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Christelle Boivin à l’épreuve de la patience

17 octobre 2019 | Edition N°2604

La pilote de Provence a réalisé sa meilleure saison, alignant les performances de choix, notamment en remportant une manche de Coupe d’Europe en Belgique. Elle était même décidée à tenter sa chance en Coupe du monde dès la reprise, l’an prochain. Des plans qu’elle doit remettre à plus tard: touchée à un genou, elle va être opérée et en aura pour de longs mois de convalescence avant de reprendre la compétition.

Le rendez-vous est pris au Pécos, sur la piste de BMX des Tuileries-de-Grandson. Au sortir de la voiture, Christelle Boivin tient des cannes dans ses mains. Elle vient d’apprendre la nouvelle. Elle souffre d’une déchirure du ligament croisé antérieur de son genou gauche, elle sera opérée début novembre et devrait en avoir pour huit mois de rééducation.

Du courage

Le coup est dur à avaler, mais la pilote de 22 ans fait bonne figure, allant même chercher son vélo et sa tenue pour les photos. Elle sort de sa meilleure saison en élite, avait véritablement franchi un palier et elle était prête à grimper la marche suivante: s’aligner en Coupe du monde, prendre le départ sur ces buttes de huit mètres qui lui posaient tant de soucis auparavant. Des rampes qu’elle avait fini par apprivoiser cette année à l’entraînement. «Lorsque ma génération est arrivée à la fin des juniors, on s’est retrouvées sans expérience devant ces nouveaux départs, se souvient celle qui a passé son enfance entre Provence et Concise. On n’était pas prêtes à cela. J’avais chuté plusieurs fois à l’entraînement et cela m’avait traumatisée.»

Il n’a pas été évident, quelques années plus tard, d’y revenir. Heureusement, les instances de la discipline sont revenues un peu en arrière. Les bosses ont été quelque peu adoucies et Christelle Boivin a trouvé le courage de s’y remettre. «Le BMX, c’est beaucoup de confiance. Ce qui demande du travail.»

Le plus ingrat, dans ses péripéties, c’est que la Nord-Vaudoise ne s’est même pas blessée sur son vélo, mais en jouant au football. Étudiante universitaire en sport à Saint-Étienne, en France, elle tapait dans le ballon dans le cadre de ses cours quand l’accident s’est produit, à la fin du mois de septembre. «Ce n’est pas évident de se retrouver arrêtée comme ça, en pleine bonne dynamique et après une telle saison, ce d’autant plus que ce n’est même pas à cause d’une chute en BMX.» Un rude contretemps qu’il l’empêche également de valider ses examens pratiques.

Formée au club de La Béroche – la piste se trouvait à cinq minutes de son domicile quand elle était petite –, dans le canton de Neuchâtel, la Provençoise retrouve le sourire lorsqu’elle repense à l’année qu’elle vient de vivre, durant laquelle elle a prouvé – notamment en remportant une manche de Coupe d’Europe disputée en Belgique le 1er septembre dernier – qu’elle a les capacités de se battre au plus haut niveau, elle qui rêve d’y obtenir des résultats probants. Le timing aurait été un peu serré pour prétendre à une place aux Jeux olympiques mais, de toute façon, cela n’entre plus en considération à présent qu’elle doit passer par la case opération. «Je sais que c’est aussi quelque chose qui forge le caractère, j’espère rebondir», lance celle qui n’est encore jamais passée sous le bistouri.

Un exil bénéfique

Championne de Suisse élite en titre, Christelle Boivin a passé l’année en France, où elle partage sa vie entre ses études et son sport de prédilection, au sein du Lempdes BMX Auvergne. Un club qui milite en division nationale – l’élite dans l’Hexagone – et qui recrute en conséquence. Les capacités de la Nord-Vaudoise lui ont ainsi ouvert les portes de l’équipe. «La structure me permet de rouler à haut niveau tout en suivant l’université, explique-t-elle. Je dispute les manches de Coupe de France et le club me soutient quand je participe aux étapes de Coupe d’Europe.» Les déplacements des pilotes – dix éléments, dont quatre filles – sont alors organisés et pris en charge, comme le sont l’inscription, l’hébergement et la nourriture. En contrepartie, les athlètes tentent de rapporter un maximum de points au club, qui a d’ailleurs remporté le circuit français cette saison.

C’est la deuxième fois que Christelle Boivin se rend en France pour sa carrière, après y avoir connu une première expérience il y a trois ans. Elle était revenue en Suisse pour s’inscrire au Gymnase de Beaulieu, en sport-études, mais elle a ensuite préféré retourner à Saint-Étienne l’an dernier. Il était compliqué et usant de se rendre à Lausanne tous les jours, ce d’autant plus qu’il n’existait pas de structure adaptée pour s’entraîner dans les environs. «Cela a toujours été mon but de pouvoir associer mon cursus au BMX, car le sport ne me fera pas vivre jusqu’à la retraite», lance-t-elle, impatiente de pouvoir montrer ce qu’elle vaut au plus haut niveau.

 

En pleine ascension

L’année de Christelle Boivin a été riche en performances probantes. La Provençoise a commencé sa saison en indoor, remportant notamment une manche internationale disputée à Avignon. La pilote du Lempdes BMX Auvergne – club avec lequel elle a remporté le classement par équipes du circuit hexagonal – s’est ensuite blessée à un pied en Coupe de France, ce qui lui a fait manquer la première Coupe d’Europe. Dès son retour rapide aux affaires, elle a cumulé les podiums au niveau français, a disputé une première finale continentale et a été couronnée championne de Suisse en début d’été.

Engagée aux Championnats d’Europe en Lettonie en juillet, elle avait atteint les demi-finales. Enfin, c’est à Peer, en Belgique, qu’elle a enregistré ses meilleurs résultats: une 3e place le premier jour de course et la victoire le lendemain. «Je ne m’y attendais pas du tout, ce d’autant plus que j’avais passé les jours précédents en Suisse, m’entraînant pour mon compte.»

Manuel Gremion