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«Dédé» Marty, designer d’identité au grand coeur

12 juillet 2017 | Edition N°2036

Cheyres – André Marty a fêté les 37 ans d’existence de son entreprise, Marty Design, le week-end dernier à Champagne. Retour sur une vie passée à croquer l’identité des autres.

Dans l’atelier d’André Marty, les casques et les posters prennent des airs de trophées de chasse. Au centre, l’un des fameux casques «Ovomaltine» qu’a porté le skieur Didier Cuche. ©Michel Duperrex

Dans l’atelier d’André Marty, les casques et les posters prennent des airs de trophées de chasse. Au centre, l’un des fameux casques «Ovomaltine» qu’a porté le skieur Didier Cuche.

Au mur, des casques, par dizaines, sont suspendus. Ci et là, des posters dédicacés viennent combler les quelques espaces vierges. Une sorte de Hall of Fame qui en dit long sur la renommée d’André Marty dans le domaine de la peinture sur casque. Les skieurs Didier Cuche, Lara Gut ou Tina Weirather, le cycliste Simon Gerrans, le gardien du LHC Christobal Huet ou encore le pilote automobile David Coulthard : autant de grands noms qui ont laissé les doigts d’or du designer établi à Cheyres se balader sur leurs casques et les transformer en de véritables œuvres d’art.

 

Ses envies, ses fantasmes

 

Pour ses oeuvres personnelles, André Marty donne libre cours à son imagination. ©Michel Duperrex

Pour ses oeuvres personnelles, André Marty donne libre cours à son imagination.

Celui que tout le monde appelle «Dédé» aime colorer la vie des autres. Quand il n’est pas au chevet des orphelins -il est le fondateur de l’association Porte-Bonheur-, le Fribourgeois de 57 ans passe ses journées dans son atelier, à Cheyres. «L’appellation officielle de mon métier est designer d’identité. Personnellement, je me considère plus comme un redonneur d’identité, confie l’artiste. Lorsqu’une personne enfile son casque, il perd son identité. Mon job, c’est de peindre ce que mon client a envie de faire paraître, l’image qu’il a envie de donner : ses idées, ses envies, et même ses fantasmes.» C’est là que l’empathie et la capacité d’écoute d’André Marty prend tout son sens : «C’est un travail à deux. C’est fondamental de comprendre ce que veut vraiment la personne. Par exemple, avec un sportif d’élite, je parle de la vie en général, des femmes ou de musique. De tout, sauf de sport, en fait. Le but est de faire ressortir ce qu’il a à dire.»

 

Tantôt artiste, tantôt confident

 

En 1980, l’artiste a peint son premier casque de moto. Il était exposé à Champagne. ©Michel Duperrex

En 1980, l’artiste a peint son premier casque de moto. Il était exposé à Champagne.

Au fil des ans, au gré des victoires et des défaites de ceux qui sont devenus ses amis, des liens se sont tissés, et des relations fortes sont nées. «Lorsque Didier Cuche s’est blessé à un genou, le doute l’a envahi. On s’est beaucoup parlé, glisse celui qui aime troquer son rôle d’artiste avec celui de confident. Même chose avec Lara Gut, lorsqu’elle s’est blessée aux derniers Championnats du monde à Saint-Moritz. Même un SMS échangé avec elle, c’est quelque chose qui dépasse la simple sphère du sport.»

Voilà 37 ans que le Cheyrois se plaît à customiser casques, motos et autres pièces de collection, que ce soit pour de parfaits inconnus ou pour des célébrités (voir ci-dessous). Près de quatre décennies au service de son métier que «Dédé» a voulu célébrer en mettant sur pied une exposition, le week-end dernier, à Champagne. «Initialement, je voulais attendre le 40e anniversaire de l’entreprise, lâche l’acharné de travail. Mais mes ennuis cardiaques, survenus il y a plus de deux ans, ont eu l’effet d’un électrochoc. J’ai décidé d’avancer les festivités. On ne sait jamais de quoi notre vie sera faite.»

Une «poya macabre», un design taillé sur-mesure pour les Harley-Davidson. ©Michel Duperrex

Une «poya macabre», un design taillé sur-mesure pour les Harley-Davidson.

Il faut dire qu’elle n’a pas toujours été rose pour André Marty. Lui qui a perdu ses parents -il y aura 40 ans jour pour jour vendredi-, alors qu’il était adolescent : «Ce que j’ai vécu comme un traumatisme est devenu un réel bonheur. Sans ce drame qui m’a poussé à me dépasser, Porte-Bonheur n’aurait jamais vu le jour. Pas sûr, non plus, que j’aurais connu pareil succès dans ma profession.»

A 57 ans, l’heure de la retraite n’a pas encore sonné pour «Dédé». Il lui reste encore «de belles choses à faire», promet-il. Mais derrière, la relève frappe à la porte, à commencer par ses deux fils, Alexandre et Stéphane, qui ont, eux aussi, suivi une formation de designer. «Alex a déjà rejoint l’entreprise il y a un peu plus de deux ans. Bientôt, le deuxième fera de même et ce sera à moi de foutre le camp», sourit André Marty.

 

Un casque un peu particulier pour Justin Murisier

 

Les skieurs suisses sont nombreux à avoir confié leurs casques à André Marty et ses doigts d’or. Parmi les «têtes d’affiche» figurent notamment Didier Cuche et Lara Gut. Le skieur des Bugnenets fait partie de ces clients qui ont accordé une confiance sans faille au designeur fribourgeois. Comme un autre membre de Swiss-Ski, au palmarès moins fourni que celui du Neuchâtelois : le Valaisan Justin Murisier.

Le jeune skieur arborera un casque un peu particulier cet été. L’un des sponsors principaux de Swiss-Ski, Ochsner Sport, ayant laissé tombé la moitié des skieurs suisses, le Bagnard portera un casque frappé d’un point d’interrogation durant toute sa préparation estivale. «C’est un scoop !, clame André Marty. Personne ne l’a encore vu, puisque je viens tout juste de le terminer.» Ce design est l’œuvre de l’artiste, en collaboration avec le skieur. «Qui sait, peut-être que ce casque original attirera un autre gros sponsor ?», rigole André Marty, tout heureux de sa création.

 

Le jour où «Dédé» a mis un vent à Madonna

 

Le fils d’André Marty, Alexandre, a rejoint l’entreprise il y a un peu plus de deux ans. ©Michel Duperrex

Le fils d’André Marty, Alexandre, a rejoint l’entreprise il y a un peu plus de deux ans.

On savait les sportifs du monde entier nombreux à faire appel au talent d’André Marty. Ce que l’on sait moins, c’est que des célébrités planétaires, notamment de la chanson, ont aussi poussé la porte de son atelier. «Il y a une dizaine d’années, lorsque j’étais encore installé à Yvonand, Madonna s’est pointée en personne dans mes locaux, afin que je lui peigne une bombe d’équitation. J’étais alors occupé avec un client, confie le designeur. Le hic, c’est qu’avec ses lunettes de soleil, je ne l’ai pas reconnue. Je lui ai donc demandé d’aller boire un café quelque part au village et de repasser plus tard.» Un franc parlé qui peut surprendre, mais qui colle avec le personnage. Traiter tout le monde de la même manière, quel que soit leur degré de célébrité ou l’épaisseur du portemonnaie, tel est le leitmotiv de «Dédé»: «Je garde la même ligne dans mon travail, que le client s’appelle George Harrison ou Daft Punk (ndlr : les musiciens ont fait appel à ses talents), ou monsieur et madame tout le monde. C’est à chacun son tour.»

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Simon Gabioud