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Cette fois, Matthieu Pahud dit stop

6 décembre 2017 | Edition N°2139

Judo – L’Yverdonnois a mis un terme à sa carrière sur les tatamis après une énième médaille aux Championnats de Suisse. Il songe déjà à sa reconversion, tant sportive que professionnelle.

Matthieu Pahud est à la croisée des chemins. Judoka et cuisinier jusqu’il y a peu, l’Yverdonnois de 32 ans veut devenir professeur de judo et gestionnaire en commerce de détail. ©Duperrex-a

Matthieu Pahud est à la croisée des chemins. Judoka et cuisinier jusqu’il y a peu, l’Yverdonnois de 32 ans veut devenir professeur de judo et gestionnaire en commerce de détail.

La dernière compétition à laquelle a pris part Matthieu Pahud -les Championnats de Suisse, il y a deux semaines à Neuchâtel, en élite +90 kg- ne pouvait pas mieux refléter sa carrière.

Comme souvent, le Haïtien d’origine n’était pas le mieux préparé, encore moins le plus affûté. Mais il a laissé parler son talent et sa force hors du commun, emmené par un courage inépuisable. «En petite finale, j’étais mal embarqué, à tel point que j’ai vu filer la victoire plus d’une fois, raconte celui qui avait déjà été battu en début de concours, avant d’être repêché.

Mais je me suis accroché. Je la voulais, cette médaille de bronze !» Et elle est arrivée, au terme d’un combat interminable, comme un symbole. Comme si l’Yverdonnois, poussé par les souvenirs de deux décennies de compétition sur les tatamis, ne pouvait tout simplement pas finir autrement qu’avec un métal autour du coup.

 

Pas de retour possible

 

Mais cette fois, c’est fini, le judoka ne reviendra pas en arrière, et cette nouvelle breloque n’y changera rien. Usé, à bout de force, sa décision est prise : «Ma carrière d’athlète est terminée !» L’assurance et la sérénité dans sa voix ne trompent pas.

«Mes proches et mon entraîneur ont bien essayé de m’en dissuader, mais il n’y a pas de retour possible. J’en ai fini avec les combats.» Il faut dire que celui qui aligne les titres depuis 1999 a ses raisons. Octuple champion de Suisse en individuel, pour ne citer que son fait d’arme le plus impressionnant, Matthieu Pahud veut changer d’air, se reposer, prendre du temps pour se faire plaisir, lui qui, sourd de naissance à plus de 80%, a toujours combattu avec les valides : «Je m’entraînais déjà de moins en moins avant de tout arrêter», admet celui qui a notamment porté les couleurs des trois clubs yverdonnois : l’Ecole Dégallier, les Amis du Judo et le Judo Kwaï.

D’ailleurs, le Nord-Vaudois de 32 ans a décidé de prendre un virage à 90 degrés dans sa vie. Cuisinier depuis de nombreuses années, il est en train de planifier sa reconversion professionnelle. «J’ai besoin de davantage de contact avec les gens.

J’aime partager, échanger, il me faut un métier qui me corresponde. Actuellement, je suis en stage dans un magasin de sport et je suis des cours en parallèle. J’aimerais bien me diriger vers la gestion en commerce de détail. Sauf que la période n’est pas encore très propice pour rechercher une place d’apprentissage.»

 

Créer sa propre école

 

Et le judo, dans tout ça ? «Je ne laisse pas tout tomber. Ce sport m’a énormément apporté, lance celui qui est arrivé à l’âge de deux ans et demi en Suisse. On apprend à tomber, à se relever, à respecter son adversaire. Sans oublier que c’est une discipline qui réduit la violence une fois en-dehors du tatami. J’ai envie de faire perdurer ces valeurs, de rendre ce que ce sport m’a donné aux générations futures.»

Si tout reste flou et encore à l’état de projet, Matthieu Pahud a plus d’une idée en tête pour pouvoir continuer à transmettre sa passion, comme il le fait d’ailleurs très bien depuis des années : «Je rejoindrai peut-être un ami à Lausanne pour lui donner un coup de main avec ses jeunes, mais pas plus d’une fois par semaine. Cependant, la perspective la plus concrète est d’ouvrir ma propre école à Payerne. Pourquoi là-bas ? Parce que j’y habite, déjà, et qu’il n’existe plus grand-chose pour les enfants qui aimeraient se mettre au judo dans le coin. C’était le cas par le passé, mais tout a disparu aujourd’hui.»

Concernant un éventuel projet à Yverdon-les-Bains, le judoka coupe court : «Il y a déjà trois structures qui font de l’excellent travail. Ce serait ridicule de créer quoi que ce soit ici. Maintenant, la véritable difficulté va être de trouver le temps pour conjuguer mon éventuel futur rôle de professeur et mon parcours professionnel.» Et de bâtir, ainsi, les fondements de sa nouvelle vie.

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Florian Vaney