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«Mon féminisme a évolué au cours des années»

8 février 2018 | Edition N°2181

Yverdon-les-Bains – Invitée par les gymnasiens lors de la présentation du film «L’Ordre divin», de Petra Volpe, Gabrielle Nanchen, l’une des premières conseillères nationales, s’est exprimée sur sa carrière politique.

A l’occasion d’un projet sur la violence verbale, le Gymnase d’Yverdon a présenté le film «L’Ordre divin», réalisé par Petra Volpe, lundi dernier, à l’Aula Magna, d’Yverdon-les-Bains. Cette fiction relate la lutte d’un groupe de femmes en Appenzell pour obtenir le droit de vote. Professeure d’histoire, Prisca Lehmann a invité la socialiste Gabrielle Nanchen, la plus jeune des parlementaires élues au Conseil national, en 1971. Rencontre avec une femme déterminée, qui a su allier vie politique et vie familiale.

Gabrielle Nanchen, vous avez été élue à l’âge de 28 ans en tant que conseillère nationale valaisanne. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer en politique? 

Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours été intolérante à l’injustice. C’est l’une des raisons pour laquelle j’ai choisi d’entreprendre des études en sciences sociales à l’Université de Lausanne (UNIL). Domiciliée dans le Pays de Vaud, j’avais le droit de vote (ndlr: le canton est l’un des premiers à avoir accordé le droit de vote aux femmes, en 1959). Par amour, je suis partie vivre en Valais et j’ai été privée de ce droit.

En 1970, le suffrage féminin a été introduit en Valais. Lors des élections de l’année suivante, vous avez dépassé de 43 voix un «ponte» de la politique socialiste valaisanne. A l’époque, vous attendiez-vous à un tel résultat?

Je crois que j’ai été la première surprise. Tous les partis avaient inscrit une femme sur leur liste. On m’avait dit que je ne courrais aucun risque d’être élue. Et, dans un premier temps, j’ai hésité à me rendre à Berne.

Pourquoi?

J’avais deux enfants en bas âge et je n’avais personne pour les garder. Mais j’ai eu la chance d’avoir un mari compréhensif, qui m’a encouragé dans cette fonction politique. C’est lui qui a pris en charge les enfants et le ménage. Je lui en suis très reconnaissante.

Comment avez-vous été accueillie au Parlement fédéral?

Je n’ai jamais ressenti de sexisme vis-à-vis de ma personne. J’ai rencontré des hommes galants, qui m’ont parfois fait des propositions, c’est vrai. Mais j’ai toujours eu une attitude très claire vis-à-vis d’eux et je crois qu’ils m’ont respectée pour cela aussi.

Huit ans plus tard, vous avez décidé de vous retirer du Conseil national. Pourquoi ce choix?

J’ai accouché d’un troisième enfant. Entre deux interventions, je courrais vite l’allaiter. Un jour, René Felber (ndlr: l’ancien conseiller fédéral neuchâtelois) l’a même pris sur ses genoux, alors que j’étais à la tribune. Mais, à un moment donné, c’était devenu trop difficile de mener de front mes tâches familiales et mon travail.

Est-ce que vous vous reconnaissez dans le militantisme féministe d’aujourd’hui?

J’admire les femmes qui luttent actuellement contre le harcèlement sexuel. D’un point de vue personnel, mon féminisme a évolué au cours des dernières années.

C’est-à-dire? 

Dans notre société, les femmes sont les gagnantes. Je souhaiterais que les hommes laissent parler leur côté féminin et osent montrer leurs sentiments, notamment en ce qui concerne leurs enfants.

Valérie Beauverd