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«Benno Besson a toujours gardé un vieux fond rural vaudois»

9 mai 2019 | Edition N°2494

Yverdon-les Bains – Le journaliste et écrivain René Zahnd publie un ouvrage consacré au célèbre metteur en scène yverdonnois, qui a travaillé avec l’auteur allemand Bertolt Brecht.

À l’époque, il est un gamin qui joue au chef de bande à l’avenue Haldimand, en face de la rédaction du Journal d’Yverdon. Nous sommes au début des années 1930. À deux pas de là, il y a un immense casino orné de moulures, construit en 1898, et qui, cent ans plus tard, portera son nom. Il ne le sait pas encore, mais Benno Besson deviendra l’un des metteurs en scène les plus prolifiques de sa génération.

Longtemps journaliste et critique de théâtre, René Zahnd consacre un ouvrage à cet illustre personnage, qui a contribué, avec le dramaturge Bertolt Brecht, à la création du Berliner Ensemble. Avec Benno Besson – La réalité en jeu, René Zahnd s’interroge sur l’itinéraire théâtral de cet homme qui a marqué de son empreinte les scènes de l’Allemagne de l’Est et de l’Europe. «J’ai eu la chance de le rencontrer à la fin des années 1980, lorsque j’étais critique», se souvient René Zahnd, qui a toujours admiré le travail artistique du metteur en scène.

Né en 1922 à Yverdon, le bien nommé Benjamin Besson est le petit dernier d’une fratrie de cinq enfants. Fils d’instituteurs, il passe une grande partie de son enfance à Fiez.

C’est dans la Cité thermale qu’il découvre la pratique du théâtre. Avec d’autres jeunes de la région, parmi lesquels figure le futur imprimeur yverdonnois Henri Cornaz, il décide de monter un spectacle. Porté par cette expérience, il fonde une troupe de théâtre et sillonne le Nord vaudois avec un char et un cheval qu’un paysan de la plaine de l’Orbe lui a prêtés. Il s’arrêtera à Baulmes, à Villars-Burquin, à Champagne et à Treycovagnes. «Il n’y a pas de rideau, tous les changements se font à vue, déjà le théâtre et ses artifices sont clairement avoués. Tout cela est rare, intrigant et sans doute de qualité pour attirer l’attention du Journal d’Yverdon», écrit René Zahnd.

Une rencontre capitale

C’est à Zurich, durant ses études universitaires, qu’il rencontre l’intelligentsia allemande. Avec l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler en 1933, des comédiens juifs comme Therese Giehse ou Leonard Steckel se réfugient sur les bords de la Limmat. Le Schauspielhaus rassemble des exilés talentueux. «Ma véritable vie a commencé ici, déclarera Benno Besson quelques années plus tard. Un nouveau spectacle sortait tous les quinze jours: les émigrants travaillaient comme des diables.»

Toutefois, c’est sa rencontre avec Bertolt Brecht qui déterminera son parcours théâtral. Il assiste à plusieurs créations du dramaturge, dont la fameuse pièce Mère Courage et ses enfants (1941). «À l’époque, je savais mal l’allemand et, du point de vue de la langue, ne comprenais pas grand-chose», reconnaîtra Benno Besson. Il décide alors de monter des pièces de Brecht, dont La Bataille de Kohlen, qu’il adaptera à Yverdon en 1946.

Trois ans plus tard, c’est donc tout naturellement qu’il décide de suivre le dramaturge allemand à Berlin-Est. La guerre est finie, la ville en cendres. Tout est à reconstruire. «Avec Brecht, Benno Besson avait cette volonté de créer un monde meilleur et plus juste», explique René Zahnd, qui a également travaillé au Théâtre Vidy-Lausanne. Cette année-là, le dramaturge fonde le Berliner Ensemble. Si les premières représentations se déroulent dans les locaux du Deutsches Theater, la compagnie déménage au Theater am Schiffbauerdamm, en 1954. Coup du destin, c’est Benno Besson qui inaugure la première création, avec une mise en scène de Don Juan de Molière.

Deux ans après la mort de Brecht, Benno Besson est évincé par le Berliner Ensemble en 1958. À partir de 1969, il dirige la Volksbühne Berlin, puis parcourt toute l’Europe pour mettre en scène une soixantaine de spectacles. De 1982 à 1989, il reprend les rênes de la Comédie de Genève et meurt en 2006 à Berlin.

Comme si la boucle était bouclée

Avec un parcours artistique aussi riche, qu’est-ce qu’il reste de nord-vaudois chez le metteur en scène? «Benno Besson se mettait toujours en retrait. Il y a une sorte de malice chez lui, une manière de ruser et d’être économe de ses mots. Il a toujours gardé un vieux fond rural vaudois», indique René Zahnd. En feuilletant les pages de son livre, l’écrivain ajoute encore: «C’est étrange, parce que la dernière mise en scène achevée de Benno Besson, à Vidy, c’est une pièce du dramaturge vaudois René Morax intitulée Les quatre doigts et le pouce. C’est comme si la boucle était bouclée.»

Valérie Beauverd