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Des consommateurs tout-puissants ?

22 novembre 2017 | Edition N°2129

Nord Vaudois – Entre la votation sur la sécurité alimentaire, plébiscitée, et la nouvelle politique agricole 2022 (PA 2022), les consommateurs pourraient devenir un des éléments clés pour les producteurs.

Les paysans suisses se demandent à quelle sauce ils vont être mangés, après le lancement de la politique agricole 2022. ©Duperrex-a

Les paysans suisses se demandent à quelle sauce ils vont être mangés, après le lancement de la politique agricole 2022.

Le 24 septembre dernier, le peuple suisse acceptait le nouvel article constitutionnel sur la sécurité alimentaire, que les Vaudois plébiscitaient (92%). Puis, début novembre, le conseiller fédéral Johann Schneider- Ammann dévoilait les grandes lignes de la politique agricole 2022 (PA 2022), largement tournées vers le renforcement des échanges mondiaux (lire ci-dessous). Au milieu de ce tourbillon d’informations, pas toujours concordantes, les producteurs tentent de faire face, en essayant de ne pas perdre espoir.

«L’agriculture a déjà fait des sacrifices et devra continuer d’en faire, avoue Stéphane Baudat, producteur à Treycovagnes. Ce qui me trouble, ce sont les deux images que l’on veut donner de l’agriculture. D’un côté, on promeut l’exploitation familiale idéale, dans un paysage préservé. C’est ce que l’on peut voir dans les spots publicitaires des grands distributeurs. Et avec la PA 2022, on va demander aux agriculteurs de produire à moindre coût, de rester absolument concurrentiels face à de nouvelles importations. Mais si c’est cette voie que nous prenons, alors devra-t-on aussi adapter la législation sur les animaux, les bâtiments ou les cultures, et redescendre au niveau de l’Ukraine, par exemple ?»

 

Doutes légitimes

 

Les doutes concernant l’avenir semblent légitimes. Et il ne s’agira, au final, pas uniquement des producteurs, mais également de toutes les professions formant une chaîne interdépendante, qui lie la terre cultivable aux assiettes des consommateurs. Et, au final, ce sont probablement ces derniers qui auront une partie de la solution, quant à l’avenir des entreprises agricoles. «Si on avait pu inscrire, dans l’article constitutionnel sur la sécurité alimentaire, qu’un certain pourcentage de la production écoulée dans le pays devait être indigène, tout serait plus clair, détaille encore Stéphane Baudat. Mais assouplir les protections douanières, en pensant que le marché se régulera tout seul, représente un risque pour un bon nombre d’exploitations.»

 

Un choix qui compte

 

Finalement, l’élément qui pourrait encore infléchir la tendance demeure le choix que va effectuer le consommateur au moment de ses achats. Soit il joue le jeu des producteurs suisses et privilégie la vente directe, et les produits parfaitement traçables issus d’une production respectueuse, soit il décide que le prix à payer pour des denrées produites régionalement s’avère trop haut pour son budget. Dans ce cas, il se rabattra sur les produits d’importation que la politique agricole 2022 aura permis de voir atterrir sur les étals des magasins de Suisse romande. Pour une fois, le citoyen, le consommateur, a vraiment le choix.

 

Politique agricole 2022

 

Une des lignes directrices de la nouvelle politique agricole de la Confédération agira sur les protections douanières, qui protègent encore, un tant soit peu, les agriculteurs suisses face à leurs concurrents européens. Mais elle va plus loin. Des accords devraient également bientôt être conclus avec l’Asie et l’Amérique, même si rien n’est encore formellement sous toit.

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Jean-Philippe Pressl-Wenger