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«Désormais, je ne me sens plus comme une victime»

4 octobre 2019 | Edition N°2595

Yverdon-les-Bains – Brûlée au napalm, Kim Phuc Phan Thi a été immortalisée par le photographe Nick Ut, lors de la guerre du Vietnam, en 1972. Elle a donné une conférence, mercredi, à La Marive.

À l’âge de 9 ans, Kim Phuc Phan Thi a vu sa vie brisée. En pleine guerre du Vietnam, elle est sévèrement brûlée au napalm à la suite des bombardements qui se sont abattus sur son village, situé à une cinquantaine de kilomètres de Saigon. Le photographe vietnamien Nick Ut lui sauve la vie et l’immortalise en réalisant un cliché qui deviendra mondialement connu et qui fait de la petite fille une icône de ce conflit meurtrier. Quarante-sept ans après ce drame, elle livre son récit à travers un livre Sauvée de l’enfer, qu’elle présente lors d’une tournée entre l’Italie, la France et la Suisse, dont le seul arrêt a été fixé à Yverdon-les-Bains, mercredi.

À la suite de ces attaques militaires, Kim Phuc Phan Thi est hospitalisée durant quatorze mois et subira dix-sept interventions chirurgicales visant à soulager ses douleurs. Après avoir surmonté ces épreuves, elle tente de reprendre sa vie en main. «Je voulais faire des études en médecine», explique-t-elle. Mais c’est compter sans les fonctionnaires du gouvernement d’Ho Chi Minh qui l’utilise pour leur propagande politique. On est en pleine guerre froide. «À 19 ans, j’étais totalement dévastée, raconte-t-elle avec émotion. J’avais perdu mes rêves, je ne croyais plus au futur et je n’avais plus de vie. J’étais à nouveau une victime.» La jeune femme songe même au suicide.

Une ambassadrice de la paix

Alors que Kim Phuc Phan Thi se cache dans une bibliothèque pour échapper aux pressions du gouvernement, elle découvre la Bible. Elle s’identifie à Jésus-Christ et à ses souffrances. Elle a d’ailleurs pardonné à l’homme qui avait lâché la bombe. En 1984, grâce au soutien du premier ministre vietnamien, elle décide de partir à Cuba pour étudier les langues. En 1992, elle se marie à Toan, un jeune homme originaire du nord du Vietnam. Durant leur lune de miel à Moscou, ils décident de ne pas revenir à Cuba et trouvent refuge au Canada.

Désormais installée à Toronto et mère de deux garçons adultes, Kim Phuc Phan Thi promeut la paix dans le monde en tant qu’ambassadrice de bonne volonté de l’Unesco. Par le biais de sa fondation, elle soutient également la création d’une bibliothèque au Vietnam, mais elle n’a quasi plus de contacts avec le pays qui l’a vu grandir.

 

Valérie Beauverd