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De «grosses pointures» promises à La Grenette

19 septembre 2019

Fermé depuis fin juillet, l’établissement propriété de la Ville a trouvé des repreneurs. Le transfert de bail doit encore être formalisé.

Fermée abruptement à fin juillet, en raison de la maladie de l’exploitant, La Grenette a retrouvé des repreneurs. La Municipalité a en effet traité ce dossier dans sa séance d’hier. L’identité des futurs tenanciers sera révélée ultérieurement, une fois les opérations administratives relatives au transfert de bail réalisées. En effet, le contrat de bail court jusqu’en juin 2023. Municipale en charge de l’urbanisme et des bâtiments, Gloria Capt confirme et relève qu’il reste un certain nombre «d’opérations à régler».

Pour Jacques Jannet, tenancier sortant soumis à une clause de confidentialité, c’est un soulagement: «Vous pouvez écrire que La Grenette a un bel avenir. Ce sont de grosses pointures. Certains sont passés par Crissier (ndlr: Hôtel de Ville). Je suis malade et je vais enfin pouvoir me reposer. Je n’aspire qu’à une chose, la tranquillité pour le temps qui me reste à vivre, et à m’occuper de mes proches.»

L’homme qui a animé durant plus de dix ans l’une des meilleures adresses culinaires de la ville est visiblement épuisé. Non seulement par les négociations de ces dernières semaines, mais aussi par un cumul d’évènements qui n’ont fait qu’aggraver la situation et péjoré son état de santé. Peut-être aurait-il mieux fait de ne pas reprendre l’activité après les importants travaux réalisés l’an dernier par la Ville, qui a engagé quelque 4 millions de francs dans la rénovation de l’annexe de l’Hôtel de Ville qui abrite, outre le restaurant, des appartements. Mais il est toujours facile de refaire l’histoire après coup. à 70 ans, Jacques Jannet pense qu’il a assez donné, sans doute trop, et son corps ne répond plus.

S’il a accepté les travaux sans gaieté de cœur – ils ont aussi permis de doter le restaurant d’une cuisine flambant neuve – , le tenancier sortant a souffert de la période de fermeture. Même si la convention passée avec la Municipalité sauvegardait ses intérêts financiers. «On n’est jamais sûr de pouvoir garder le personnel durant une aussi longue période», explique-t-il ce mercredi matin, alors qu’il nettoie les lieux et procède à l’inventaire avec son mandataire.

Lors de la réouverture, en août de l’année dernière, la clientèle est revenue. Elle avait non seulement gardé un bon souvenir de la cuisine, mais avait aussi envie de redécouvrir les lieux. Mais le départ de certains collaborateurs, qui avaient trouvé du travail ailleurs, n’a pas facilité les choses. La relance a été plus compliquée que prévu.

Quant à la cuisine, le tenancier a dû travailler avec des fours provisoires, le fournisseur, choisi dans le cadre d’un marché public, n’ayant pas répondu aux attentes. Ce que confirme Gloria Capt, en précisant que le paiement des fours a été bloqué. La Ville a finalement opté pour un autre fournisseur et cela n’a généré aucun coût supplémentaire pour la collectivité, «mais beaucoup d’énervement», ajoute la municipale.

Victime d’un gestionnaire douteux

Un autre élément, ressortant de la gestion, est venu aggraver la situation. Le tenancier avait en effet confié la comptabilité et la gestion administrative à une «fiduciaire» de la place, dont l’administrateur s’est avéré être une personne peu recommandable. Il est en effet accusé d’avoir détourné plusieurs centaines de milliers de francs au détriment d’un entrepreneur de la région qui lui avait confié ses affaires et octroyé la signature individuelle sur ses comptes bancaires.

«Je n’ai pas été victime de détournements. Mais il a été négligent. Lorsqu’un autre comptable a repris les choses, le printemps dernier, nous avons découvert que la situation était compliquée. C’était la catastrophe. Il n’avait rien fait. Cela a généré plus de 120 000 francs de compléments à payer, notamment de charges sociales», relève, visiblement estomaqué, Jacques Jannet.

Sauver ce qui peut l’être

Ce coup d’assommoir, que d’autres commerçants de la place ont aussi subi, a plongé Jacques Jannet au fond du trou. À la mi-juillet, il n’a vu d’autre issue que celle consistant à mettre la clé sous le paillasson. Il était alors hospitalisé en France lorsqu’il a demandé à sa représentante d’informer le personnel de la fermeture immédiate, seul moyen de sauver ce qui pouvait encore l’être.

Celui qui a fait les beaux jours de La Grenette durant dix ans s’en veut par moments d’avoir trop fait confiance. Il se sent même trahi. À l’heure de l’inventaire, il déplore la disparition de certains vins prestigieux.

«Je réglerai les salaires»

Mis devant le fait accompli, les anciens collaborateurs se sont débrouillés comme ils ont pu. Certains ont gagné Vevey et la Fête des Vignerons pour gagner leur vie, d’autres ont fait des extras. Certains se plaignent de ne pas avoir reçu le salaire de juillet et celui couvrant la période de préavis. Faute d’avoir été licenciés dans les règles, ils n’ont pas pu percevoir le chômage. Ils ont décidé en début de semaine d’intervenir au Tribunal des Prud’hommes.

Le tenancier se dit blessé par cette démarche: «J’ai déjà donné les ordres de virement à la banque. Sitôt que le repreneur aura versé le montant relatif au transfert de bail et à l’équipement, les salaires seront versés. Je ferai le maximum pour résoudre ce qui peut l’être. J’aurais pu m’enfuir. Je suis malade, mais je fais face. Je suis ici pour régler les affaires le plus correctement possible.»

Isidore Raposo