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Ces poubelles qui finissent en France

4 mai 2018 | Edition N°2240

Nord vaudois – Les Suisses sont de plus en plus nombreux à se débarrasser de leurs ordures de l’autre côté de la frontière. Les autorités ouvrent l’œil et organisent la traque aux dépôts sauvages.

Il déménageait, avait treize sacs-poubelle noirs de 110 litres sur les bras et a trouvé malin de s’en débarrasser en les abandonnant sur le territoire des Fourgs, en France voisine. Mais ce Nord-Vaudois n’avait pas pensé à tout puisqu’il avait laissé plusieurs indices permettant de remonter jusqu’à lui au milieu de ses détritus. La Commune des Fourgs, qui a ouvert les sacs, a donc pu l’identifier. Mais encore fallait-il réussir à mettre la main sur lui, à la suite de son déménagement.

Après des investigations des deux côtés de la frontière, le pollueur a finalement pu être auditionné. L’affaire est sur le point de trouver son dénouement. «Ce monsieur s’est excusé et on se dirige vers une solution à l’amiable pour qu’il nous dédommage pour les dépenses et les heures de travail effectuées pour évacuer les déchets, explique Claudine Bulle Lescoffit, maire des Fourgs. Il pourrait ainsi éviter des poursuites pénales.»

Ce cas est révélateur des problèmes de plus en plus récurrents qui se posent en France voisine. Depuis l’introduction de la taxe au sac ou au poids dans le canton de Vaud, certains Suisses ont pris la fâcheuse habitude d’aller se débarrasser de leurs poubelles de l’autre côté de la frontière. Aux Fourgs, les dépôts sauvages sont fréquents. «Ce sont souvent des plaques suisses», déplore le maire, qui a récemment confié son désarroi à Franklin Thévenaz, syndic de la commune voisine de Sainte-Croix, dans le cadre de leurs échanges réguliers. «C’est triste qu’on soit obligés de parler de ça, se désole Claudine Bulle Lescoffit. C’est n’est jamais agréable d’avoir des relations interfrontalières pour des sujets comme ça.»

Son homologue suisse prend l’affaire très au sérieux, bien que les pollueurs ne soient pas forcément des Sainte-Crix. «C’est un problème et il commence à prendre de l’ampleur, réagit Franklin Thévenaz. Les gens vont faire leurs courses à Pontarlier (F) et ils jettent leurs poubelles dans la forêt au passage. Puis, au retour, ils se débarrassent de leurs emballages. Ce ne sont pas des comportements acceptables, on est en société et il y a des règles à respecter!» L’édile a déjà pris langue avec le préfet et la police et entend prochainement rencontrer les douaniers.

«On ne peut pas laisser les choses se passer ainsi!»

A la frontière française, justement, on ouvre l’œil. «Lors des contrôles de véhicules suisses, il est fréquent que les douaniers tombent sur des sacs-poubelle», indique Josyane Duchet, cheffe du Pôle action économique à la Direction régionale des douanes de Franche-Comté. Ceux qui sont pincés avec leurs détritus risquent des amendes d’un minimum de 150 euros. «Il y a eu 140 constatations en 2017 par les services de Franche-Comté. Environ dix tonnes de marchandises classées en déchets ont été interceptées», poursuit Josyane Duchet, qui précise qu’il ne s’agit pas uniquement d’ordures ménagères. Et d’ajouter: «Ce phénomène, qui ne concerne pas uniquement la Franche-Comté mais toutes les communes frontalières, est en pleine expansion depuis la création de l’écotaxe sur les déchets ménagers en Suisse.»

Aux Fourgs, on évacue régulièrement des détritus abandonnés de part et d’autre du territoire communal, tout ça aux frais de la collectivité. Mobilier d’intérieur ou de jardin, pots de peinture, sacs-poubelle: tout y passe. Mais seuls les dépôts conséquents, et qui présentent suffisamment d’indices pour tenter d’identifier l’auteur, font l’objet d’une dénonciation pénale. En dix-huit mois, la Commune a ainsi déposé trois plaintes. «Ça demande énormément de temps, d’investissement et d’énergie, note le maire. Mais il faut montrer aux gens qu’on ne peut pas laisser les choses se passer ainsi sans réaction!»


Forêts suisses également souillées

Il n’y a pas que les communes françaises frontalières qui fassent les frais des dépôts sauvages. Les pollueurs se lâchent aussi de ce côté-ci de la frontière. A Sainte-Croix, le garde forestier Benoit Margot découvre régulièrement des ordures dans la forêt ou au bord des chemins. «C’est toujours un peu aux mêmes endroits, commente-t-il. Là où les voitures peuvent s’arrêter.» Comme aux Fourgs, il peut s’agir de déchets imposants – bidons de peinture, batteries, frigos – ou de poubelles. «Ce sont souvent des sacs noirs. Le comble de la stupidité, c’est de balancer un sac taxé. Ça arrive aussi, même si c’est rare!» Si l’auteur peut être identifié, il est dénoncé à la préfecture. En cas de condamnation, les amendes peuvent aller de 500 à 5000 francs.

Caroline Gebhard