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C’est en pionnier que le Gymnase surfe sur la vague verte

10 octobre 2019 | Edition N°2599

Le Gymnase d’Yverdon n’a pas attendu la grève du climat pour entamer une petite révolution avec ses élèves. Rencontre avec Christian Henchoz, doyen et professeur de géographie.

La théorie, c’est bien, mais la pratique, c’est mieux! Partant de ce constat, Christian Henchoz, professeur de géographie et doyen, a poussé ses élèves à se bouger pour que le monde bouge. Parce qu’il percevait le malaise de ses élèves face aux annonces alarmistes de la mondialisation et de la transition écologique, il les a incités à gérer un projet, de la conception jusqu’à une possible réalisation, à devenir acteurs plutôt que spectateurs.

Christian Henchoz, doyen. © Michel Duperrex

«Le Gymnase d’Yverdon est sensible aux problèmes de durabilité depuis longtemps, se réjouit l’enseignant. En 2010 déjà, une rénovation très importante de son enveloppe a été entreprise. L’isolation a été refaite, les fenêtres ont été changées, tout a été mis en place pour que le bâtiment soit le plus efficient possible en matière d’énergie. à cette époque, mes collègues Frédéric Dind et Amaël Chevalier, tous deux passionnés d’apiculture, ont requis l’autorisation d’installer des ruches sur le campus», se souvient Christian Henchoz. Aujourd’hui, il y en a cinq. Les élèves participent à leur entretien, extraient le miel puis le vendent à l’interne, de manière à couvrir les frais d’exploitation du rucher. Le professeur confie: «Au cours de l’année scolaire, j’annonce pas mal de mauvaises nouvelles au travers de mes cours. Je ne les invente pas, elles existent. Mais j’essaie de motiver mes élèves, que je vois souvent assez abattus, en leur disant qu’à tout problème il y a une solution. En 2014, quatre élèves sont venus me trouver avec l’idée de planter des pommiers dans un champ à proximité de l’école. L’année scolaire suivante, sur leur temps libre, ils ont entrepris les démarches nécessaires et ont mené le projet à bien. Aujourd’hui, nous avons un verger qui abrite une vingtaine de pommiers, dont une bonne partie sont des variétés anciennes ou rares.»

Participation en constante augmentation

C’est en 2015 qu’est née la première Journée de la terre nourricière au Gymnase, dont le but était de montrer l’ensemble des démarches entreprises par les élèves et les enseignants en matière de durabilité. Fort de ce succès, l’idée est venue à Christian Henchoz, Patrick Gilliard et Malika Trachsel, tous trois professeurs de géographie, de créer un cours d’option complémentaire lors duquel les élèves pourraient monter leur propre projet. «Dans un premier temps, on évoque les problèmes de la société, on essaie de leur montrer des solutions et d’expliquer les bases théoriques afin de leur donner des outils pour la suite. Puis les élèves mettent la main à la pâte en partant d’une idée personnelle qu’ils concrétisent en montant quelque chose de local. Depuis 2015, ce ne sont pas moins d’une cinquantaine de réalisations qui ont vu le jour dans le Nord vaudois.»

Cette année, quarante élèves se sont inscrits à ce cours, une augmentation constante depuis 2015. «Par cette action, nous essayons de construire un socle sur la base de valeurs importantes. On leur montre les enjeux majeurs auxquels ils seront confrontés, confie l’enseignant. Cela peut toucher aussi bien aux problèmes énergétiques qu’à l’eau et aux problèmes sociaux. On essaie de stimuler des idéaux.»

Le doyen se souvient: «Certains élèves arrivent avec une idée en cours, par exemple je veux accueillir des migrants dans mon village. D’autres cherchent comment utiliser les invendus dans un commerce, ou veulent construire un hôtel à insectes. Le but est que leur rêve, dans la mesure du possible, soit réaliste et aboutisse. De la rentrée jusqu’à Noël, c’est la phase de gestation des idées. Puis, de janvier à mai, c’est la réalisation. Ils doivent présenter leur travail à l’ensemble du Gymnase lors d’une Journée de la terre nourricière ou, pour l’année scolaire en cours, lors de la journée Portes ouvertes, qui aura lieu les 8 et 9 mai. Ils sont jugés sur la qualité de leur prestation, pas sur sa réalisation. Cela est important, car il faut du courage pour se lancer dans un projet, et l’échec peut faire peur. Par contre, une idée qui a abouti donne un sentiment de fierté et de confiance en soi. Dans les rares cas où l’objectif n’est pas atteint, il faut qu’ils comprennent pourquoi il n’y sont pas arrivés. De cette manière, les élèves peuvent apprendre de leur échec.»

Plusieurs étudiants continuent sur leur lancée une fois le gymnase terminé. Il en est ainsi de deux élèves qui voulaient que leur village accueille des migrants. Une famille d’Irakiens avec trois enfants est venue s’y installer au terme de deux ans de travail. Aujourd’hui, cette ancienne gymnasienne poursuit des études de droit humanitaire.

Le Plan d’études romand offre le cadre pour intégrer la durabilité dans l’ensemble des cours, tant à l’école obligatoire qu’au gymnase ou dans les écoles professionnelles.
à l’instar du Gymnase d’Yverdon qui s’engage sur cette voie depuis bientôt dix ans, d’autres établissements du Nord vaudois sont particulièrement actifs. Ainsi, l’école secondaire de Chavornay est sur le point d’obtenir le label éco-School, un programme international d’éducation au développement durable, de la maternelle au gymnase. A Orbe, l’école travaille de manière exemplaire avec les autorités. Il y a pléthore de projets participatifs qui se mettent en place. «En mai 2020, on fêtera les dix ans de la durabilité au Gymnase. A cette occasion, le Gymnase d’Yverdon est en train de se doter de son propre Agenda 2030. C’est une première dans le canton.» Le monde bouge et l’école n’est pas restée sur le quai.

Dominique Suter