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En route pour l’Open d’Australie

29 décembre 2016 | Edition N°1902

Tennis – Le Grandsonnois accompagnera sa protégée Conny Perrin à Melbourne. La Chaux-de-Fonnière a obtenu son billet pour les qualifications du tournoi du Grand Chelem. C’est, du même coup, un sacré retour dans le circuit pour l’entraîneur de 37 ans, qui a développé sa propre méthode statistique.

Volée gagnante pour Fabrice Sbarro, qui va quitter le soleil du Nord vaudois pour celui de l’Australie, début janvier. ©Michel Duperrex

Volée gagnante pour Fabrice Sbarro, qui va quitter le soleil du Nord vaudois pour celui de l’Australie, début janvier.

A 20 ans, lorsqu’il s’est retrouvé à entraîner les frères Jason et Jessy Kalambay, à Grandson, il a eu une révélation : il avait trouvé sa vocation. Dix-sept années plus tard, c’est la concrétisation d’un rêve pour Fabrice Sbarro. Début janvier, il va se rendre en Grand Chelem, en Australie, en tant que coach. Celui de la Chaux-de-Fonnière Conny Perrin, avec qui il travaille à nouveau depuis l’été dernier.

C’est le fruit du parcours d’un homme qui n’a pas choisi la voie de la facilité -celle de chercher à s’établir comme professeur de tennis dans un club, par exemple- pour tenter de percer dans le coaching privé. Celle d’un self-made-man avec ses convictions et, surtout, sa propre méthode, basée sur les statistiques.

L’inspiration lui est venue en 2007, lorsqu’un entraîneur français lui a présenté des relevés sur des matches de tennis. «Il s’agissait de données assez basiques. J’ai très vite décidé de développer le concept, raconte Fabrice Sbarro. Dès lors, je me suis créé, seul, un parcours avec les statistiques.» Depuis dix ans, il écume les tournois, visionne des milliers de matches et prend des notes pour se construire, point par point, une immense base de données sur d’innombrables joueurs. «En résumé, j’analyse les coups et leur direction. Où un point commence et où il se termine. En tout, je prends en compte 600 facteurs qui me permettent d’interpréter le jeu, détaille-t-il. Cela permet, ensuite, d’identifier les éléments à travailler, les points forts et les faiblesses, ce qui peut mener à remporter, peut-être, 1 ou 2% de points en plus. A un tel niveau, cela signifie plusieurs places au classement.» Des victoires, de l’argent, une carrière.

Son outil d’analyse statistique est son produit. Celui grâce auquel il nourrit sa famille, parfois tant bien que mal, en proposant son expertise. «Dans mon cas, on peut parler d’une vie d’artiste, souligne le Bocan. Du jour au lendemain, après avoir coaché à l’Australian Open, je peux me retrouver à donner des cours de mini-tennis sur les terrains des clubs de la région. Depuis mes débuts, je gagne le Smic.» Il n’a, pour autant, jamais cessé de s’investir.

Se rendre à Melbourne est non seulement une expérience unique et une consécration à ses yeux, mais aussi une véritable opportunité. Celle de créer des contacts, de donner à connaître ses préceptes, de faire de sa passion, de sa méthode un métier pérenne. «Je me suis préparé pendant une décennie. J’estime être prêt à coacher n’importe qui dans le top 100, lance-t-il. A 37 ans, j’approche de l’âge classique d’un jeune entraîneur sur le circuit international. Mais je sais que le chemin est encore long.»

Le parcours du coach Fabrice Sbarro, classé R1 à son zénith en tant que joueur, a commencé avec les talents régionaux. «J’ai senti, dès mes débuts, que j’étais fait pour transmettre. Joueur, je trouvais ça bien ; entraîneur, génial, tranche-t-il. J’avais moins de limites et je prenais plus de plaisir.» Avec succès auprès des frères Kalambay, puis avec les Yverdonnoises Tijana Joksovic et Luna Milovanovic, devenues championnes de Suisse en interclubs juniors, en 2010, sous les couleurs du TC Chamblon.

