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Edmond Quinche, entre ombre et lumière

19 juillet 2019 | Edition N°2543

Baulmes – L’Espace Arlaud de Lausanne consacre une exposition à l’artiste, à voir jusqu’à dimanche. En parallèle, un livre, publié dans Les Cahiers dessinés, illustre près de cinquante ans de création.

Quelque chose résiste dans l’œuvre d’Edmond Quinche. Les majestueux peupliers qui se tiennent au garde-à-vous ne se laissent pour ainsi dire pas dompter au regard de l’observateur. À la fois ombre et lumière, ils sont insaisissables, tout comme la plupart des paysages de l’artiste baulméran, qui expose près de trois cents tableaux et dessins jusqu’à dimanche à l’Espace Arlaud, à Lausanne. Car, comme le souligne Olivier Delavallade dans l’ouvrage intitulé Quinche – Forêts profondes et rois aveugles (Éd. Les Cahiers dessinés, 2019), «les œuvres ne se donnent pas d’emblée au premier regard venu (…). Rien d’évident, de spontané, de séduisant. Il faut s’attarder, explorer, fouiller chaque tableau, chaque dessin, en sa surface et en ses profondeurs.» Au fond, c’est peut-être le caractère évanescent de cette exposition qui fascine le plus.

Né en 1942 à Zurich d’un père suisse et d’une mère allemande, Edmond Quinche grandit dans le Fricktal, au nord-ouest du canton d’Argovie, où ses parents tiennent une boucherie. À l’âge de 9 ans, la famille déménage dans le Nord vaudois et s’établit à Grandson, Giez, puis à Fiez. Après une année d’études à l’école de commerce de Lausanne, il décide d’intégrer les Beaux-Arts de la capitale vaudoise, un lieu qui deviendra l’Espace Arlaud et où il reviendra soixante ans plus tard pour y exposer son œuvre. «Adolescent, je savais que je deviendrais peintre, il n’y avait pas d’autre issue», confie Edmond Quinche.

Des paysages d’ici et d’ailleurs

Installé depuis 1971 sur les hauteurs du village de Baulmes, l’artiste s’inspire du paysage qui l’entoure: le bois de Feurtille, le Suchet et les Rapilles, mais aussi la lisière du bois de Champagne et les forêts entre Fontaines et Grandson, ainsi que les étendues sauvages d’Irlande où il a vécu plusieurs années. «Je m’assieds et j’observe le paysage. Quand je me tourne, je change de vision, explique ce père de quatre enfants. Les chevreuils passent et sont indifférents à ma présence. J’essaie de les dessiner comme je les lis.» L’homme, qui travaille de manière progressive, révèle d’ailleurs qu’il ne reprend jamais un paysage dans son atelier.

Pourtant, c’est dans ce lieu, qui jouxte la rivière de la Baumine, qu’Edmond Quinche a créé, au fil des années, la plupart de ses œuvres. La pierre noire, le lavis, la sanguine, la lithographie ou le brou de noix sont autant de techniques qu’il utilise dans cet atelier où lui seul semble s’y retrouver. Dans les étroits couloirs, l’homme se faufile entre les catalogues consacrés à ses amis artistes, tels que Tal Coat, Albert Chavaz ou encore Albert-Edgar Yersin. «Cet atelier est en quelque sorte un humus où je puise mon inspiration», glisse-t-il encore.

Valérie Beauverd