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Un conflit de travail s’enlise et dérape

13 février 2018 | Edition N°2184

Treycovagnes et Yverdon-les-Bains n Le syndicat UNIA et les ouvriers d’une entreprise d’électricité ont à nouveau manifesté. Avec une altercation à la clé.

Le conflit entre l’entreprise Electricité 2000, dont le siège est à Echallens, une partie de son personnel et le syndicat UNIA a connu un double rebondissement, hier. En effet, après une première manifestation le 29 janvier dernier à l’avenue de Grandson, à Yverdon-les-Bains (lire La Région Nord vaudois du 30 janvier), un accord semblait avoir été trouvé. Mais il n’a pas été respecté dans ses termes, et une nouvelle action a été menée, cette fois à Treycovagnes, sur le chantier d’un immeuble locatif situé dans la traversée du village.

Les personnes qui se rendaient à leur travail, hier matin, ont sans doute été surprises de voir des drapeaux rouges, à l’enseigne d’UNIA, agités à deux pas du centre du village. Une demi-douzaine d’ouvriers, accompagnés de deux secrétaires syndicaux, s’y étaient donné rendez-vous avant l’aube pour manifester contre l’entreprise Electricité 2000, à laquelle il est reproché de ne pas avoir respecté la convention collective de travail (CCT) du secteur de l’électricité.

D’une certaine manière, il s’agissait de la prolongation du mouvement lancé fin janvier.

L’accord non respecté

Ouvriers et syndicalistes ont manifesté hier matin devant un immeuble en construction à Treycovagnes.

Ouvriers et syndicalistes ont manifesté hier matin devant un immeuble en construction à Treycovagnes.©Raposo

Selon Lionel Roche, secrétaire à UNIA Vaud en charge du secteur, ouvriers et syndicat avaient mis fin à leur mouvement de fin janvier à la suite de la signature d’une convention avec la société incriminée.

Le patron de celle-ci, Andrea Barrile, avait accepté de payer quelque 85 000 francs d’arriérés en trois tranches, le premier versement, d’un montant de 30 000 francs, devant intervenir le 7 février. Mais à la date indiquée, l’entreprise n’a versé que 15 000 francs.

Le syndicat a réagi et les différents interlocuteurs se sont retrouvés vendredi dernier. Lors de cette rencontre, le patron d’Electricité 2000 était accompagné de Me Alexandre Reil, avocat à Lausanne.

Sous pression

Selon Lionel Roche, le montant figurant dans la convention passée fin janvier a, alors, été contesté. Par ailleurs, l’employeur s’est plaint d’avoir dû signer ce document sous la contrainte.

Le secrétaire syndical dit avoir proposé un rééchelonnement des versements, mais la partie adverse a opposé un refus. D’où le retour à la case départ et l’action menée hier matin à Treycovagnes.

Altercation suivie d’une plainte

Les manifestants ont quitté Treycovagnes en tout début d’après-midi, sans avoir obtenu un quelconque résultat. Ils se sont déplacés à l’avenue de Grandson, là où ils avaient mené leur première action à fin janvier. Les choses se sont un peu moins bien passées. Appelée par un représentant de la société propriétaire de l’immeuble, Police Nord vaudois est intervenue, ce qu’elle avait déjà fait, de manière spontanée, le matin à Treycovagnes. Mais après le départ des policiers, les choses ont dégénéré. Selon Laurent Tettamanti, le représentant du propriétaire des lieux, Cédric Leimer, qui n’est pas directement concerné, aurait proféré injures et menaces à l’égard des manifestants puis, en quittant l’immeuble, il aurait arrêté son véhicule et agressé le syndicaliste physiquement. «Il m’a craché à la figure et m’a donné un coup dans les parties», affirme Laurent Tettamanti. Il a déposé plainte peu après. Cédric Leimer conteste ces accusations: «Lorsque je suis sorti, j’étais accompagné de mon agent d’affaires. On était très près, mais ce monsieur, je ne l’ai pas touché!»

 

Convention – L’avocat d’Electricité 2000 demande juste le temps nécessaire aux vérifications

«La grève ne peut pas remplacer un tribunal»

S’il ne conteste pas que son client doit de l’argent aux collaborateurs, Me Alexandre Reil, conseil d’Electricité 2000, estime, en invoquant la doctrine, que la «grève est illicite lorsqu’il s’agit de faire respecter une convention collective». Et d’ajouter: «On ne peut pas faire grève pour toucher des arriérés de salaire.»

Au-delà de l’aspect purement juridique, la réalité est que l’employeur doit bel et bien quelques dizaines de milliers de francs aux collaborateurs, représentant des frais de repas, de temps de déplacement, et de déplacement proprement dit.

Selon l’avocat lausannois, l’employeur a soumis, fin décembre, un décompte aux employés concernés. Il n’a pas eu de nouvelles jusqu’au 22 janvier, date à laquelle un courriel lui est parvenu d’UNIA, exigeant plusieurs dizaines de milliers de francs. Electricité 2000 voulait faire le point avec sa fiduciaire et son agent d’affaires pour vérifier la réalité de ce montant. Un nouveau décompte, pour un montant de 85 000 francs, est arrivé du syndicat, puis la grève.

Me Reil soutient que la convention signée le 29 janvier par son client l’a été sous la contrainte. En date du 6 février, en son nom, il a invalidé la convention. Mais 15 000 francs ont été versés pour manifester de la bonne volonté. Lors des négociations de la semaine dernière, il a demandé un délai pour donner le temps à la société de vérifier les prétentions syndicales: «On voulait contrôler les décomptes. Nous avons aussi proposé un rééchelonnement, avec des versements de 10 000 francs par mois. Le syndicat a refusé.»

L’avocat considère désastreux qu’UNIA mette en péril l’entreprise et les emplois par son obstination. Et de tonner encore que «bloquer un chantier est un acte illicite».

 

Isidore Raposo