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Caméra en main, il retourne à l’ouvrage

21 mars 2019 | Edition N°2461

Yverdon-Les-Bains – Après le succès du film À l’école des philosophes, Fernand Melgar remet le couvert avec Le métier de vivre, qu’il tourne actuellement dans des ateliers protégés.

Fernand Melgar suit le parcours d’une dizaine d’adolescents comme Mathéo Schorderet de la Fondation Verdeil. © Carole Alkabes

«Fernand Melgar, est-ce que tu peux m’attacher mon tablier?» Le regard rayonnant, le jeune Mathéo Schorderet brandit son habit de travail devant le réalisateur du film À l’école des philosophes. Surpris, l’homme pose sa caméra et s’exécute rapidement. Depuis le mois de janvier, il est en plein tournage pour Le métier de vivre, son nouveau projet. Après avoir filmé les premiers pas à l’école d’Albiana, Chloé, Kenza, Léon et Louis, cinq enfants qui souffrent d’un handicap mental, Fernand Melgar a décidé de se pencher sur l’entrée dans la vie active d’une dizaine d’adolescents de la Fondation Verdeil. Pas tout à fait comme les autres gamins de leur âge, ils participent à un atelier de formation préprofessionnelle d’une durée de six mois à La Cordée, à Yverdon-les-Bains (lire encadré).

Si le jeune David Naguib s’applique ce jour-là à confectionner des biscuits à l’anis, Mathéo Schorderet, lui, ne l’entend pas de cette oreille. «Je préférais l’atelier où on fabriquait des hôtels à insectes», ronchonne-t-il. Et d’ajouter: «Tu sais Valérie, mon rêve ce serait de devenir forain. En ce moment (ndlr: la semaine dernière), il y a des carrousels en ville et je me réjouis d’essayer le tapis volant ou le break dance.» Une fois son tablier attaché, le jeune garçon de 16 ans atteint du syndrome de Williams, une maladie génétique, retourne dans la biscuiterie, où d’autres personnes s’attellent à la tâche. Dans quelques semaines, Mathéo Schorderet accompagnera ses camarades pour distribuer des douceurs aux pépites de chocolat et des bricelets au sésame dans différents commerces de la région.

Voir la vie différemment

Après avoir passé plus d’un an et demi à l’école spécialisée de la rue des Philosophes à Yverdon-les-Bains, le cinéaste s’est demandé ce qu’il adviendrait de ces enfants le jour où ils quitteraient cette institution. «C’est un moment que les parents appréhendent beaucoup, explique Fernand Melgar. Ils sont face à un choix douloureux: celui de placer leur enfant dans une institution ou de le garder à la maison.»

Connu pour avoir réalisé des documentaires poignants comme La Forteresse, Vol spécial et L’Abri, Fernand Melgar a cru pendant longtemps qu’il pouvait «changer la société», mais il a vite déchanté. «À l’école des philosophes est le premier film qui va vers le beau», explique le réalisateur. Avec Le métier de vivre, il pose sa caméra sur des personnes en marge de la société. «Ce sont les marges qui nous définissent, poursuit-il. On n’a pas besoin d’être handicapé, parce qu’au final, on est tous différents.»

Depuis qu’il suit le quotidien des adolescents de la Fondation Verdeil, le cinéaste a appris une chose essentielle: prendre le temps. «C’est seulement comme ça qu’on crée de la confiance et de l’amitié.»

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Un tremplin vers un futur métier

La Fondation Verdeil compte plusieurs centres de formation Transition Ecole Métier (TEM) spécialisés, répartis sur l’ensemble du canton. A Yverdon-les-Bains, le centre compte 56 jeunes âgés de 16 à 18 ans qui souffrent d’un handicap mental. Grâce à une équipe pluridisciplinaire composée d’enseignants, d’éducateurs et de maîtres socioprofessionnels, ils participent à différents ateliers.

Selon Jean-Marc Sueur, responsable du site yverdonnois, chaque formation est «individualisée». Et de souligner: «Nous collaborons avec plusieurs ateliers protégés comme La Cordée, mais aussi avec le Service des travaux et environnement d’Yverdon-les-Bains, ainsi qu’avec des entreprises  comme Sylvain&Co, Cand-Landi, Coop ou les blanchisseries Bardush.»

Si certains jeunes peuvent ensuite poursuivre une formation au Repuis ou à l’ORIF avec une attestation fédérale de formation professionnelle à la clé, d’autres n’ont pas cette possibilité et devront être placés dans des ateliers protégés, en internat ou en externat.

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«Je souhaite qu’il conserve cette spontanéité»

Concise – Mary-Laure Schorderet a été émue lorsqu’elle a vu le film À l’école des philosophes. Maman de Mathéo, elle a appris à vivre avec le handicap de son fils.

Lorsqu’elle a découvert que Fernand Melgar tournait la suite du documentaire À l’école des philosophes, Mary-Laure Schorderet a tout de suite trouvé l’idée «super intéressante». Ce d’autant plus que la transition entre l’école et la vie professionnelle est une étape importante dans la vie d’un jeune handicapé et de sa famille. «Mathéo rêve de devenir pilote d’avion ou d’hélicoptère. Il a toujours plein d’idées, mais il y a une réalité», explique cette maman de deux enfants. Grâce aux centres de formation Transition Ecole Métier du Nord vaudois (TEM-Nord), Mathéo peut découvrir plusieurs ateliers protégés. «Pour l’instant, mon mari et moi-même n’avons pas assez de recul par rapport à l’avenir professionnel de notre fils, car il est encore au début de sa formation», poursuit Mary-Laure Schorderet. Et d’ajouter: «Je sais qu’il a beaucoup aimé l’atelier bois, mais il est encore trop tôt pour savoir s’il sera ensuite placé en internat ou en externat. Tout ce que je demande, c’est qu’il puisse être épanoui et qu’il conserve cette spontanéité, qui le caractérise tant.»

Valérie Beauverd