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Des paillettes sur les platines
. © Michel Duperrex

Des paillettes sur les platines

18 août 2021

L’une est enseignante, l’autre travaille dans l’édition. Ça, c’est la version de jour. Une fois la nuit tombée, les deux amies sortent les platines. Rencontre avec les Djettes Paillettes. Et elles en jettent!

Sur la terrasse de la Couronne d’Or, à Lausanne, deux jeunes femmes boivent un café dans ce lieu qui leur semble bien familier. Ce mardi matin, trois jours après son animation au festival Le Castrum, à Yverdon, le duo Djettes Paillettes a lâché la tenue brillante pour le t-shirt, la vie nocturne pour la routine quotidienne et la bière pour le café. Les paillettes, si elles ne sont plus visibles sur leurs vêtements, sont dans leurs yeux et leurs éclats de rire, en repensant à la soirée de samedi. Et à comment tout a commencé…

Amélie Vallon et Inês Marques, vous avez fait danser le public samedi soir au Castrum avec votre set. Comment c’était de l’autre côté de la barrière?

AV: Déjà, nous étions proches du public, on n’a pas voulu aller sur la scène. Et je me suis dit: wouah, Le Castrum (rires)! Les autres jours j’y étais en tant que bénévole et le samedi soir je mixais. C’est l’une des fois où j’ai le plus stressé, mais c’était vraiment cool. Les gens ont dansé du début à la fin.

Etait-ce votre public habituel?

AV: Pas vraiment, on a plutôt l’habitude d’avoir un public féminin. On mixe principalement pour les soirées de la grève féministe et autres réseaux militants.

Uniquement?

AV: Non, on a aussi mixé deux fois à la Pontaise pour des matches de foot! C’était très drôle d’être là, les deux filles devant ce stade de foot. Autrement, dans les bars à Lausanne et surtout durant nos soirées entre amis dans notre local autogéré.

Donc vous mixez principalement pour des causes engagées. Votre style rejoint aussi ces convictions?

IM: A la fin de notre set au Castrum quelqu’un m’a dit que c’était bien et que c’était léger, alors qu’on est justement sensibles à des textes politiquement engagés. Entre les tubes des années 1990 à 2000 que tout le monde aime, on essaie d’avoir principalement des artistes femmes. Mais autrement, notre style convient à tous, on passe toujours un peu de pop, de rap féminin et féministe surtout francophone, un peu d’electro et du Kuduro sur la fin!
AV: Donc c’est sûr qu’on n’irait pas jouer au MAD, par exemple!

Racontez-nous. Comment l’histoire des Djettes Paillettes a commencé?

AV:Nous faisons toutes deux partie d’un collectif à Lausanne. Il y a trois ans, les hommes du collectif ont acheté du matériel pour mixer. On s’est dit: ça ne va pas s’il y a que les mecs qui mixent! Alors on a commencé comme ça, pour essayer. Tout ça n’était pas prévu, on s’est juste dit: on y va!

Donc vous avez appris… par vous-mêmes?

AV:(Rires) On n’avait aucune connaissance musicale particulière de base. On a appris avec nos amis qui avaient acheté ce matériel pour mixer. Le matériel était là, les platines, le local, donc il fallait bien en faire quelque chose!

Et cette vie nocturne semble vous plaire…

IM:Le fait que l’on aime déjà beaucoup faire la fête est un bon indicateur. On aime beaucoup danser, on le fait aussi pendant nos transitions quand on mixe. Maintenant, on danse et on essaie aussi de faire danser les gens! Ils le font toujours et ça nous emporte.

Quant à votre nom, Djettes Paillettes. Quelle est son histoire?

AV:C’est un ami qui nous a dit, lorsqu’on a commencé: Vous êtes trop les Djettes Paillettes! Ça permettait d’adapter le nom DJ au féminin et de garder la rime! Ensuite, une amie styliste nous a fait une tenue à paillettes pour nos sets. D’ailleurs, un ami d’Inês dit que notre succès est dû à 50% à la tenue et 50% au nom (rires)!

En tant que DJ, vous entrez dans un monde plutôt masculin?

IM:Oui, mais on n’a pas été confrontées à des problèmes au niveau de la programmation car on mixe avec notre réseau de connaissances. Par contre, on sent la différence par rapport au public. Dès que ce sont des filles qui mixent, il y a des mecs lourds qui pensent avoir le droit de faire des remarques, parce qu’ils savent mieux que toi.

Maintenant que le bouche-à-oreille vous a fait un peu connaître, notamment sur Yverdon, visez-vous d’autres objectifs?

AV: Pour nous, ça nous convient comme ça, on n’essaie pas d’en vivre. On n’a pas envie de devoir faire des démarches pour trouver des dates ou autre. Pour un de nos amis, son objectif c’est de nous voir au MAD. Nos amis ont plus d’ambition pour nous que nous-mêmes (rires).
IM: Et comme on mixe souvent pour des personnes que l’on connaît, on sait que ça va être une soirée cool. Le monde de la nuit peut vite devenir moins cool…

Amélie Vallon, vous êtes enseignante à Léon-Michaud à Yverdon. Il vous arrive de croiser vos élèves lorsque vous mixez?

Oui ça m’arrive (rires)! Surtout des anciens élèves. Mais bien sûr les élèves sont vite au courant que Madame Vallon est aussi DJ! C’est un peu ma double casquette mais c’est plutôt cool, ils le prennent avec humour.

Léa Perrin