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Une expo pour imaginer le futur de l’humanité

18 mai 2017 | Edition N°1999

Yverdon-les-Bains – Dans sa nouvelle exposition, «Corps Concept», à découvrir dès dimanche et jusqu’au 19 novembre, la Maison d’Ailleurs explore le transhumanisme, ensemble de pratiques qui visent à créer, grâce à la technologie, un humain augmenté.

Le directeur de la Maison d’Ailleurs, Marc Atallah, a servi de guide aux journalistes. ©Carole Alkabes

Le directeur de la Maison d’Ailleurs, Marc Atallah, a servi de guide aux journalistes.

On l’oublie parfois, mais la Maison d’Ailleurs d’Yverdon-les-Bains se définit comme le musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires. L’exposition qui ouvre ses portes dimanche, baptisée «Corps concept» et traitant du transhumanisme, entre une nouvelle fois parfaitement dans cette définition.

Imaginer l’augmentation de l’être humain grâce aux interventions de la technologie sur son corps, un des principes du transhumanisme, intéresse le directeur de l’établissement, Marc Atallah, depuis de nombreuses années. «Depuis 2002, ça me travaille cette histoire du transhumanisme. Je commençais alors mon doctorat sur la science-fiction, explique celui qui a mis sur pied l’exposition. Dans ce cadre, j’avais lu un rapport qui s’appelait NBIC, pour nano, bio, info, et cogno. Il s’agissait du rapport fondateur de la recherche américaine. Un des deux auteurs était un transhumaniste. Le préambule de ce rapport m’avait frappé. On avait l’impression que ce qui était présenté comme le futur de l’humanité était en fait tiré d’un roman de science fiction pas très bon.»

 

Onze espaces distincts

 

Beb-deum a présenté sa série aux médias, hier. ©Carole Alkabes

Beb-deum a présenté sa série aux médias, hier.

En raison de l’agencement particulier du bâtiment yverdonnois, onze espaces distincts proposent différentes pistes de réflexion aux visiteurs. Cette collection de différents points de vue amène chacun à se constituer une image de ce que pourrait devenir l’être humain du futur. Chaque étape propose un élément qui permet de décrypter une facette du transhumanisme. La mécanisation du corps, d’une part. D’autre part, le squelette est également abordé comme une charpente intime que l’on ne voit jamais vraiment, à part aux rayons X. La thématique du cyborg, de la mondialisation et de la marchandisation du corps font également partie du voyage proposé (lire encadré ci-dessous).

«Le transhumanisme demeure une idéologie libérale, teintée de religion, poursuit Marc Atallah. Et mon but est de montrer qu’il ne s’agit pas uniquement d’un mouvement de tarés américains, mais qu’il prend corps dans la modernité globale.»

 

Série «MondialeTM» de Beb-deum
Marchandisation du corps

 

L’artiste français Beb-deum présente une série de portraits déclinés à l’infini, dans un des onze espaces de l’exposition. Interview.

 

Comment vous est venue l’idée de cette série ?

J’ai toujours eu l’idée de réaliser des portraits, de décliner une tribu autour du métissage et de la mondialisation. Ça fait un peu plus de 15 ans que je travaille sur cette série Mondiale TM, suite à des résidences au Japon. J’ai été très interpellé par le pays et tout ce qu’il générait comme imaginaire. C’est également l’époque ou je me suis mis au numérique.

 

Quelle était votre idée de base ?

C’était d’avoir trois personnages type, de chaque couleur. Une femme blanche, une femme africaine et une femme asiatique, puis de les métisser. L’outil digital m’a donné la possibilité de métisser sans fin. L’idée était aussi de pousser le métissage jusqu’à l’absurde. Le métissage reste un produit positif de la mondialisation, mais s’il est rattrapé par cette globalisation qui ruine petit à petit nos espoirs, il devient un produit marchand.

 

Et le transhumanisme dans tout ça ?

Ça m’interpelle énormément, car tout semble possible. Et lorsque l’imaginaire s’y confronte, ça peut devenir génial dans l’horreur.

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Jean-Philippe Pressl-Wenger