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Ils remontent le temps pour élire un conseiller

11 novembre 2019 | Edition N°2621

Yverdon-les-Bains – Comment se déroulaient les pratiques électorales sous l’Ancien régime? Pour répondre à cette question, une association passionnée par le Siècle des Lumières a proposé au public d’assister à l’élection de François-Frédéric Bourgeois, samedi.

Les vieux battants de l’Hôtel de Ville viennent de se fermer à la place Pestalozzi. Nous sommes le 4 septembre 1775. Sous juridiction bernoise depuis 1536, Yverdon compte 2500 habitants. Ce jour-là, la crème de la bourgeoisie se précipite dans les escaliers qui mènent à la salle du Conseil. Henri-Daniel Cordey vient de casser sa pipe. Il faut élire un nouveau conseiller pour le remplacer. «C’est la quatrième élection de l’année!», assure le banneret Louis-Emmanuel Bourgeois. Soudain, le bailli de Berne Jean-Rodolphe Lerber surgit dans la salle. C’est lui qui sera chargé de superviser les opérations de l’élection.

Cette scène d’un autre temps mais ô combien captivante s’est déroulée samedi entre les quatre murs de l’Hôtel de Ville. L’édifice était le théâtre d’une reconstitution électorale du XVIIIe siècle présentée par l’Association Les 18èmes d’Yverdon et région, qui promeut l’héritage du Siècle des Lumières. L’occasion pour le public de découvrir le scrutin à ballottes, un coffret en bois contenant plusieurs tiroirs. À cette époque, les conseillers, qui représentaient l’élite yverdonnoise, piochaient une ballotte – une petite bille – dans un sac et la glissaient dans l’un des trous du scrutin pour plébisciter un édile. Mais attention, seules les ballottes dorées comptaient, au contraire des argentées. Si bien que le hasard jouait un rôle fondamental dans ce processus.

Une fonction à vie

«À l’époque, les bourgeois étaient élus à vie», explique Catherine Guanzini, archiviste de la Ville d’Yverdon-les-Bains. Avec sa collègue Patricia Brand, elle a réalisé une étude sur les pratiques électorales au XVIIIe siècle. «Des années pouvaient passer sans qu’il n’y ait d’élection. Il fallait attendre qu’un conseiller meurt pour repourvoir un siège», poursuit Catherine Guanzini.

Les autorités de la Ville étaient alors composées de deux corps: le Conseil des Douze, qui siégeait deux à trois fois par semaine en conseil ordinaire, et le Conseil des Vingt-Quatre, qui participait, entre autres, à la vérification des comptes. Sur les 1350 bourgeois que comptait Yverdon, environ 300 étaient éligibles. Toutefois, il ne pouvait pas y avoir, en même temps, un père et son fils dans le même conseil.

Le Musée d’Yverdon et région possède deux scrutins à ballottes. Couverts de marqueterie et ornés des armoiries de la Ville, les deux objets ont chacun leurs particularités. L’une des deux urnes possède 19 trous, dont l’un pour les votes blancs. À l’occasion de la reconstitution de l’élection de François-Frédéric Bourgeois, un scrutin a été fabriqué spécialement pour l’occasion par l’ébéniste Libé Vos.

Le recours au hasard a perduré dans la pratique électorale jusqu’au milieu du XIXe siècle dans le canton de Vaud.

Valérie Beauverd