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Des racines et des ailes pour parler de la diplomatie

5 septembre 2019 | Edition N°2575

Yverdon-les-Bains – Dans le cadre d’un tour de Suisse, lancé par le Département fédéral des affaires étrangères, Joachim Kercan a présenté son travail de diplomate aux gymnasiens.

Près de 150 élèves ont participé à la rencontre initiée par le DFAE. À cette occasion, ils ont pu poser toutes les questions qui les titillaient. © Carole Alkabes

Qu’est-ce que la diplomatie? Qui sont les différents acteurs qui se cachent derrière la politique étrangère? Combien de collaborateurs travaillent pour le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE)? Quelle est la procédure d’admission pour passer le concours de diplomate? Comment allier carrière professionnelle et vie familiale? Combien gagne un diplomate? Les ambassadeurs suisses sont-ils des habitués des cocktails dînatoires? Toutes ces questions ont été soulevées, hier, par les étudiants du Gymnase d’Yverdon à l’attention de Joachim Kercan, responsable du programme de politique de paix de la Suisse dans l’Afrique des Grands Lacs, qui comprend le Burundi, la République démocratique du Congo et le Rwanda.

L’homme participe à un tour de Suisse intitulé «Meet the Ambassadors». Durant deux semaines, une dizaine de diplomates se rendent dans leur région ou canton d’origine pour visiter des établissements de formation, rencontrer les représentants des autorités politiques cantonales et des milieux économiques, ainsi que dialoguer avec la population. Hier, l’Yverdonnois s’est rendu à vélo jusqu’à Y-Parc pour présenter son parcours professionnel et lever le voile sur certains préjugés qui persistent parfois quant à la fonction diplomatique.

Né d’un père congolais et d’une mère suisse, ce quadragénaire a assuré d’emblée aux étudiants qu’il était «un usurpateur bienveillant». En effet, il n’a jamais été étudiant au Gymnase d’Yverdon – le tour diplomatique prévoit que les ambassadeurs retournent dans leur gymnase – et pourtant, il a tenu à venir dans sa ville de cœur où il vit depuis quelque temps avec sa femme et ses trois enfants.

Mobilité et stabilité

Grâce à ses études en lettres – histoire, géographie et sciences sociales – à l’Université de Lausanne, Joachim Kercan s’est très tôt intéressé aux thèmes internationaux. Dans le cadre de ce cursus, il effectue une année d’échange en Australie, puis écrit son mémoire de licence à Cuba où il apprend l’espagnol. Son diplôme en poche, il effectue une année de service civil au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) avant d’être engagé en tant que stagiaire au Bénin pour la Direction du développement et de la coopération (DDC) dans la section de promotion et de protection des droits de l’Homme. «J’ai effectué différents stages. C’était parfois difficile, mais j’ai fait mon chemin, a-t-il expliqué. Tout au long de ma carrière, j’ai voulu être mobile tout en essayant de construire un projet de vie stable.»

À 33 ans, Joachim Kercan décide de passer le concours de diplomate, qui comprend une sélection par étapes, une phase de formation et une évaluation finale. Pour ce faire, il passe une année à Washington avant d’être intégré dans le corps diplomatique.

Politique étrangère, indépendance, prospérité, lutte contre la pauvreté, démocratie, coexistence pacifique des peuples sont des valeurs suisses auxquelles il reste très attaché et qu’il défend à l’étranger. «Travailler pour un gouvernement est ce qui me convient le mieux», a poursuivi Joachim Kercan.

Depuis la Suisse, le diplomate – il travaille pour une période de quatre ans à Berne – dirige un programme de paix dans la région des Grands Lacs et se rend tous les trois mois sur place pour des missions temporaires. Conflit armé et crise politique, tels sont les enjeux auxquels l’Yverdonnois doit faire face sur le terrain.

Allier vie professionnelle et vie familiale

En juin 2020, Joachim Kercan et sa famille partiront à destination de Tunis, Berlin, Bruxelles, Buenos Aires ou Lima. Le point de chute n’est pas encore fixé. Déménagement, travail pour le conjoint, scolarisation des enfants, jeune fille au pair sont autant de challenges. «J’ai toujours voulu donner des racines et des ailes à mes trois fils. Ils doivent savoir d’où ils viennent, mais je veux leur offrir une ouverture sur le monde et leur donner toutes les cartes en main», confie Joachim Kercan.

Cela fait maintenant deux mois qu’il a baissé son temps de travail à 90% afin de pouvoir profiter des siens. «Il faut maintenir un bon équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. On parle souvent d’égalité professionnelle pour les femmes. Mais en tant qu’homme, c’est aussi important de pouvoir être présent et d’avoir une répartition équitable des tâches.»

 

«Je préfère avoir plus de liberté d’action»

Sondage – À la fin de la présentation, la classe de Prisca Lehmann a accepté de se prêter au jeu des questions de La Région.

Lors de la rencontre, les gymnasiens de troisième année – en voie maturité et diplôme – ont pu poser de nombreuses questions à Joachim Kercan, dont la plupart étaient très pertinentes. À la fin de la discussion, les étudiants de la classe d’histoire de Prisca Lehmann ont accepté de donner leur point de vue. «C’était beaucoup plus intéressant que ce qu’on a vu en classe, la semaine dernière, remarque Lorène. C’est un métier compliqué qui implique toute la famille.» Matteo estime qu’il y a beaucoup trop d’étapes pour aboutir à cette formation. «Si on ne réussit pas le concours, alors on aura perdu beaucoup de temps pour rien.» Quant à une autre étudiante, elle considère qu’il y a beaucoup trop de tâches administratives. «Je ne pourrais pas faire ce métier. J’aurais l’impression d’être un pion, parce qu’il y a un cadre très strict et pas assez de liberté d’action. Autant être actif en politique pour faire bouger les choses», observe-t-elle.

Pour Joachim Kercan, l’échange d’hier doit permettre aux gymnasiens d’exercer leur rôle citoyen. «Soyez actifs, l’État c’est vous! On a un système, a-t-il déclaré face à l’assemblée. Cette rencontre doit aussi répondre aux besoins et aux attentes de la population et sert en même temps de baromètre aux représentants de la politique étrangère.»

Valérie Beauverd