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Ces belles plantes qui nous envahissent

10 avril 2019 | Edition N°2475

Il est urgent d’intervenir pour éradiquer
les plantes envahissantes. La Commune de Tévenon a empoigné le problème, jeudi dernier.

Une vingtaine d’habitants ont découvert avec stupeur, jeudi dernier, les dangers liés aux plantes envahissantes, appelées aussi néophytes. Cinq habitants, imbattables sur la botanique, la chimie des plantes, les mesures à prendre pour tenter d’éradiquer ces végétaux ou encore sur la législation, ont transmis leur savoir lors d’une séance d’information. Parmi eux, le garde forestier Christoph Junod. Il connaît la région sur le bout des doigts et peut sans peine amener quiconque sur l’un ou l’autre site envahi. «Surtout, a-t-il lancé, n’allez pas déposer vos tailles dans la forêt, car c’est la meilleure façon de propager ces espèces. Si vous en arrachez, il faut le faire avant la floraison. Et il est impératif de les mettre dans un containeur que la commune mettra à disposition à la déchetterie. Lors du transport, n’oubliez pas de bâcher la remorque, pour éviter la dissémination accidentelle de feuilles ou de racines. Et il va de soi qu’il ne faut en aucun cas les mettre dans le compost!»

Par endroit, ces plantes ont pris tellement de place qu’elles empêchent la forêt de se développer. Les espèces indigènes, plus petites, ne trouvent plus suffisamment de lumière pour se développer et cèdent le terrain aux intrus.

Localisation des espèces

Des cartes des villages de Tévenon, avec la localisation des espèces posant problème, seront affichées dans une vitrine du battoir à partir du mois de mai. Des photos, accompagnées d’explications sur la meilleure méthode pour en venir à bout, sont déjà publiées sur le site de la commune.

Parfois, il ne suffit pas de déraciner ces nuisibles à la main. Certaines espèces nécessitent en effet un arrachage mécanique à la pelle mécanique, jusqu’à une profondeur de 50 cm au moins. D’autres sont dotées de rhizomes – des tiges souterraines ou subaquatiques –, qui peuvent s’étendre jusqu’à 10 mètres. «Je vous rapelle que le traitement chimique pour lutter contre cette invasion est strictement interdit», a prévenu le garde forestier.

Plantes connues mais problématiques

La plupart des espèces concernées sont arrivées d’Amérique, après la découverte du continent par Christophe Colomb, vers 1500 environ. «La plupart ne posent aucun problème et sont même les bienvenues: la pomme de terre, le maïs ou la tomate par exemple», a expliqué Martin Spiess, un habitant de Tévenon. «Mais d’autres se sont tellement bien adaptées qu’elles envahissent tout, faisant périr les espèces indigènes. Sur les 500 à 600 espèces arrivées en Europe, 10% environ posent de réels problèmes.»

D’autres ont été importées accidentellement des quatre coins de la planète dans des ballots de coton ou des emballages. Il en est ainsi du séneçon du Cap, dont les petites fleurs jaunes se plaisent beaucoup sur les bermes centrales des autoroutes. Certaines, enfin, ont été introduites comme plantes d’ornement. La verge d’or est toujours appréciée dans les bouquets, bien qu’elle figure sur la liste noire de la Commission suisse pour la conservation des plantes sauvages.

L’une des pires espèces envahissantes est la renouée du Japon. Introduite il y a un peu moins de 200 ans comme plante d’ornement, elle s’est propagée sans entraves. Elle pose problème au bord des rivières, qu’elle colonise. Elle peut déstabiliser les berges et il est presque impossible d’en venir à bout. Parmi les conséquences de cette invasion, la disparition de certains oiseaux qui ne trouvent plus leur alimentation habituelle sur les rives. Autre espèce appréciée, le buddleia, appelé aussi arbe à papillons. Originaire de Chine, il fleurit dans de très nombreux jardins. Ses magnifiques fleurs fuchsia attirent les insectes. Seulement, cet arbre exsude une substance toxique qui tue les insectes. Du coup, les larves des papillons ne trouvent pas de quoi se nourrir et meurent de faim… La laurelle, appelée aussi laurier-cerise, vient d’Asie mineure et supplante la végétation naturelle de nos forêts. La totalité de la plante est toxique, car elle contient un dérivé du cyanure. Quant au magnifique Sumac, venu d’Amérique du nord, son écorce, ses feuilles et ses rameaux sont toxiques et allergènes. Il est possible d’en observer plusieurs à Grandson, au bord des voies ferrées. Il ne faut pas le brûler car sa fumée est toxique. Il faut aussi éviter tout contact avec la peau.   . S.

Dominique Suter