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«Il ne tient pas un carnet du lait des heures qu’il consacre aux autres»

23 mai 2019 | Edition N°2504

Daniel Jaccaud remettra ce soir la présidence de l’Union des sociétés locales yverdonnoises. Portrait d’un personnage incontournable, aussi altruiste que déterminé.

Enfant, Daniel Jaccaud faisait les 400 coups avec son frère Claude. «Il n’avait pas de chance, car c’était toujours lui qui se faisait piquer», se souvient son cadet. A tel point qu’un jour, après que lui et sa bande ont précipité des tuyaux dans le Mujon, la police avait fini par sonner à la porte de ses parents. «Ça s’était bien terminé car il n’y avait pas de preuve», glisse Claude Jaccaud. Avec les années, son aîné a fini par rentrer dans le rang. Et même par s’en élever, lui qui a gravi tous les échelons, chez les pompiers, jusqu’à se retrouver au sommet de la hiérarchie. Après avoir travaillé durant des années au service des énergies de la ville, «il a été le premier commandant à plein temps des pompiers d’Yverdon-les-Bains», rappelle Olivier Kernen, municipal du feu puis syndic de la Cité thermale de 1994 à 2001.

Daniel Jaccaud, c’est plus de trente ans de lutte contre les flammes. Mais impossible de le réduire à cette mission-là. S’il remettra, ce soir, la présidence de l’Union des sociétés locales yverdonnoises (USLY), le septuagénaire a donné bien plus encore. Le Panathlon et le comité central de l’USY l’ont connu comme président, alors que les Brandons et la Fédération vaudoise des sapeurs-pompiers l’ont vu siéger au sein de leur comité. Sans compter son investissement chez les Samaritains, les services rendus pour le triathlon d’Yverdon-les-Bains, le Marché de Noël, et bien d’autres encore. A tel point que son élection à la présidence de l’USLY, en 2009, semblait presque une évidence. «Si ce poste n’avait pas existé, on l’aurait créé pour lui», souligne Olivier Kernen.

Ce côté touche-à-tout était déjà très développé chez le petit Daniel. Son frère et lui avaient en effet imaginé plein de combines pour se faire de l’argent de poche. «On récoltait le vieux papier et les marrons et on les vendait à des marchands, raconte Claude. Avec nos parents, si on voulait quelque chose, comme un vélo par exemple, on devait le payer nous-mêmes.» Par la suite, lors de son apprentissage d’employé de commerce au sein des grands magasins Gonset, à Yverdon-les-Bains, il «secondait le chef des achats pour choisir les modèles de sous-vêtements féminins», poursuit son cadet. De tout temps, Daniel Jaccaud n’a jamais reculé devant la nouveauté. «S’il peut essayer quelque chose, il se lance, commente son fils, Mehdi. Il a une devise: oser, c’est réussir.»

Daniel Jaccaud: une forte personnalité au service de ses semblables. © Michel Duperrex

Daniel Jaccaud: une forte personnalité au service de ses semblables. © Michel Duperrex

Un sacré caractère

C’est que Daniel Jaccaud sait ce qu’il se veut. D’ailleurs, il est autant connu pour son altruisme que pour sa forte personnalité. «C’est un homme qui a le cœur sur la main, mais du caractère, relève son fils. S’il a une idée en tête, il faut se lever de bonne heure pour le convaincre qu’il a tort!» Cette force de persuasion, il en a usé à plusieurs reprises, lorsqu’il était commandant des soldats du feu. Olivier Kernen se souvient qu’il n’hésitait pas à monter au créneau pour défendre le budget des pompiers: «On a eu de belles passes d’armes et des discussions serrées, mais toujours dans le respect et l’amitié!» L’ancien syndic se rappelle également du jour où Daniel Jaccaud et son second, Jean-François Schumacher, avaient demandé à la Municipalité de créer une section de jeunes sapeurs-pompiers. «On savait que leurs fils, Nicolas Schumacher et Mehdi Jaccaud, en rêvaient. Et aujourd’hui, le premier est commandant des pompiers à Genève et le second à Lausanne: c’est une fierté de les voir faire une telle carrière!»

Mais le premier admirateur du parcours de Mehdi Jaccaud reste sans conteste son papa, qui n’hésite jamais à lui prodiguer ses conseils. «On échange beaucoup sur l’organisation et la gestion des ressources humaines», confie le commandant des pompiers de Lausanne, qui ne s’est jamais plaint d’avoir un père aussi occupé. «J’ai toujours vécu là-dedans. Les seuls moments qu’on avait en famille, c’étaient les vacances d’été.» Et sur ce point-là, pas question de tergiverser. Pas même lorsqu’un ami avait proposé à Daniel Jaccaud, durant l’été 1990, d’aller prêter main forte au Koweït pour éteindre les puits de pétrole qui étaient en feu. «Ma mère et moi lui avions dit d’y aller mais il avait répondu: Nos vacances d’été passent avant tout!»

Tourné vers les autres

Homme de parole, Daniel Jaccaud n’a jamais failli à ses engagements. «Il ne sait pas ce que c’est de faire quelque chose à moitié. C’est vraiment quelqu’un sur qui on peut compter», assure Marianne Kurth, secrétaire de l’USLY. Exigeant envers lui-même, il l’est également envers les autres. Lorsqu’il s’investit dans un projet, il veut que ça marche: «Il mène le comité de l’USLY un peu comme il menait le corps des pompiers: de façon très structurée. C’est une main de fer dans un gant de velours.» à l’Union des sociétés locales comme ailleurs, il a toujours été prêt à déplacer des montagnes. «Il le fait pour les autres, car il aime les gens et ce qu’ils amènent, insiste Marianne Kurth. Et il le fait pour sa ville.» Olivier Kernen abonde: «Il ne tient pas un carnet du lait des heures qu’il consacre aux autres. Chez lui, c’est naturel.» A tel point qu’après avoir quitté le comité des Brandons, Daniel Jacccaud avait continué à rendre service en se levant le dimanche matin de la fête pour aller préparer le petit-déjeuner des musiciens des Guggenmusiks.

Parfois contesté, le président sortant de l’USLY a toujours marché droit et composé avec la critique. «Il dit toujours: quand on commande, on ne peut pas plaire à tout le monde», explique son fils. A 73 ans, Daniel Jaccaud a toutefois décidé de lever le pied et de se consacrer à Viviane, sa compagne depuis vingt ans, et à sa famille, notamment  ses petits-enfants Bastien et Léane. Caissier de l’association Moulins pour tous et auxiliaire d’accueil au Centre funéraire, il ne devrait toutefois pas rester les bras croisés. «Et j’ai bien peur qu’il ne reprenne d’autres engagements», sourit son frère. Quand on sait que Daniel Jaccaud aime à répéter «je ne suis pas vieux, je suis jeune, avec beaucoup d’années et beaucoup d’expérience», on pourrait être tenté de le croire…

Caroline Gebhard