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Commerçants démunis face aux travaux

12 septembre 2018 | Edition N°2330

La rue Roger-de-Guimps, dernière étape du vaste chantier de la rue du Midi qui a débuté en juin de l’année passée, devrait rester fermée à la circulation jusqu’à la fin de l’automne. Les gérants de la boutique, du restaurant et du kiosque situés au carrefour des deux routes se sentent dépités, isolés et sont las d’attendre.

Après avoir travaillé pendant dix-sept ans dans une imprimerie, Thuc-Hieu Truong se retrouve au chômage et décide de se lancer dans la restauration. En mars 2016, il ouvre le commerce de spécialités vietnamiennes Thi-Truong à la rue du Midi. «Nous n’avions pas beaucoup de clients au début mais avec le bouche-à-oreille et les publicités, la situation s’est nettement améliorée en 2017.»

Mais l’optimisme et la détermination du restaurateur de 51 ans prennent un sacré coup la même année, lors de l’ouverture du chantier de réfection de l’un des axes majeurs d’Yverdon-les-Bains en juin. Quinze mois plus tard, la rue du Midi est à nouveau empruntée par les automobilistes mais la rue Roger-de-Guimps est, elle, toujours fermée à la circulation. «Certains clients qui venaient en voiture m’ont dit qu’ils ne reviendraient que quand tout sera fini. Heureusement, je peux compter sur les étudiants et les enseignants qui passent à pied devant mon commerce, soupire le Vietnamien, qui n’a pas pu obtenir d’indemnisation et se voit contraint d’emprunter de l’argent à son frère. On m’a dit que le chiffre d’affaires par rapport à l’année 2016-2017 n’avait pas beaucoup changé, donc ma demande n’a pas abouti.»

Responsable de la boutique Russell’s Elegance, active dans la vente et la location de robes de mariée depuis quatre ans, Marlene Maccabez a elle aussi lancé une procédure d’indemnisation, actuellement en cours de traitement. «J’ai eu une baisse conséquente des recettes avec les travaux, mais par chance le parking du Midi est resté ouvert. J’espère que tout sera terminé d’ici le mois de janvier et le salon du mariage de Lausanne.»

Chute drastique des ventes

Quelques mètres plus loin, le kiosque Chez Lola n’est pas mieux loti. «Depuis la rentrée, nous avons vendu dix francs de bonbons en deux semaines, alors qu’on en vendait pour environ septante francs par jour avant, peste la gérante Laurence Wurlod, qui quitte souvent son lieu de travail en raison du bruit. De plus, ça fait presque une année et demie que les voitures ne peuvent pas passer ici et que les arrêts de bus devant le kiosque ne peuvent pas être desservis.»

Si la plupart des commerçants sont parvenus à résister tant bien que mal, la responsable de l’épicerie Les Saveurs de Grand-mère, Nathalie Leuba, a dû jeter l’éponge. «Les travaux ont fait drastiquement chuter mon chiffre d’affaires. Celui-ci avait baissé de 40% à fin 2017. J’ai pris la décision de fermer définitivement mon commerce en mars 2018, avant que la situation ne devienne catastrophique.»

Alors que la pose d’un revêtement phono-absorbant aura lieu ce week-end à la rue du Midi, le chantier ne devrait pas être terminé avant fin novembre.

Gianluca Agosta