Logo

Découvrez les métiers d’art de la région

30 mars 2017 | Edition N°1966

Nord vaudois – De la vallée de Joux en passant par Premier, Vallorbe et Pomy, neuf artisans nord vaudois présenteront leur profession à la population à travers des ateliers de découverte, ce week-end. Un événement annuel qui se déroule dans dix-neuf pays. Rencontre avec quatre d’entre eux.

Ce week-end auront lieu les Journées européennes des métiers d’art (JEMA). Cette manifestation annuelle permet de découvrir des métiers, de rencontrer des artisans locaux et d’entrer, le temps d’une heure, dans leur monde à travers des ateliers, organisés chez eux (inscription obligatoire) ou dans un lieu de rencontres (sans inscription), comme le Château de Nyon, l’espace horloger Vallée de Joux et le musée du Vieux pays d’Enhaut à Château d’Oex.

Les professionnels qui participent à la manifestation sont invités par l’Association Suisse des Métiers d’Arts. «Nous avons plus de quatre cents noms dans notre carnet d’adresses et, pour chaque édition, nous en sélectionnons une quarantaine, dont la moitié qui n’a jamais participé aux JEMA», commente Thierry Hogan, secrétaire général de l’association.

Et cette édition s’annonce plutôt bien, selon lui, puisque 2024 personnes se sont déjà inscrites aux divers ateliers vaudois. «En général, les chiffres explosent la dernière semaine, mais nous savons aussi qu’il y a toujours entre 8 et 10% des gens qui ne s’inscrivent pas et qui tentent leur chance en se rendant directement sur place.»

 

Événement européen

Les cantons de Neuchâtel, Genève présenteront, quant à eux, huitante-huit métiers supplémentaires. Au total, plus de 15 000 visiteurs sont attendus en Suisse.

Lancée en France en 2002, les JEMA sont devenues un événement européen depuis 2012. Aujourd’hui, c’est plus de dix-neuf pays qui y participent et 1,2 million de visiteurs à travers le monde.

La Suisse a rejoint le mouvement dès que la rencontre s’est internationalisée, suite à l’initiative de la Ville de Genève. Le canton de Vaud était le premier canton helvétique à intégrer le programme, en 2014, suivi par Genève, Jura et Neuchâtel.

 

Programme vaudois

Pour sa quatrième participation, le canton de Vaud a choisi de mettre en valeur la vallée de Joux. «Nous prenons un petit risque, car la plupart des visiteurs viennent du grand Lausanne », confie Thierry Hogan. Pourtant, seuls cinq rencontres sont prévues dans ce haut lieu de l’horlogerie, alors que neuf sont organisées à Lausanne, sept à Nyon et cinq à Château d’Oex, par exemple.

Cette année, le programme vaudois propose quarante-deux ateliers différents, dont vingt-deux nouveaux artisans à découvrir, dont les Combiers Yannick Von Hove, facteur de clavecins, et Laurent Golay, fabricant de skateboards (voir ci-dessous).

Rencontre avec quatre artisans nord vaudois aux métiers et aux parcours étonnants.

Inscription et informations sur: https://metiersdart.ch (Entrée libre)

 

Premier – Un luthier qui donne et redonne vie au bois
Le Geppetto des instruments

Pour construire un luth, Hans-Martin Bader doit créer et assembler quelque nonante pièces en bois. ©Michel Duperrex

Pour construire un luth, Hans-Martin Bader doit créer et assembler quelque nonante pièces en bois.

A l’image du papa de Pinocchio, Hans- Martin Bader sculpte le bois pour créer, à partir d’une banale planche, un instrument qui sonne et vibre. Mais son métier de luthier lui demande précision, imagination, ingéniosité, ainsi que des connaissances musicales très pointues. Car cet habitant de Premier ne se cantonne pas à un seul instrument, il fait de tout : des classiques, comme le violon et le violoncelle, à la contrebasses, en passant par les instruments baroques comme la trompette marin, la viola d’amore ou encore la vielle à roue.

Mais pour parvenir à ses fins, il doit y passer énormément de temps. Fabriquer un violon demande 180 heures de travail, et un violoncelle quelque 400 heures. «Ma vie, c’est ma passion, c’est mon travail», confie Hans-Martin Bader. Je pense qu’en quarante-six ans de métier, j’ai dû prendre cinq jours de congé maximum.»

