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Des récoltes jugées «catastrophiques»

9 août 2016 | Edition N°1802

Nord vaudois – Les rendements, voire la qualité des céréales font défaut, au grand dam des agriculteurs. Trois d’entre eux témoignent.

Louis Messerli, aux Tuileries-de-Grandson, sur l’une de ses parcelles moissonnées. Conformément à la tendance générale, ses rendements sont en recul, mais la qualité de sa récolte permet de limiter les dégâts. ©Carole Alkabes

Louis Messerli, aux Tuileries-de-Grandson, sur l’une de ses parcelles moissonnées. Conformément à la tendance générale, ses rendements sont en recul, mais la qualité de sa récolte permet de limiter les dégâts.

Les moissons touchent à leur fin et le bilan n’est pas reluisant pour les agriculteurs de la région. Le printemps frais et pluvieux a limité le développement des céréales et favorisé celui des maladies. Les rendements affichent une baisse significative, tandis que la qualité fluctue. Illustration avec des agriculteurs nord-vaudois représentant trois méthodes de production (extenso, conventionnelle et bio).

Jean-Luc Conod, contrairement à ses collègues de la plaine, n’est pas encore arrivé au terme de la période de récolte de ses céréales. Ceci ne l’empêche toutefois pas de se fendre d’un constat alarmant. Même si la fin de l’exercice lui réservait une bonne surprise, l’agriculteur de Bretonnières s’attend à une baisse de rendement de 35% au minimum. Et ce n’est pas tout : la majeure partie de son blé, qui présente un faible poids à l’hectolitre (ndlr : la masse en kilos d’un hectolitre de blé, un critère de qualité déterminant), a été déclassée à des fins fourragères au lieu d’être réservée à la fabrication de produits de boulangerie. «La différence de prix est du simple au double», commente Jean-Luc Conod.

Double coup dur

S’il note que certaines variétés ont mieux résisté que d’autres, le Nord-Vaudois déplore, globalement, cette situation doublement défavorable à Bretonnières et sur ses terres bavoisanes. «J’ai repris le domaine il y a seize ans et c’est du jamais vu pour moi», regrette celui qui cultive en mode extenso, c’est-à-dire, notamment, sans avoir recours à des traitements fongicides.

Le Tapa-Sabllia Louis Messerli s’en sort un peu mieux. Ses rendements sont, eux aussi, moins importants qu’à l’accoutumée (-15 à -20%), mais il a été sauvé par la qualité de sa récolte qui, à l’inverse de son collègue, a été épargnée par les fléaux tels que l’oïdium (ndlr : un champignon). «Je suis content d’être en conventionnel», relève-t-il.

«Surpris de la qualité»

Samuel Chapuis, de Champvent, est en phase de conversion à l’agriculture bio. ©Carole Alkabes

Samuel Chapuis, de Champvent, est en phase de conversion à l’agriculture bio.

Une exploitation en conversion à l’agriculture biologique, qui exclut le recours aux produits phytosanitaires utilisés pour les cultures conventionnelles, présente les mêmes résultats. Samuel Chapuis, de Champvent, avoue avoir été «surpris» de la bonne facture de sa production, dont la totalité fera le bonheur des boulangers. Pour l’expliquer, l’agriculteur émet l’hypothèse de la résistance des variétés bio aux maladies assorties à l’effet bénéfique d’effectuer, sur ses terres, une rotation incluant de nombreuses cultures. Il déplore, en revanche, lui aussi une baisse de rendement de l’ordre de 15 à 20%.

Une année noire

Il serait toutefois simpliste et erroné de tirer des conclusions en faveur de l’une ou l’autre méthode à partir de ces exemples pris au hasard. Responsable des silos des centres collecteurs de Chavornay, d’Orbe et de Péroset, Olivier Agassis parle d’«une année catastrophique », tous «labels» confondus, où «seul le colza a réussi à tirer son épingle du jeu».

«Les rendements sont inférieurs de 20 à 25% à la normale et 30% du blé a été déclassé», ajoute-t-il, en précisant que ce double problème «n’épargne aucune région, même à l’étranger».

«Il n’y a, en revanche, pas de problème d’humidité, mis à part quelques lots acheminés dernièrement du pied du Jura et du Jura», souligne-t-il par ailleurs, alors que 90 à 95% de la production a, pour l’heure, été réceptionnée.

Du côté du Moulin d’Yverdon, Philippe Gonin tient à relever l’excellente qualité des céréales héritées des agriculteurs des environs de la Cité thermale, dont seule une infime partie a été refusée. «Nous avons pu obtenir la quantité voulue (ndlr : le Moulin fait usage, chaque année, de 1500 à 1700 tonnes de blé de la région)», indique-t-il.

Ludovic Pillonel