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«Ce sera à nous, les jeunes, de prendre des responsabilités»

20 juin 2019 | Edition N°2522

Jordan Lotomba a remporté son deuxième titre consécutif avec Young Boys, ce printemps. Remis de ses blessures, l’Yverdonnois de 20 ans est déterminé à tenter de perpétuer la domination bernoise sur le foot suisse.

Jordan Lotomba, on imagine qu’après avoir remporté deux fois le championnat en deux ans, vous ne regrettez pas votre choix d’avoir rejoint YB.

C’est d’autant plus vrai que je suis vraiment arrivé dans une belle équipe, où tout le monde s’entend bien. Cette saison, on a battu des records, dont celui du nombre de points accumulés durant la saison. C’est une vraie fierté pour le club comme pour les joueurs.

Quitter le Lausanne-Sport a-t-il été facile?

Les choses se sont faites très vite à l’époque, alors je n’ai pas vraiment eu le temps de me poser trop de questions. Mais Lausanne a toujours été mon club, et cela m’a fait bizarre un peu plus tard, lorsque je m’en suis rendu compte. Cela dit, j’y avais accompli ce que j’avais à accomplir, je voulais tenter ma chance ailleurs et j’étais confiant en mes capacités de réussir.

Comment s’est passée votre intégration à Berne?

Tout a été facile, notamment car il y a beaucoup de joueurs de couleur au sein de l’effectif. Tout le monde a été sympa avec moi, même si je suis arrivé très jeune. Et j’ai eu un super accueil de la part du capitaine Steve Von Bergen, qui s’est bien occupé de moi.

La langue a-t-elle constitué un problème à vos débuts?

Non, le langage du foot n’est de toute manière pas si compliqué, et je me débrouille pas trop mal. En plus, dans le vestiaire, il y a beaucoup de francophones… et la langue numéro 1 est le français. Il faut dire que, même au sein de l’équipe, du staff, et notamment les physios, presque tout le monde parle français à Berne.

Vous qui êtes né d’une mère congolaise et d’un père angolais, quelle importance accordez-vous au métissage qui prévaut aux Young Boys?

Les Africains apportent de la culture, de l’ambiance, notamment en mettant beaucoup de musique. Il y a vraiment un bon mélange dans le groupe, et cela fait du bien à tout le monde.

Vous avez été blessé au genou droit fin 2017, avez rejoué quelques matches au second tour en 2018, puis avez à nouveau été stoppé durant de longs mois. Comment vous sentez-vous à présent?

J’ai subi en tout trois opérations, mais tout est réglé depuis la fin du traitement pratiqué à l’étranger, à la fin du mois de janvier. J’ai alors beaucoup joué avec les M21, ce qui m’a fait du bien. Il ne fallait pas brûler les étapes, l’erreur que j’ai commise l’année passée.

Au final, vous êtes apparu à cinq reprises sur les terrains de Super League cette saison, en fin de championnat. Quels sentiments gardez-vous de cet exercice?

La saison a été à la fois joyeuse et triste pour moi. J’ai été content pour l’équipe, qui a pu disputer la Ligue des champions, et à la fois déçu car j’aurais aimé être sur la pelouse. C’est une compétition que tout le monde suit, que je regarde depuis petit. On a affronté de grandes équipes, et me retrouver dans les tribunes me rendait triste. Cela dit, mes coéquipiers méritaient tout ce qui leur est arrivé et ils ont même battu une fois la Juventus. Ce qui prouve qu’en foot, tout est possible.

 

Vous pouvez évoluer à gauche comme à droite, mais où vous sentez-vous le plus à l’aise?

À droite, un peu plus haut que latéral, car je suis un joueur offensif. En arrivant à YB, le plan était de me faire commencer sur le flanc gauche, car je suis polyvalent, puis que je prenne la relève sur le couloir droit de Kevin Mbabu le jour où il s’en irait.

Et ce jour semble arrivé…

J’ai subi des blessures et je suis ravi que le club compte sur moi pour la saison à venir. Ce sera à moi de prouver que je suis capable de m’imposer, de mettre tout le monde d’accord. J’ai assez mangé mon pain noir, à moi de tout plier cette année.

Désormais sans Steve Von Bergen, Loris Benito et Kevin Mbabu, la défense va considérablement changer de visage.

On comptait déjà une équipe jeune, et ce le sera encore plus la saison à venir. Je ne sais pas s’il y aura encore d’autres défenseurs qui rejoindront le contingent durant l’été, mais, dans tous les cas, il y aura beaucoup de responsabilités à prendre pour nous, les jeunes joueurs, et donc pour moi. Ça se passera dans la tête.

 

Un deuxième sacre fêté au restaurant

Les Bernois ont fêté le titre dans le restaurant du club, le 13 avril dernier, bien avant la fin du championnat. Les joueurs et le staff des Young Boys y étaient réunis pour suivre la rencontre de la 29e journée de championnat entre le FC Bâle et Grasshopper, qui s’est soldée par un match nul. Dès lors, ils ne pouvaient déjà plus être rejoints par les Bâlois.

«Une année plus tôt, on avait remporté le championnat dans les dernières minutes de la saison, devant notre public. Même si j’étais sur le banc, c’était tellement fort que je me sentais sur le terrain. Les sensations avaient été inexplicables, ce d’autant plus que le contexte était historique, le club n’ayant plus gagné depuis trente ans», se souvient Jordan Lotomba.Cette fois, la situation a été bien différente, même si savourer un titre reste un moment unique en soi, peu importe les circonstances.

 

«Le championnat va être difficile»

Après avoir terminé le championnat 2017-2018 avec 20 points d’avance sur Bâle (2e) et 45 sur Lugano (3e), les Young Boys endosseront le costume de favoris à la reprise. «On a fait très fort. Ce sera compliqué de réitérer une telle performance. Le championnat va être diffiicle, affirme Jordan Lotomba, bien conscient aussi que l’équipe a perdu des éléments d’importance en défense. Mais on aura toujours une belle équipe, capable de bien jouer au ballon.»

Les Bernois ont, entre autres, engagé Fabian Lustenberger (Hertha/All), appelé à prendre le relais de Steve Von Bergen en défense centrale, ainsi que fourni leur milieu de terrain, notamment avec l’arrivée du Valaisan Vincent Sierro.

Les entraînements ont recommencé lundi pour les Bernois. Jordan Lotomba, qui rêve aussi de se montrer en Ligue des champions, n’a pas attendu pour maintenir sa forme: la semaine passée, il s’est préparé avec un autre Yverdonnois champion de Suisse et ami d’enfance: le basketteur Axel Louissaint, sous la houlette du grand frère, Steeve Louissaint.

Manuel Gremion