Pourtant, la fabrication n’est qu’une partie marginale de son activité -un ou deux par an. Il passe la majeure partie de son temps à reproduire des pièces dans le style et l’esprit de l’époque à laquelle l’instrument appartient, à dessiner et graver des motifs et surtout, à réparer des fissures et objets cassés. Et rien ne lui fait peur : «Même s’il a passé sous les roues d’une voiture, je peux et je vais le réparer, car chaque instrument est une pièce unique qui est construite pour durer plus de mille ans.»

 

Une bulle hors du temps

Conscient qu’il ne peut demander un prix trop élevé pour ses oeuvres (prix qu’il a refusé de communiquer), Hans-Martin Bader préfère demander juste ce dont il a besoin pour vivre. Ce qui n’est pas grand-chose, puisqu’il vit très simplement. Il laboure son champ avec ses chevaux, il mange ce qu’il cultive et coupe son bois pour se chauffer. «Même si vous me donniez dix millions de francs je ne partirai pas de Premier, car je trouve tout ici.»

 

Le Brassus – Construire des instruments avec les matériaux d’époque
Des clavecins 100% naturels

Après dix mois de travail, le clavecin de style flamand de Yannick Van Hove coûte 52 000 francs. ©Christelle Maillard

Après dix mois de travail, le clavecin de style flamand de Yannick Van Hove coûte 52 000 francs.

Poils de sanglier, peaux de mouton, plumes de cygnes, colle de lapin, tibia de vachette, œufs, peinture au fromage, voici la liste de courses particulières de Yannick Van Hove. Rassurez-vous, il ne va ni cuisiner ni tenter quelques expérimentation ésotérique avec ces ingrédients. Non, ce Combier les utilise pour fabriquer des clavecins. «C’est pour retrouver le son de l’époque», explique-t-il. Car l’instrument pour lequel il a choisit de consacrer sa vie date au moins de 1184. «Et en ce temps-là, les gens utilisaient ce qu’ils avaient sous la main.»

Oublié durant des années, le clavecin est revenu à la mode dans les années vingt. Mais tout le savoir-faire avait disparu. Aujourd’hui, ils ne sont qu’une dizaine dans le monde à construire cette sorte d’orgue particulier de manière autonome. Dans le canton, il est même le seul. Et son savoir-faire est unique, car contrairement aux manufactures, il conçoit des instruments adaptés aux morphologies et aux envies de ses clients : «En général, avant de dessiner les plans, je demande au musicien de venir avec moi pour visiter des musées, afin de déterminer de quelle époque il souhaite son clavecin», explique-t-il. Comme ces pièces sont rares, il doit se déplacer jusqu’en France, Allemagne ou Italie. Grâce à sa spécialisation, il a quelques passe-droits pour toucher et jouer sur les instruments exposés aux musées.

 

Un travail aux multiples facettes

En plus de ses formation dans les beaux-arts, de facteur de clavecin et d’ébéniste, Yannick Van Hove utilise ses connaissances en mathématiques, en géométrie et en travaux manuels pour réaliser en l’espace de six à dix mois des clavecins. «J’adore les recherches historiques, le challenge de façonner un instrument est, à chaque fois, unique et le suspens au moment d’entendre comment il sonne !»

 

Le Brassus – Laurent Golay fait un carton pour sa première participation
Le skateboard «Swiss made» fait fureur

Pour chaque skateboard, Laurent Golay assemble entre sept et treize feuilles de bois, parfois entremêlées de fibre et de carbone. ©Christelle Maillard

Pour chaque skateboard, Laurent Golay assemble entre sept et treize feuilles de bois, parfois entremêlées de fibre et de carbone.

«C’est ma passion de gamin, alors j’ai cassé ma crousille et j’ai foncé !», raconte le Combier Laurent Golay. Il y a dix-sept ans, ce menuisier de formation a repris l’atelier de 900 m2 de son père, également menuisier, au Brassus.

Et en plus de reprendre les activités autour du bois, il a décidé, avec sa femme, de fabriquer des skateboard, longboard et kitesurf. «J’ai commencé en en construisant un pour moi, puis pour mes amis et, ensuite, je me suis dit qu’il fallait que je me lance», ajoute-il.

Mais malgré ses connaissances des arbres, il a fait quelques mauvais choix au début : «Je pensais que je savais mieux que tout le monde, alors j’ai passé une grosse commande de feuilles de bois d’érable européens, au lieu de prendre, comme tout le monde, du canadien.» Le premier test sur sa première planche n’était pas concluant : «Ça craquait comme de rien !», souligne-t-il.

