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Huit comédiens taillent la route vers la Grèce

15 mai 2019 | Edition N°2498

Yverdon-les-Bains – Les ArTpenteurs ont arrimé leurs caravanes et pris le large, ce matin. Ils rejoindront Thessalonique puis Plovdiv, en Bulgarie. Un voyage qui s’annonce riche en émotions et en rencontres.

Selon la légende, Ulysse a vogué durant dix ans avant de retrouver sa famille et ses terres d’Ithaque. Contrairement à ce fin stratège grec, les membres de la troupe des ArTpenteurs ont quitté leurs proches et leur nid douillet ce matin à 9h pour rouler durant une journée à destination de Venise. De là, ils navigueront durant vingt-six heures sur un ferry, avant de fouler à nouveau le bitume durant deux jours pour rejoindre Thessalonique, en Grèce. Une odyssée mythique pour les comédiens, mais loin du récit mythologique d’Homère. Toutefois, le célèbre auteur sera du voyage, puisque les huit artistes de la compagnie yverdonnoise ont emporté, dans leurs valises, leur spectacle itinérant inspiré de cette épopée et baptisé Odysséia.

Après une halte au bord de la mer égée, les ArTpenteurs prendront à nouveau la route en direction de la Bulgarie, afin de rejoindre la capitale européenne de la culture 2019: Plovdiv. Les comédiens y retrouveront treize autres compagnies de théâtre itinérant avec qui ils créeront un évènement artistique unique en son genre, du 1er au 10 juin.

Avant de lever l’ancre et de se lancer dans un périple qui durera environ un mois, les comédiens du cru ont eu du pain sur la planche. Yasmine Saegesser a dû commander des kilos de fromage suisse, en vue de la performance-fondue qu’elle prévoit à Plovdiv, lors d’une parade. Elle a aussi préparé ses deux filles et son mari à tailler la route avec elle. Yvan Richardet, quant à lui, a fait ses adieux à sa compagne qui attend un heureux évènement pour le mois d’août. Corinne Galland, enfin, a briefé sa moitié pour qu’il la rejoigne en Bulgarie.

Les directeurs et fondateurs des ArTpenteurs, Chantal Bianchi et Thierrry Crozat, de Corcelles-sur-Chavornay, planchent depuis trois ans sur ce projet. «Cela nous a demandé énormément de préparation. Il faut regarder les règlements, et apprendre à lire entre les lignes, prendre des contacts pour chaque arrêt, demander des autorisations, etc., relève Thierry Crozat. On ressent de l’excitation et de l’appréhension face aux inconnues du voyage, même si tout est bien organisé.»

Un parcours inédit

Parcourir près de 5000 km en caravane, c’est une première pour les ArTpenteurs. «C’est à la fois le grand luxe, si on se compare aux deux compagnies françaises qui se déplacent soit à pied et en carriole, soit à vélo, mais c’est aussi plus compliqué que de prendre un ticket d’avion et de réserver un Airbnb», assure le metteur en scène.

Si les directeurs ont préféré parcourir le monde avec leurs remorques, c’est parce qu’elles véhiculent bien plus que les couleurs de leur troupe: «L’avantage, c’est qu’on a nos maisons avec nous. Et lorsqu’on s’implante quelque part, les gens viennent volontiers vers nous et on noue des liens avec la population, souligne Thierry Crozat. J’aime bien parler d’hospitalité réciproque, parce qu’on partage beaucoup avec le tissu local et associatif. On crée des liens éphémères.»

Apprendre à lâcher prise

La troupe yverdonnoise ne sera pas seule sur les routes, puisque les Belges des Arts Nomades l’ont rejointe à Yverdon-les-Bains, en fin de semaine dernière, pour traverser l’Europe. «Quand ils sont arrivés, on a réalisé que c’était bientôt à notre tour de faire nos valises», confie Thierry Crozat. En plus de se croiser sur les aires d’autoroute, les deux compagnies vont aussi travailler un numéro en commun tout en avalant les kilomètres: «On a proposé un air que les treize autres troupes de théâtre itinérant reprendront durant la parade, en Bulgarie. Et on va profiter du ferry pour répéter la musique ensemble. Ça va être animé!»

Contrairement aux artistes du cru, les Belges ont de la bouteille sur le plan des grands déplacements.  «On a un langage, une culture et une sensibilité différents de ceux qui nous accueillent lors de nos déplacements. Il faut trouver un pont commun où on peut se rencontrer et discuter pour avancer ensemble. Mais pour ça, il faut arriver à lâcher prise, pas trop quand même, pour comprendre l’autre, explique France Everard, directrice des Arts Nomades, qui a pris la route avec sept artistes, dont deux femmes enceintes. Par exemple, une arrivée d’eau et d’électricité, ça ne se prépare pas de la même façon en Suisse, en Belgique et en Grèce, par exemple, où ils font tout dans le rush, apparemment.»

4886 km à sponsoriser

Ce grand départ, c’est à la fois une chance, pour les ArTpenteurs, de représenter la Suisse à l’étranger, mais aussi une grosse dépense. La création d’Odysséia a coûté près de 250 000 francs et le périple est budgeté à environ 160 00 francs, sans les imprévus. Or la troupe tourne principalement grâce aux 230 000 francs de subvention annuelle du Canton et aux 50 000 francs que lui accorde la Ville d’Yverdon-les-Bains. Les directeurs ont donc lancé, sur leur site, un financement participatif pour récolter 30 000 francs. Chaque internaute peut sponsoriser chaque kilomètre à hauteur d’une tune.

Christelle Maillard