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Champion en quête de renouveau

20 décembre 2017 | Edition N°2149

Judo – Damdin Ochbadral a été le premier athlète de Mongolie titré aux Jeux olympiques des sourds, en 2009. Son aura retombée, il a vendu tout ce qui lui restait pour venir en Suisse. Aujourd’hui, il vit dans la quiétude d’Orbe. Pour se reconstruire.

Damdin Ochbadral a laissé la mauvaise partie de sa personnalité en Mongolie. En Suisse, il est un homme nouveau. ©Michel Duperrex

Damdin Ochbadral a laissé la mauvaise partie de sa personnalité en Mongolie. En Suisse, il est un homme nouveau.

Star du judo, exemple pour la relève, héros national : cible de tous les superlatifs, Damdin Ochbadral a été érigé au rang de véritable vedette en Mongolie. L’homme a été le premier à remporter une médaille d’or aux Deaflympics, en 2009 à Taipei, et seulement deux de ses concitoyens avaient réussi cet exploit chez les valides avant lui. Charmé par sa force de caractère et son parcours lors de l’événement planétaire, le Comité olympique mongol lui a alors remis une couronne (voir photo), symbole de tout ce que représente le sport -et les champions qu’il crée- dans les pays pauvres. L’homme était riche, privilégié et avait une nation à ses pieds.

 

«Pas une bonne personne»

 

Puis le succès s’est estompé. Il est bien monté sur le podium lors d’une compétition asiatique majeure en 2015, mais sa médaille de bronze n’a pas suffi à faire revenir l’aura d’un judoka qui avait bouleversé des millions de gens six ans auparavant. «Mais je n’étais pas une bonne personne à cette époque, reconnaît l’ancien champion. Le succès m’est rapidement monté à la tête. J’étais imbu de moi-même. Si je n’étais pas parti de Mongolie, j’aurais fini par mal tourner, en tombant dans l’alcool ou je ne sais quoi…»

Alors Damdin Ochbadral a effectué le seul choix qui s’imposait à lui : prendre un nouveau départ. Il a tout vendu, du moins ce qui lui restait. «Je n’ai gardé que mes médailles et mes récompenses.» Destination : la Suisse.

«Je voulais quitter la misère qui ronge mon pays d’origine. Offrir une vie un peu plus digne à ma femme (ndlr : sourde, comme lui) et mes trois enfants (tous parfaitement entendant). J’ai d’abord atterri en France, avant d’être dirigé ici.» Installé à Orbe depuis une année, en tant que requérant d’asile, il attend impatiemment que son dossier, qui se trouve à Berne, avance et qu’on lui annonce une bonne nouvelle. Soit qu’il puisse définitivement poser ses bagages dans le Nord vaudois et commencer à travailler.

S’il a laissé le mauvais côté de sa personnalité en Mongolie, le judoka, sourd de naissance, n’a pas définitivement tiré un trait sur sa vie d’avant. Sa passion des tatamis l’a immédiatement mené à une école de judo de la ville, où il s’entraîne fréquemment, malgré des maux récurant au dos, et où ses enfants sont également inscrits. «J’aimerais pouvoir exercer dans ma discipline. Donner des cours, faire profiter de mon vécu, transmettre…»

 

Au détour d’un rayon

 

Par chance, et surtout par hasard, la route de Damdin Ochbadral a croisé celle de Vincent Guyon, représentant à la Fédération sportive des sourds de Suisse (FSSS). «On s’est rencontré une première fois au club de judo, à Orbe, sans que je n’aie la moindre idée de qui il était, explique le Ransignolet, qui est aussi arbitre à la FSSS. Puis je l’ai revu, quelques mois plus tard, alors qu’on était tous deux en train de faire nos courses. On a échangé, il m’a fait part de sa carrière, montré ses médailles… Je ne pouvais pas ne rien faire pour lui. C’était impossible.»

Si la situation de l’athlète asiatique demeure encore très incertaine, celle-ci commence à évoluer, et devrait passer à la vitesse supérieure ses prochaines semaines, avec le retour de son dossier. «J’aimerais qu’il intègre la FSSS et qu’on œuvre pour le sport pour sourds ensemble, lance Vincent Guyon. Notamment auprès des jeunes, chez qui on note beaucoup de réticence à l’idée de débuter une activité physique.»

Un projet qui ne saurait réjouir davantage le principal intéressé, qui a déjà pris goût à la vie dans le Nord vaudois. Sa fille aînée a débuté un apprentissage, ses deux autres enfants vont à l’école à Orbe. Après avoir été un sportif exemplaire, Damdin Ochbadral n’a plus qu’un souhait : devenir un père et un mari irréprochable. Un homme accompli, en somme.

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Florian Vaney