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Derrière l’objectif, il sublime Premier et l’Afrique

12 mars 2019 | Edition N°2454

Chaque semaine, un habitant du Nord vaudois ouvre l’album de ses souvenirs et une fenêtre sur son village.

Photographe professionnel et documentaliste, Patrick Dutoit immortalise aussi bien son village que ses nombreux voyages.© Michel Duperrex

En entrant dans le salon de Patrick Dutoit, sur les hauts de Premier, l’invitation au voyage est saisissante. Tout, ou presque, rappelle l’Afrique chez ce photographe professionnel. Un masque en bois au mur, un tapis orné d’animaux sauvages, de petites statuettes africaines sur la cheminée, ou encore le tableau d’un jeune éléphant. Face aux canapés, l’immense baie vitrée renforce un contraste d’autant plus marquant entre l’intérieur et l’extérieur de la maison.

Depuis la fenêtre, la vue sur le village est imprenable. Le clocher pointu rouge de l’école, les champs, les rues sinueuses, les fermes et les habitations sont facilement reconnaissables. C’est ici que Patrick Dutoit et son épouse Christine, infatigables voyageurs, ont décidé de poser leurs valises, il y a une dizaine d’années. «Nous avions envie de fuir la ville et de nous rapprocher de la nature. Notre maison à Premier a été un coup de cœur», explique d’emblée Patrick Dutoit, Lausannois d’origine, cheveux poivre et sel coiffés en arrière.

C’est d’ailleurs dans la capitale vaudoise qu’il a vu le jour, en 1954. La passion pour la photographie a été presque instantanée. «A treize ans, pour pouvoir m’acheter mon premier appareil photo, je distribuais la Feuille d’avis de Lausanne», se souvient-il. A cette époque, son père, graphiste de formation, immortalisait des paysages pour l’Office du tourisme vaudois. Aujourd’hui, Patrick Dutoit explique que son intérêt grandissant pour l’image n’est pas lié à une histoire d’héritage, mais bien à une passion qui l’anime depuis son plus jeune âge. Il s’est tourné naturellement vers un apprentissage de photographe à 18 ans, au sein d’un studio spécialisé dans la publicité. Patrick Dutoit y a appris la rigueur photographique, liée à une approche très technique du métier et à une maîtrise de l’éclairage. Puis, à la fin des années 1970, c’est auprès d’Edmond Kaiser, fondateur de Terres des hommes, qu’il a commencé ses séries de voyages. «Cela a été un véritable choc lorsque nous sommes partis en Inde. Il y avait tant de pauvreté et j’étais chargé de photographier les actions de l’association, qui prodiguait des soins sur place», poursuit-il.

Devenu responsable de la section photographique du Centre audiovisuel du CHUV, Patrick Dutoit a ensuite passé ses vacances à capter des images. Ses pérégrinations l’ont emmené principalement en Afrique, mais aussi en Asie. Véritable documentaliste, l’homme à la voix douce n’a eu de cesse de rapporter des reportages de ses voyages. «J’ai toujours eu un intérêt pour l’être humain. J’aime le côté documentaire de la photographie. Cela permet de représenter les gens tout en respectant ce qu’ils font et ce qu’ils sont», note-t-il encore. Patrick Dutoit a particulièrement aimé prendre des clichés de tribus africaines, notamment les Touaregs ainsi que les Himbas. Aujourd’hui à la retraite avec son épouse Christine, il partage sa vie entre Premier et la Namibie. Le couple y loue une maison.

Si le photographe s’est beaucoup intéressé à l’Afrique australe, il a également réalisé un travail photographique de quatre ans auprès du luthier Hans-Martin Bader. «C’est à travers lui que j’ai vraiment découvert Premier, explique encore Patrick Dutoit. J’ai pris des milliers de clichés de lui.» De cette riche rencontre est né le livre Le luthier qui aimait la terre, fin 2011.

Le mois prochain, Patrick et Christine Dutoit repartiront en Namibie. Le photographe pourra se consacrer à sa nouvelle passion: la photographie animalière. Et il restera fidèle à ce qui l’anime au plus profond de lui: ne jamais dénaturer le sujet et son environnement. Encore et toujours.

Lauriane Barraud