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France Terrier quitte le navire

22 juillet 2019 | Edition N°2544

Nord vaudois – La directrice et conservatrice du Musée d’Yverdon et région changera de cap dès le 30 septembre après avoir consacré vingt-sept années à cette institution.

Lorsque France Terrier est arrivée au Musée d’Yverdon et région (MY), en 1992, elle n’était qu’une étudiante en train de terminer sa licence en archéologie, en histoire et en histoire de l’art à l’Université de Lausanne. Mais elle avait déjà l’œil. Elle savait qu’entre les murs du château de la Cité thermale et à travers les multiples caves de stockage du musée se cachait un diamant à l’état brut. Elle a mis vingt-sept ans à le sculpter et à lui façonner un socle solide. Maintenant qu’il est bien installé, la directrice a annoncé, vendredi soir via un communiqué de presse, son départ de l’institution.

Mais qui a rompu les fiançailles? La formule officielle emploie astucieusement le verbe: quitter. «France Terrier quittera ses fonctions au 30 septembre 2019 pour donner un nouveau cours à sa carrière.» Quand on pose directement la question à la principale intéressée pour savoir s’il s’agit d’une démission ou d’un licenciement, cette dernière répond: «Nous nous séparons, voilà tout.»

«Je pense avoir fait le tour»

C’est en tout cas avec un grand sourire aux lèvres que France Terrier ouvre la porte de son bureau, situé en face du château. «J’ai le sentiment d’avoir fait un assez bon travail car le Musée d’Yverdon et région était passablement en retard sous tout un tas d’aspects à mon arrivée. Je crois l’avoir fait passer à une autre étape en faisant un travail de fonds.» Un sentiment partagé et salué par la fondation du musée.

Et l’ex-directrice de renchérir: «Je pense avoir fait le tour.» En effet, la chargée de cours à l’Université de Neuchâtel a vécu de nombreux moments forts, comme la découverte d’une nécropole de 330 tombes datant des IVe au VIIe siècles après J.-C. au Pré de la Cure, à Yverdon-les-Bains. «C’était complètement captivant. On a notamment retrouvé des quantités impressionnantes de céramiques et du verre qui ont fourni une multitude d’informations sur les populations», se souvient l’ancienne étudiante qui a rédigé son mémoire de licence sur le verre romain, des étoiles encore plein les yeux. Elle ajoute: «Ici, on a un terreau incroyable pour toutes les époques. Maintenant on réécrit l’époque celtique et Yverdon-les-Bains peut aussi participer à la rédaction de cette histoire-là.»

En parallèle, France Terrier a lancé des activités de médiation avec des jeunes et des immigrés. «On a proposé des animations assez innovantes en faisant participer les gens à la vie du musée. Ils nous ont aidés à organiser des expositions et à mener des visites par exemple, ce qui leur a permis de s’approprier les lieux. C’est dans ces moments-là que le musée remplit pleinement son rôle social», relève-t-elle.

Deux regrets

De plus, l’historienne a mis sur pied une exposition permanente qui accueille entre 7 000 et 10 000 visiteurs par an, ainsi qu’une trentaine de manifestations temporaires. «J’ai peut-être deux regrets. Le premier, c’est que la dernière étape de l’exposition permanente sur les époques médiévale et moderne ne soit pas terminée. Le second, c’est de ne pas avoir pu introduire un politique d’exposition temporaire, confie-t-elle. C’est tellement important de se renouveler, autant dans les expos que dans nos présentations et notre discours.» Dynamique mais surtout prudente et pragmatique, France Terrier est toutefois intimement convaincue qu’il «suffit de proposer quelque chose de nouveau et de qualité pour que le public réponde présent. Avec un peu de moyens, on pourrait faire des choses incroyables.»

Un avenir qui reste à imaginer

Avant de fermer définitivement la porte au Musée d’Yverdon et région, France Terrier va boucler la boucle en publiant le livre 250 objets pour un 250e, présentant 250 objets des collections du musée commentés par 44 archéologues, historiens et autres spécialistes.

Et après? «J’ai des projets ici ou là. Mais je reste très attachée à tout ce qui est lié à l’archéologie, à l’histoire et à la transmission de la culture. Je ne me mets pas de barrière mais c’est vrai que ce que je connais le mieux, c’est le Nord vaudois», assure celle qui a toujours gardé des activités professionnelles à l’extérieur du MY.

Christelle Maillard