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Elle tire le cirque à quatre épingles

25 avril 2019 | Edition N°2484

L’équipe de Starlight, qui fera halte à Yverdon-les-Bains ce week-end, a fait confiance à Lorène Martin pour concevoir l’ensemble des costumes de sa 32e saison. Une aventure pleine de rebondissements pour la Champagnoux.

La Champagnoux Lorène Martin (à dr.) a conçu minutieusement une vingtaine de costumes pour le cirque Starlight. Et chaque artiste,
à l’image de la trapéziste Elli Huber, a reçu une pièce sur-mesure, adaptée à son numéro et à son art. © Michel Duperrex

C’est dans une vieille roulotte en bois, sans toilettes et sans douche, que la magie de Starlight a émergé dans l’esprit d’Heinrich Gasser et de son épouse Jocelyne. «Quand on a commencé, on n’avait pas un sou et c’est moi qui tricotait les costumes de mon fils, Johnny», se rappelle la cofondatrice du cirque jurassien. Trente-deux ans plus tard, le charme a de nouveau opéré dans cette fameuse caravane, désormais arrêtée à Porrentruy. Car c’est là que Lorène Martin, de Champagne, a confectionné la vingtaine de costumes de l’édition 2019 du spectacle, Perspective (lire encadré), qui sera à découvrir à Yverdon-les-Bains, aux Rives du lac, samedi (à 20h) et dimanche (à 10h30 et à 18h).

Piquée par la vie d’artiste

Durant les six semaines qui ont précédé la première représentation, qui a eu lieu en mars, la Nord-Vaudoise a mangé, travaillé et dormi avec les artistes. «On est tellement bien dans une roulotte que je me verrais bien y vivre!», lance celle qui gère la boutique-atelier Créa’Fil, à Champagne. «C’est l’effet Porrentruy Life», sourit Jocelyne Gasser. Pourtant, Lorène Martin n’était pas en vacances. «Il m’est arrivé de passer sept heures d’affilée, de 19h à 2h du matin, à genoux pour terminer un costume», raconte celle qui a appris les ficelles du métier à Paris, avant de réaliser quantité de tenues de spectacle, pour des grands noms du théâtre français et romand.

Pourtant, ce stage ne représente qu’une facette de son travail. Car elle a commencé à discuter du projet en juillet dernier déjà avec les fondateurs, le metteur en scène et le scénographe. «J’avais tellement envie d’entrer dans le monde du cirque, de m’immerger dans un de leur spectacles et d’être au milieu des artistes, mais je ne savais pas comment faire», confie Lorène Martin. Jusqu’à ce que Starlight lui donne sa chance. «Au départ, j’étais morte de trouille! Mais ce que j’aime, ce sont les défis.»

Un pari osé

Si c’était un sacré challenge pour la Nord-Vaudoise, ça l’était tout autant pour les directeurs. «Changer de costumière n’est pas une mince affaire, parce qu’il faut trouver quelqu’un de polyvalent, qui sait rebondir en cas de changement de programme et, surtout, qui est à l’écoute», explique Jocelyne Gasser. C’est qu’au cours des années précédentes, la cofondatrice de Starlight a tout connu: des habits qui ne tenaient pas la distance et qu’elle devait raccommoder elle-même durant la tournée, des créatrices – qui n’étaient pas toujours couturières – qui refusaient de s’adapter aux besoins des metteurs en scène et des numéros, et des artistes qui se mettaient à pleurer lorsqu’on changeait leur costume.

Pourtant, elle a confié cette lourde tâche à Lorène Martin, qui n’avait jamais travaillé dans le monde particulier du cirque. «Elle m’a été recommandée par un de nos collaborateurs, explique Jocelyne Gasser. Mais je dois avouer qu’au début, j’étais très anxieuse parce qu’à chauque conseil que je lui donnais, elle me répondait toujours: oui oui, ok. Au bout d’un moment, je me suis dit: Là, soit elle est sacrément douée, soit elle n’a rien compris!»

La cofondatrice s’attendait donc à devoir surveiller de près la Champagnoux. «Au départ, elle m’a dit qu’elle allait venir me voir tout le temps, lâche Lorène Martin. Mais elle n’est venue que deux fois!» à croire que la couturière-tailleur-costumière a finalement gagné la confiance de sa patronne. «C’est vrai. Je lui avais même dit que je viendrais l’aider à coudre, admet la codirectrice en rigolant. J’ai compris que je pouvais lâcher prise quand je l’ai vue arriver à Porrentruy avec ses premiers échantillons. J’ai été ébahie par la qualité de sa présentation.»

Le clou du spectacle tout en tissu

Jocelyne Gasser a aussi vu le feu de la passion animer Lorène Martin. Et elle a retrouvé le même grain de folie chez la costumière et chez son second fils, Christopher, metteur en scène de Perspective, le plus grand spectacle de sa carrière. Car l’un comme l’autre ont une imagination sans bornes. «Il y a un effet qu’on voulait absolument réaliser: que les jongleurs se fondent littéralement dans le décor de leur numéro, explique la Champagnoux. On aurait pu simplement mettre un drap de la couleur de leur costume, mais ça aurait été trop simple. On est au cirque quand même, il fallait y aller  à fond!»

Les deux créateurs ont donc imaginé que les quatre jongleurs retournent leur robe comme une chaussette car, sous leurs jupons, se cachent 24 mètres de tissu à pois, soit tout le nécessaire pour changer de décor et offrir une nouvelle tenue aux artistes. «Pour réussir ce tour de force, le graphiste de Starlight a créé le motif qu’on voulait et on l’a ensuite fait imprimer sur le tissu», dévoile Lorène Martin. Mais il a également fallu trois essais et les conseils du menuisier de l’équipe afin de trouver «la» solution pour concrétiser cette idée folle.

«C’est un immense travail et les gens ne se rendent pas forcément compte que le cirque, ce n’est pas comme le cinéma, il n’y a pas d’effets spéciaux, il n’y a que du vrai, que de l’authentique», souligne Jocelyne Gasser, très fière de son fils et de sa nouvelle recrue. Et d’ajouter en souriant: «Ce sont aussi les costumes qui ont coûté le plus cher, et on a même dû attribuer une pièce entière pour les stocker tellement ils sont imposants!» Pour Lorène Martin, ce sont tous ces détails et ces astuces que personne ne voit, qui font du cirque un univers magique.

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Un show qui mêle danse, théâtre et music-hall

Pour cette 32e saison, la troupe de Starlight continue de réinventer les codes du cirque. Le nouveau spectacle intitulé Perspective devrait faire vibrer petits et grands, qu’ils soient friands de l’univers circassien ou pas. «Le show part du théâtre et finit en une sorte de music-hall, insiste Jocelyne Gasser, qui emploie chaque saison près de 40 professionnels pour répandre la magie Starlight aux quatre coins du pays. Cette année, on fait encore une fois dans l’inédit parce qu’on a une chanteuse-trapéziste et ça, c’est une première en Europe! Mais aussi des guitaristes, des danseurs et même un jongleur-pianiste qui a conçu un numéro plein de poésie.» Et Lorène Martin de conclure: «C’est du grand spectacle!»

Christelle Maillard