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Ils jonglent entre sac de sport et cartable

28 septembre 2016 | Edition N°1837

Badminton – La structure de sport-études créée il y a un peu plus d’une année fonctionne fort à Yverdon. Reportage au coeur du quotidien de ces jeunes écoliers de 12 à 15 ans qui s’investissent sans compter pour leur passion.

Les jeunes s’échauffent sous le regard d’Anthony Dumartheray. ©Michel Duperrex

Les jeunes s’échauffent sous le regard d’Anthony Dumartheray.

C’est l’effervescence sur les terrains du BC Yverdon. Mais il n’a s’agit pas d’agitation désordonnée. Si ça bouge, c’est que l’entraînement est intense, que ça frappe fort et bien dans le volant, que les jeunes se dépensent pour leur passion. Celle que, dans un coin de leur tête, ils rêvent de convertir en carrière. Pour sa deuxième année, le programme sport-études de l’Association vaudoise de badminton (le SEB-VD) est passé de trois à huit participants. Il s’agit là de la meilleure preuve du succès du concept imaginé par Jérôme Franconville, l’ancien président du BC Orbe en charge des juniors du canton.

Cracks nord-vaudois

Ils viennent de L’Abergement, de Mathod, de Bonvillars, d’Orbe et d’Yverdon. Ils sont parmi les meilleurs espoirs du badminton cantonal et national. Cloé Brand, Julie et Nicolas Franconville, Mathis Chanthakesone, Théo Welker, Malick Gingins et Arthur Boudier -à cette liste s’ajoute Yoan Gamper, actuellement au Canada- font leurs armes sous la houlette d’Anthony Dumartheray et Pavel Uvarov, trois fois par semaine.

Julie Franconville en est à sa deuxième année dans le groupe, déjà. «Comme on est peu nombreux, on progresse rapidement, tant techniquement que physiquement, se réjouit la jeune Urbigène de 14 ans. Et puis, cela nous permet simplement de jouer plus au badminton.» Et cela, elle adore.

Ces jeunes ont entre 12 et 15 ans et, avant même le gymnase, ils ont droit à un horaire scolaire allégé pour leur sport. «Car c’est à cet âge qu’il faut les encadrer pour les faire progresser», insiste Rosalba Dumartheray, la présidente du club où se déroule l’entraînement des talents, tous issus des cadres suisses et vaudois.

Il s’agit d’une rareté dans le canton et d’une singularité dans la Cité thermale, où les enfants du SEB-VD sont scolarisés et où plusieurs collèges ont bien voulu jouer le jeu. Le concept intéresse d’autres clubs, de disciplines diverses, qui ont contacté le BCY pour se renseigner. En l’état actuel des choses, les badistes sont les seuls à bénéficier d’un tel programme dans la région. «L’idée avait reçu un vif appui des instances cantonales », rappelle Rosalba Dumartheray, qui se réjouit de l’engouement généré. Ainsi, lundi, la RTS a suivi quelques-uns de ces jeunes, dans le cadre de la préparation d’un reportage sur le sujet.

Le projet, dont les coûts sont partagés par les parents et l’AVB, via des subventions, ne se limite pas à faire taper plus souvent les jeunes dans un volant. Il va bien au-delà. Les sportifs en devenir suivent des séances de coaching mental et de sensibilisation (dopage, fair-play, etc.), et ont droit à des conseils nutritionnels. Ils entrouvrent une première porte vers le monde du sport professionnel.

La journée type

Julie Franconville et Arthur Boudier tapent le volant devant les caméras de la RTS. ©Michel Duperrex

Julie Franconville et Arthur Boudier tapent le volant devant les caméras de la RTS.

A 15 ans, Malick Gingins vit sa première année de sport-études à Yverdon. L’Urbigène, écolier en 10e Harmos, a, comme ses camarades de badminton, des journées bien remplies. Son réveil sonne à 6h tapantes. «Je me fais à manger, en général une omelette», explique- t-il. Du costaud, pour tenir le coup. On va vite comprendre pourquoi. Il prend, ensuite, son bus direction la Cité thermale à 7h, puis enfourche son vélo pour se rendre au collège du Cheminet, suivre ses cours. Il en part un peu avant 11h, une période plus tôt que les autres élèves, pour filer au Centre de bad, où 1h30 d’entraînement l’attend.

Une fois la séance terminée et les joueurs douchés, un repas est pris en commun. Suite de quoi, un peu de temps est consacré aux devoirs de chacun, avant le retour à l’école, vers 14h. «Quand je rentre, je termine mes leçons, puis je vais parfois me faire masser et, surtout, j’ai mon entraînement en club», détaille Malick Gingins. Enfin, il soupe vers 21h, avant d’aller se coucher. Le marathon est bouclé, le repos bien mérité. Et c’est ainsi trois fois par semaine. «Les jours où on n’a pas les entraînements du sport-études, je fais un peu de musculation et de la course à pied», ajoute le sportif accompli.

L’oeil du prof’

Nicolas Franconville et Cloé Brand font leurs devoirs : les journées sont chargées ! ©Michel Duperrex

Nicolas Franconville et Cloé Brand font leurs devoirs : les journées sont chargées !

Champion de Suisse en série, Anthony Dumartheray s’occupe de l’entraînement des jeunes de la structure en binôme avec l’expérimenté Pavel Uvarov. «Le petit groupe du sport-études nous permet de particulièrement cibler notre travail, de le personnaliser aux besoins de nos élèves. A deux, on assure un meilleur suivi », résume le premier nommé, pour vanter les qualités du concept.

Par ailleurs, alors qu’il donne déjà quelques leçons de badminton à des gymnasiens sportifs de Lausanne, il entrevoit l’avenir avec de l’ambition et des idées pour sa discipline de coeur. «J’espère que la structure créée pourra se développer également après l’école. Moi, à l’âge de mes jeunes, j’avais pousuivi mes études à Yverdon, se souvient Anthony Dumartheray. Je m’entraînais moins qu’eux à l’heure actuelle. Ce programme est une chance.»

Il sait bien que les participants arrivent à l’âge critique, quand beaucoup arrêtent pour diverses raisons : «Ce n’est pas facile pour eux. Ils se lèvent tôt, ce qu’ils manquent à l’école, ils doivent le rattraper. C’est pourquoi on fait attention à ne pas les surcharger. Ils doivent garder le plaisir avant tout.»

Manuel Gremion