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«C’était comme un Tour de Suisse sans vélo»

5 décembre 2018 | Edition N°2390

Berne  –  Le Vallorbier Amedeo Stevanato, candidat au Conseil fédéral, a participé mardi soir à la nuit des long couteaux. Hier, il a assisté sans surprise à sa non-élection mais a malgré tout obtenu quelques voix.

 

«Honnêtement, vous êtes courageux, mais vous n’avez aucune chance de l’emporter!» Pierre-André Page, conseiller national fribourgeois UDC, n’y est pas allé par quatre chemins, mardi soir, lorsque le Vallorbier Amedeo Stevanato s’est présenté à lui comme candidat libre à l’élection au Conseil fédéral pour le poste laissé vacant par la PDC Doris Leuthard. Il était environ 23h quand le Nord-Vaudois s’est rendu à l’Hôtel Bellevue à Berne pour la traditionnelle nuit des longs couteaux.

Chemise blanche, pantalon bordeaux, il semblait plutôt décontracté au moment où les dernières alliances et stratégies pour les élections fédérales pouvaient encore avoir lieu. Amedeo Stevanato ne se faisait toutefois aucune illusion sur ses chances face aux deux candidates officielles du PDC (lire ci-dessous). «Si je me suis lancé dans la course, c’est parce que la Constitution fédérale m’y autorise et je voulais savoir jusqu’où un homme qui n’est pas issu du sérail politique pouvait aller», expliquait-il.

C’est grâce à son ami, le conseiller national UDC neuchâtelois Raymond Clottu rencontré lors d’un voyage d’affaires en Chine, que l’entrepreneur nord-vaudois a eu l’occasion de discuter avec plusieurs parlementaires fédéraux qui ne le connaissaient pas, mardi soir. «Je vous ai pourtant envoyé un courriel pour vous annoncer ma candidature», a-t-il glissé à l’UDC Hansjörg Knecht. «Ah bon, s’est étonné l’élu argovien. Vous savez, je reçois plus d’une centaine de messages par jour. Le vôtre est certainement passé à la trappe, parce que j’ai vraisemblablement cru que c’était un allumé (ndlr: Spinner en allemand) qui me l’avait envoyé.» Il n’était pas le seul dans ce cas-là, puisque la plupart des élus qu’Amedeo Stevanato a rencontrés à l’Hôtel Bellevue ignoraient tout de lui.

Un message personnel de la fille de Blocher

«Parmi les 246 parlementaires à qui je me suis adressé par écrit et dans les quatre langues nationales, j’ai reçu trois réponses émanant d’élus grisons, dont Magdalena Martullo-Blocher, a raconté Amedeo Stevanato. Avec son agenda très chargé, elle a quand même trouvé le temps de me répondre. Cela m’a touché.»

Candidature hors du sérail politique

Hier au petit matin, le candidat vallorbier en costard-cravate et sa compagne Marlène ont dû faire la file pour pénétrer à l’intérieur du Palais fédéral. Mais là encore, il a pu bénéficier du soutien de Raymond Clottu. «En tant que candidat, je m’attendais à avoir les mêmes droits que les autres, mais on ne m’a pas autorisé à entrer dans la Salle des pas perdus puisque l’espace était occupé par plus de 200 journalistes, remarquait-il. De plus, l’administration fédérale a pris note que je me portais candidat, mais ne m’a donné aucune indication quant au déroulement des évènements. C’est comme si je faisais le Tour de Suisse, mais qu’on me demandait de participer à la compétition sans vélo alors qu’au fond, j’ai les mêmes droits que les autres candidats (lire ci-dessous). On n’est pas tous égaux face au système.»

A l’issue des élections, l’entrepreneur vallorbier avait toutefois le regard joyeux: «Je suis allé jusqu’au bout de ma démarche qui germait depuis 2015 déjà.» Et il a même glané quelques suffrages, selon une source bien informée, mais pas suffisamment pour que son nom soit mentionné par la nouvelle présidente du Conseil national, Marina Carobbio Guscetti (PS/TI), au moment du décompte. Pas de quoi  le décevoir pour autant: «Je suis satisfait de savoir que j’ai au moins obtenu une voix, c’est l’essentiel!»

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L’avis d’un parlementaire nord-vaudois

«Aucune chance» d’être élu

Même s’il salue la démarche d’Amedeo Stevanato, le conseiller national nord-vaudois Jean-Pierre Grin reconnaît que sa candidature n’avait «aucune chance» d’aboutir. Cependant, «elle a le mérite de faire connaître au grand public que la loi électorale permet à chaque citoyen de faire acte de candidature». Et de rappeler que lors d’élections précédentes, les conseillers fédéraux Hans Schaffner (1908-2004) et Otto Stich (1927-2012) n’étaient pas issus du Parlement, tout comme Evelyne Widmer-Schlumpf. «Ici, on vit dans un sérail de partis politiques avec une formule magique. Amedeo Stevanato aurait eu plus de chances s’il s’était porté candidat au Conseil d’Etat vaudois, car c’est le peuple qui élit les membres de l’Exécutif.»

Valérie Beauverd