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«J’aurais bien voulu avoir des enfants»

17 juin 2016 | Edition N°1766

Yverdon-les-Bains – Figure romande de la bienveillance, auteure à succès, Rosette Poletti vient de sortir, à 78 ans, son dernier livre, «Petit carnet de pensées». Entretien.

Rosette Poletti, chez elle, dans son appartement cosy d’Yverdon-les-Bains. © Simon Gabioud

Rosette Poletti, chez elle, dans son appartement cosy d’Yverdon-les-Bains.

Rosette Poletti nous reçoit chez elle, dans son appartement cosy de l’Avenue Haldimand, à Yverdon-les-Bains. Au mur, sur la bibliothèque, des centaines de livres; certains écrits de sa plume. Entre moments d’écoute et de silence, l’air affable, l’écrivaine à succès se confie sur son dernier ouvrage, «Petit carnet de pensées», actuellement en librairie. L’occasion, aussi, à près de 80 ans, de revenir sur une vie passée au chevet des autres.

Rosette Poletti, vous venez de signer votre dernier livre. Racontez-nous son histoire…

Contrairement à d’autres ouvrages que j’ai pu écrire, ce n’est pas un livre rédigé avec une réflexion de fond. Il s’agit plus d’un recueil de pensées qui peuvent être lues quotidiennement, avant d’aller au travail par exemple. Aujourd’hui, les gens sont de plus en plus stressés et ont, par conséquent, de moins en moins de temps pour réfléchir au sens à donner à leur vie.

Vous êtes une personnalité aux multiples casquettes. Vous tenez, notamment, une chronique dans Le Matin Dimanche où, depuis 25 ans, vous conseillez les lecteurs dans leurs moments difficiles. Quel regard portez-vous sur l’évolution des problèmes des gens?

Incontestablement, les gens changent et leur manière de vivre évolue. Mais, grosso modo, les problèmes d’aujourd’hui sont les mêmes qu’il y a 25 ans. Simplement, de nouvelles craintes, comme le chômage ou les guerres, se sont greffées sur les problèmes existants. L’arrivée d’Internet a également passablement changé la donne: à force de chercher mille réponses, les gens finissent par s’inventer des problèmes.

Justement, malgré tous ceux auxquels vous êtes confrontée quotidiennement, vous paraissez insatiable. N’est-ce pas usant, à force?

Je suis obligée de me protéger, sinon, c’est sûr que ce serait difficile à vivre. Il ne faut pas non plus oublier que la partie de la population qui s’adresse à moi est la petite frange qui va mal. Mais à côté, il y a énormément de gens qui vont bien. Et heureusement! Mais cela ne veut pas dire que je ne suis pas touchée par ce que me disent ces personnes, au contraire, j’y suis très sensible. Je cherche simplement des moyens de me préserver en n’ayant pas de téléphone fixe, par exemple. Mais je fais cela vraiment par plaisir. Vous savez, certaines personnes font des mots croisés. Moi, j’essaie d’apporter des réponses aux gens, c’est tout (rire)!

Rosette Poletti, à 78 ans, vous respirez l’empathie et la joie de vivre. On a l’impression que rien ne peut vous arrivez…

Et pourtant, croyez-moi, je me vois plus comme un roseau que comme un vieux chêne. Comme tout le monde, il m’arrive d’avoir des «bas» et de pleurer. Mais c’est vrai, à part un grave problème de santé dont j’ai été victime lorsque j’étais jeune, j’ai été épargnée par la vie. Je suis une privilégiée.

Des ennuis de santé qui ont eu comme conséquence l’impossibilité d’avoir des enfants. L’un de vos plus grands regrets?

Oui, j’aurais bien aimé avoir des enfants. Lorsque j’étais malade, j’ai alors su que je ne pourrais jamais être mère. Mais vous savez, j’héberge depuis bientôt trois ans deux réfugiés tibétains, ici à Yverdon. Ils me remplissent de bonheur, je me sens un peu comme une jeune grand-maman de coeur.

Beaucoup vous considèrent comme l’une des figures féminines du protestantisme romand. La frontière entre psychothérapie et spiritualité est-elle poreuse?

Autant la religion peut faire fuir, autant la spiritualité intrigue et attire, comme le bouddhisme par exemple. Personnellement, j’aurais bien voulu être pasteure mais, dans les années soixante, c’était impossible pour une femme, malheureusement.

Vous vous êtes donc consacrée corps et âme au métier d’infirmière, en faisant des soins palliatifs l’un de vos chevaux de bataille. Pourquoi?

J’ai découvert les soins palliatifs aux Etats-Unis, dans les années cinquante. Ça n’existait pas en Suisse. J’y ai découvert une manière d’accompagner et de soulager les personnes en fin de vie, ainsi que de les aider à affronter la mort. Ça a bouleversé ma vie.

La mort, justement, vous fait-elle peur?

Non. On en parle d’ailleurs passablement avec ma famille et mes proches. J’ai vécu une vie pleine, sans regret. J’espère juste que je mourrai sereinement.

Le Nord vaudois, cette terre d’accueil

Yverdon-les-Bains, elle connaît, Rosette Poletti. Aînée d’une famille de trois enfants, après avoir passé son enfance dans la Broye vaudoise, adolescente elle réside trois ans dans la Cité thermale. Bien des années plus tard, elle quitte le village de Ballaigues et dépose à nouveau ses valises à Yverdon pour se rapprocher de sa soeur, notamment.

Simon Gabioud