C’est au retour de Jessy Kalambay sous ses ordres que le Nord-Vaudois a eu une première fois Conny Perrin sous son aile, les deux joueurs se connaissant bien. «De deux jeunes classées R7 trois ans plus tôt, je me suis retrouvé avec une N1», glisse celui qui a, alors, fait ses véritables premiers pas dans le circuit professionnel. «J’ai suivi Conny et Jessy lors d’une quarantaine de tournois, entre 2010 et 2013. Ça a été une super expérience.» Puis le soufflet est retombé. Sans réelle structure, avec plusieurs élèves sous sa houlette, -il entraînait ses protégés seul, principalement à Chamblon et Grandson-, Fabrice Sbarro s’est épuisé. C’était la fin d’un cycle.

Il a remonté la pente grâce à ses analyses statistiques, de mandat en mandat, une fois pour Swiss Tennis, d’autres fois pour la structure de Jonathan Wawrinka, le frère de Stan, par exemple. Avant de rebondir, fin 2015, en devenant entraîneur de la junior Serbe Doroteja Joksovic -de parenté avec l’Yverdonnoise Tijana-, à qui il a permis de fortement progresser en une année.

En juillet dernier, Conny Perrin est revenue auprès du Grandsonnois. «La sauce a tout de suite pris. Elle vient d’avoir son meilleur classement WTA début décembre, 181e, et elle participera à son premier Grand Chelem grâce à ses résultats (réd : elle a été invitée à Wimbledon, l’été dernier, pour faire la paire avec la Britannique Tara Moore), l’objectif qu’on n’avait pas réussi à atteindre lors de notre première collaboration», se félicite Fabrice Sbarro, qui connaît bien le tournoi australien pour s’y être rendu à plusieurs reprises en tant que spectateur. «C’est une victoire de m’y retrouver, cette fois, avec un badge.»

Des portes à ouvrir

L’avion de Fabrice Sbarro pour l’Australie décollera jeudi prochain, le 5 janvier, à une petite semaine du début des qualifications pour le tableau principal du premier tournoi du Grand Chelem de l’année. Conny Perrin le rejoindra depuis Hong Kong. La Chaux-de-Fonnière vivra sa première expérience du genre en simple. Un rendez-vous qui pourrait changer pas mal de choses dans sa carrière, elle qui, à 26 ans, navigue entre le 181e et le 400e rang mondial depuis sept ans déjà et n’a plus le statut de jeune espoir. «Son premier tour est ultra-important. Une victoire pourrait ouvrir pas mal de portes -elle aurait d’ores et déjà de bonnes chances de participer aux qualifications de Roland-Garros et Wimbledon-, lui rapporterait vingt points WTA, un peu d’argent et de la confiance, souligne Fabrice Sbarro. Dans tous les cas, on va pouvoir construire sa saison 2017 rien que sur le fait qu’elle est arrivée à Melbourne.» Pour passer dans le tableau principal de l’Open d’Australie, il faudrait trois succès à la droitière.

Avec sa méthode statistique, l’entraîneur grandsonnois a pour mission, bien évidemment, de préparer et débriefer les matches, d’analyser le jeu de sa protégée et celui de l’adversaire. Mais son rôle ne se réduit pas qu’à cela. «Je tire le bilan, je définis les objectifs et, surtout, en tournoi, il y a beaucoup de coaching mental. Bien sûr, je suis aussi parfois sur le court. Mais, finalement, je touche assez peu la raquette», détaille-t-il.

Contrairement à ce qui était le cas entre 2010 et 2013, Fabrice Sbarro n’est, désormais, plus seul avec la Neuchâteloise. Conny Perrin compte sur un manager, un préparateur physique -le régional Fabien Marguerat- et un psychologue du sport. «Elle a une vraie équipe pour l’entourer. Le projet et la structure sont bien plus professionnels et, pour moi, ça change beaucoup, assure son coach. Ensemble, on va tout mettre en œuvre pour que Conny se maintienne dans le top 200, voire même arrive dans les 100 meilleures. On souhaite qu’elle puisse jouer toutes les qualifications des Grand Chelem et un maximum de tournois WTA en 2017.» Un nouveau pas en avant à réaliser qui commence par un premier bond à concrétiser au pays des kangourous.

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Manuel Gremion