Logo

Des ouvrages fouillés sur la villa romaine

6 décembre 2016 | Edition N°1886

Orbe – Deux séries de publications dévoilent et rassemblent les résultats des campagnes de fouilles menées sur le site urbigène où s’édifiait l’une des plus luxueuses constructions du genre au Nord des Alpes.

Ulysse découvrant Achille sur l’île grecque de Scyros. ©Duperrex-a

Ulysse découvrant Achille sur l’île grecque de Scyros.

C’ est durant l’été 1986 que débute la première campagne de fouille sur les ruines de la villa romaine d’Orbe-Boscéaz. Aujourd’hui, décembre 2016, soit trente ans et dix-huit campagnes de fouilles plus tard, la publication Urba livre les résultats de ces chantiers : cinq volumes -soit plus de 2000 pages- présentant une étude exhaustive et très attendue des vestiges de la villa.

Dix-huit ans d’exploration

Fouillée entre 1986 et 2004 dans le cadre de la construction de l’autoroute N9b, la villa d’Orbe-Boscéaz est surtout connue pour ses mosaïques, qui peuvent être visitées sur place d’avril à octobre. Celles-ci sont en effet représentatives de la richesse et de la splendeur du complexe rural, qui connut son âge d’or à la fin du IIe siècle après J.- C. Les fouilles ont été menées en collaboration avec l’Université de Lausanne, proposant ainsi une expérience pratique aux étudiants en archéologie et les formant au travail de terrain.

Vue aérienne des fouilles archéologiques, en 1993. ©DR

Vue aérienne des fouilles archéologiques, en 1993.

Le périmètre fouillé de la villa romaine comprend des bâtiments voués à l’agriculture -l’activité principale de la villa étant la culture du blé- et surtout une vaste résidence destinée à la vie et aux affaires du propriétaire des lieux. On y recense des salles de réception, un espace de travail pour le maître des lieux (le tablinum), des chambres privées réservées à la famille, un complexe thermal avec piscine chauffée et des locaux de services affectés au personnel. A l’écart des bâtiments agricoles et d’habitation, on trouve également un temple dédié au dieu oriental Mithra, découverte exceptionnelle pour un site rural.

La richesse du propriétaire est soulignée non seulement par les mosaïques, mais également par la multitude d’éléments d’ornement : fontaines, colonnades et peintures murales décoraient la plupart des chambres et des cours. Comme l’indique Thierry Luginbühl, professeur d’archéologie à l’Université de Lausanne : «On a indubitablement affaire à une famille qui s’est développée au cours du IIe siècle après J.-C., à l’instar de la famille des Valerii Macrii d’Avenches, connue par l’épigraphie et qui acquiert une importance majeure sur le plan politique de la cité des Helvètes à cette période.»

Deux séries d’ouvrages

La villa romaine a connu son âge d’or à la fin du deuxième siècle. ©DR

La villa romaine a connu son âge d’or à la fin du deuxième siècle.

La série Urba, publiée dans la collection des «Cahiers d’Archéologie Romande», «est une opération unique et exceptionnelle, une recherche exhaustive qui présente un site d’un bout à l’autre», précise Nicole Pousaz, archéologue cantonale.

La première partie Urba I, publiée en deux volumes, est le fruit d’un travail collectif et pluridisciplinaire, dirigé par les professeurs Daniel Paunier et Thierry Luginbühl, intégrant de nombreuses contributions de spécialistes sur l’histoire d’une des plus vastes villae au Nord des Alpes.

La seconde partie, Urba II, écrite par l’archéologue Yves Dubois, comprend trois volumes sur l’analyse de l’ornementation et du projet d’architecture de la demeure du IIe siècle. «Cette publication, attendue aussi bien en Suisse qu’en France, est d’ores et déjà une référence incontournable, dans le monde des études provinciales romaines et en particulier dans le domaine de la peinture murale», s’enthousiasme Thierry Luginbühl.

Elle n’est cependant pas réservée aux spécialistes et fournira à tout amateur d’histoire romaine et régionale une vue complète sur la villa d’Orbe-Boscéaz, en attendant un guide plus condensé du site.

Enregistrer

Enregistrer

Maliks Bossard