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Cet agriculteur a diminué de moitié son utilisation de phytos
© Michel Duperrex

Cet agriculteur a diminué de moitié son utilisation de phytos

22 avril 2021

Matthieu Gudit, d’Arrissoules, a trouvé la machine idéale pour traiter ses cultures et optimiser l’utilisation de produits. Avec une contrainte: se lever à 3h du matin pour aller aux champs!

 

Matthieu Gudit (32 ans) ne s’occupe pas que des vaches dans l’exploitation familiale, mais cela ne l’empêche pas de se lever tôt. Très tôt, même. Car le jeune agriculteur ne s’en cache pas: il traite ses champs avec des pesticides et, afin de garantir une utilisation optimale, c’est souvent dès 3h du matin qu’il parcourt son domaine. «Les produits sont bien moins efficaces lorsqu’il fait chaud et j’arrête donc vers 9h», souligne celui qui calcule au plus près la dose de pesticides qu’il disperse dans ses cultures. Car chez Matthieu Gudit, pas question d’y aller «à la louche»: tout est calibré à la dose près, afin de garantir une efficacité maximale.

Surtout, depuis une année maintenant, il utilise une machine venue de France, présente sur plus de 3500 domaines dans l’Hexagone. Cet optimiseur de pulvérisation, qui ressemble de prime abord à un grand congélateur, est une machine de pointe, encore très peu connue en Suisse, qui permet de traiter l’eau de manière très précise. «A ma connaissance, je suis le seul à en avoir une en Suisse. Et même en France, 3500 sur le nombre de domaines que compte le pays, ce n’est pas énorme. Au début, j’ai dû être convaincu, bien sûr. Et puis, au fil des discussions, j’ai compris tout le bénéfice que je pourrais en tirer… et je ne regrette rien, bien au contraire! Un simple chiffre: je suis passé de 200 litres d’eau par hectare à 80», explique-t-il.

La machine lui a tout de même coûté quelques dizaines de milliers de francs, mais l’agriculteur d’Arrissoules l’assure: il a diminué de moitié sa consommation de produits phytosanitaires! «Et vu le prix des produits, le calcul a été vite fait. En fait, ce pulvérisateur me permet d’affiner le dosage, parce que les données de base des fabricants ne prennent pas forcément en compte les données du terrain, ce qui est logique. Le PH, la température de l’eau, tout ce genre de choses, il faut l’affiner, ce que je fais avec mon pulvérisateur et qui me fait économiser beaucoup d’argent. Et en plus, c’est très écologique, vu que je consomme moins de phytos. Et vu que le rendement est le même, je ne me vois pas arrêter de sitôt.»

S’il n’a pas encore de grand recul, vu qu’il n’a commencé à traiter ainsi que depuis une année, Matthieu Gudit ne voit que des avantages à sa nouvelle manière de travailler. Mis à part le fait, bien sûr, qu’il doive monter sur son tracteur à 3h du matin…

 

Des vaches et des cultures

 

Le domaine familial des Gudit comprend 250 têtes de bétail (surtout laitier, un peu d’engraissement), et des cultures (blé, betterave, colza, pommes de terre, triticale…).

 

«Les efforts en faveur de l’écologie, on les fait»

 

Evidemment, Matthieu Gudit votera deux fois non le 13 juin. Le sujet l’irrite d’ailleurs quelque peu. «On en fait un combat visant à faire passer les agriculteurs pour des pollueurs, s’agace le jeune paysan. Or, je ne connais personne qui fasse autant d’efforts pour l’environnement que nous! Les efforts en faveur de l’écologie, on les fait tous les jours en nourrissant la population suisse au moyen de produits de qualité, cultivés sur le territoire. Et nous sommes régulièrement contrôlés, ce qui est tout à fait normal. Les conditions sont strictes, on les respecte, il n’y a aucun souci. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’aujourd’hui, on mange étranger un jour sur deux. Si ces initiatives passent, c’est vite vu, ce sera de l’étranger au menu trois jours sur quatre. Et dites-moi comment on va contrôler ce qui vient de l’étranger… On doit garder le contrôle et la nourriture de qualité, ce sont nous, les paysans, qui la produisons, en prenant des mesures en faveur de l’écologie, comme mon pulvérisateur. Tous, à notre échelle, on fait ce qu’il faut pour assurer l’avenir. Et ce n’est pas parce qu’on utilise des pesticides quand c’est indispensable qu’on n’est pas écolos.»

 

Pas d’unanimité paysanne le 13 juin

Les deux textes provoquent le débat, y compris à l’interne.

Demeter, Bio Suisse et l’Association des petits paysans (8000 familles représentées) ont annoncé soutenir l’initiative «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse». «Aujourd’hui, les pesticides de synthèse sont partout. Ils réduisent la fertilité des sols, appauvrissent la biodiversité et nuisent à notre santé», a estimé Christian Vessaz, vigneron et membre de Demeter. Pour lui qui est passé avec succès à la biodynamie depuis 2013, «il est fondamental que nos sols et nos eaux conservent leur capacité à produire des aliments sains. Cet objectif n’est atteignable qu’en arrêtant d’utiliser la chimie de synthèse».

Les trois organisations ont par contre des positions différentes sur la deuxième initiative «Pour une eau potable propre et une alimentation saine». Bio Suisse recommande son rejet, Demeter et l’Association des petits paysans laissent la liberté de vote.

L’Union suisse des paysans (USP), qui défend les intérêts de 52 000 familles paysannes, rejette, elle, les deux initiatives. Elle les juge «extrêmes». Celle pour interdire les pesticides de synthèse est incompatible avec les règles de l’OMC. Il faudrait craindre qu’elle ne s’applique qu’à la Suisse, faisant subir un énorme désavantage concurrentiel à l’agriculture suisse. Il faudrait aussi compter avec une hausse des prix des produits sur les étals, les coûts de production bio étant plus élevés. Quant à celle sur l’eau potable, elle poserait d’énormes problèmes aux exploitations de volailles et de porcs, ces fermiers étant souvent dans l’incapacité de disposer de leur propre fourrage. Les exploitants seraient dès lors devant un dilemme: soit renoncer aux paiements directs pour continuer leur travail, soit renoncer aux filières où ces produits sont indispensables. Il faudrait alors compenser ce manque de production par des importations.

La Société suisse d’économie alpestre (SSEA) qui représente quelque 6800 exploitants d’alpages, est aussi opposée aux deux textes. • ATS

Rédaction