous étions deux, la représentante de l’Association des communes vaudoises, et moi-même, représentant l’UCV, face à ces vingt-huit cadres de l’Etat. Nous avons pu discuter et obtenir qu’un formulaire simplifié soit mis sur pied pour les plus petites manifestations, ce qui est déjà un début. En tout cas, une chose est sûre, aucun de ces vingt-huit chefs de service ne me connaissait avant la rencontre, mais tous se rappelleront désormais de mon nom! Mais ce qui est sûr également, c’est que je n’y retournerai pas, je tiens à préserver ma santé!»

On croit volontiers le syndic de Ballaigues, tant celui-ci ne se cache jamais, mais alors vraiment jamais, de dire ce qu’il pense, y compris devant les grands commis de l’Etat!

Timothée Guillemin