 

Un succès au-delà des frontières suisses

Après avoir commandé le bon matériau, construit ses propres presses pour construire ses oeuvres, inventer des formes et son style épuré au look total bois, il manufacture environ 500 planches par an. «Nous sommes les plus grands des petits fabricants», lance-t-il avec humour. Et pour sa première participation aux Journées européennes des métiers d’art (JEMA), il fait très fort, puisqu’il n’a plus aucune place de disponible : «Nous avons même dû refuser du monde !» Et sa réputation va bien au-delà de la vallée de Joux et de la Suisse, car il a décroché un mandat avec une entreprise horlogère de luxe pour créer une gamme unique de cinquante planches hautes gammes, qui sortiront en 2018.

 

Premier – L’art de créer de la rouille de différentes couleurs
Il fait chanter le métal sous son marteau

Lewis Hofmann n’a que quelques minutes pour forger du fer à plus de 1000 degrés. ©Michel Duperrex

Lewis Hofmann n’a que quelques minutes pour forger du fer à plus de 1000 degrés.

Pour la plupart, la rouille est synonyme d’usure et de mauvais vieillissement du fer. Mais pour Lewis Hofmann, forgeron d’art et serrurier, c’est tout autre chose : «L’oxydation permet de travailler avec une palette de teintes et elle montre que le métal est vivant.» Alors autant dire que l’inox ne l’intéresse pas.

«Il est figé, c’est comme s’il était mort», révèle cet habitant de Premier. A l’aide d’acides et de sels minéraux, il fait ressortir des noirs bleutés, du rouge, du jaune et de l’orange fluo. «Avec la lumière, les couleurs varient et les pièces deviennent magnifiques.» Invité pour la seconde fois aux JEMA, il prévoit de montrer aux visiteurs comment il forge une petite pergola. Car son travail au quotidien, c’est la forge et la serrurerie, ses deux passions : «J’ai toujours aimé le fer et le feu depuis que je suis gamin», confie-t-il. Pour réaliser son rêve, il a dû se former en Géorgie : «Ici, c’est très difficile de trouver une place d’apprentissage dans la ferronnerie d’art.» Après plusieurs années à l’étranger, il a ouvert son atelier en Suisse.

 

Un métier qui demande de la culture

Outre la création et la reproduction de clés, d’outils et de barrières, il participe à des projets architecturaux à valeur culturelle. Car le travail de forgeron ne consiste pas uniquement à taper avec un marteau sur du fer chauffé. «C’est autant une activité physique que cérébrale, parce qu’il faut étudier son chantier pour réaliser des objets qui épousent le décor et le style du lieu, explique-t-il. Forger une pièce, tout le monde peut le faire, mais il faut savoir pourquoi et comment le faire correctement.»

 

Cinq autres rencontres dans la région

La Région Nord vaudois est partie à la rencontre de quatre personnalités au métier étonnant qui participeront aux Journées européennes des métiers d’arts, du 31 mars au 2 avril. Mais ils ne seront pas les seuls. Cinq autres artisans de la région, tout aussi intéressants, sont prévus au programme (Entrée libre mais ateliers sur inscription).

Programme et informations sur: https://metiersdart.ch.
Un luthier guitarier

Après une formation d’ébéniste, Adrien Roldan a décidé de se spécialiser dans la fabrication d’instruments et obtient, en 2009, un diplôme de luthier guitarier. Pour les JEMA, il ouvrira les portes de son atelier L’Alias à l’Abbaye.
Le monde de l’horlogerie

Comment mettre en valeur la vallée de Joux sans parler d’horlogerie ? Impossible. Et c’est David Candaux qui introduira ce monde de luxe et de précision dans son entreprise, sise au Solliat.
Un angleur squeletteur

Toujours dans l’horlogerie, Philippe Narbel présentera, à L’Abbaye, sa pratique de l’anglage et de la squelettisation sur des montres à grandes complications.
Les métiers du fer

Le Musée du fer et du chemin de fer de Vallorbe organise trois ateliers découverte : Jean-Marie Corona fera la démonstration de la coutellerie, Joseph Currat de l’art de la ferronnerie et Romain Candaux, de la maréchalerie.
Deux souffleurs de verre

Valérie Roquemaurel et son mari, Yann Oulevay, réalisent des pièces soufflées pour les arts de la table et les designers. Ils expliqueront les difficultés et la beauté de leur métier durant leur atelier à Pomy.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Christelle Maillard