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Le son du jazz d’un pays où coulent le lait et le miel

6 février 2018 | Edition N°2179

Pour sa deuxième édition, le Nova Jazz a invité plusieurs artistes issus du jazz israélien. Même si Avishai Cohen était la star tant attendue, d’autres musiciens talentueux valaient également le détour.

Les sons mélodieux de la contrebasse d’Omer Avital ont retenti, vendredi dernier, au Conservatoire de musique du Nord vaudois, à l’occasion de l’ouverture du festival Nova Jazz, qui s’est échelonné tout au long du week-end dernier, à Yverdon-les-Bains. Dans une atmosphère intime, le musicien israélien -il s’est exilé à New York- a déroulé son répertoire, accompagné par quatre musiciens de talent. Son instrument à cordes résonnait harmonieusement avec le piano d’Eden Ladin, la batterie d’Ofri Nehemya, ainsi que les saxophones d’Asaf Yuria et d’Alexander Levin.

Omer Avital à la contrebasse, entouré des saxophonistes Asaf Yuria (à g.) et Alexander Levin, lors de l’ouverture du festival. ©Gabriel Lado

Omer Avital à la contrebasse, entouré des saxophonistes Asaf Yuria (à g.) et Alexander Levin, lors de l’ouverture du festival. ©Gabriel Lado

 

 

 

Sur scène, les artistes ont présenté plusieurs titres de leur prochain album, qui sortira dès ce printemps. Influencé par les origines yéménites et marocaines d’Omer Avital, le quintet a su intégrer des sonorités orientales au jazz, tout en mélangeant plusieurs éléments de world musique. Dans cet ensemble musical, les deux solos d’Omer Avital ont su transporter les spectateurs dans un univers onirique, où une reine de Saba aurait pu danser jusqu’au bout de la nuit. L’artiste et ses musiciens ont pris du plaisir à jouer et, par conséquent, ils ont transmis cette émotion au public. Une vraie rencontre musicale.

Une première pour Shalosh

Dans un autre univers jazz, plus frénétique cette fois, le trio Shalosh (ce terme signifie «trois» en hébreu) s’est produit pour la première fois en Suisse, sur la scène de L’Echandole, dimanche dernier. Contrairement à la contrebasse d’Omer Avital, celle de David Michaeli se révèle plus discrète. Dans ce trio-là, c’est le piano de Gadi Stern qui déploie des sons virevoltants, lesquels s’entrechoquent avec la batterie de Matan Assayag. Les trois jeunes artistes, qui partagent leur vie entre Israël et New York, ont présenté quelques titres de leur nouveau disque, intitulé «Rules of oppression». Influencés par des groupes tels qu’Oasis ou R.E.M., les musiciens offrent, ainsi, au spectateur un jazz beaucoup plus rock, comme sur «Even cowgirls get the blues». Le trio s’inspire des années 1990 pour réinterpréter à sa manière des titres comme «Torn», de Natalie Imbruglia. Mais c’est «Leaving Maine» qui retient l’attention de l’auditeur, un morceau plus méditatif que les autres titres.

Aux couleurs orientales

D’autres artistes israéliens se sont également produits à différents endroits de la Cité thermale, parmi lesquels l’excellent contrebassiste Adam Ben Ezra, véritable phénomène, qui a marqué le public par sa performance unique et audacieuse.

Quant au quartet mené par André Hahne, le directeur de Nova Jazz lui-même, il a rendu un bel hommage au groupe Masada, créé par le compositeur new-yorkais John Zorn, dont les thèmes s’inspirent de la musique folklorique d’Israël.

Enfin, le groupe Tatran, qui jouait aussi pour la première fois en Suisse, a su insuffler une ambiance rock électronique aux quelque 200 spectateurs venus écouter le trio de Tel-Aviv, à la salle de concert de L’Amalgame, samedi soir.

Concert dans toute sa splendeur

Avishai Cohen, l’artiste israélien aux multiples facettes artistiques -il a notamment composé des musiques de film et élaboré plusieurs projets de travail orchestral- était très attendu, samedi soir, sur la grande scène du Théâtre Benno Besson, à Yverdon-les-Bains. «En deux semaines, on avait déjà vendu tous les billets, se félicite André Hahne, directeur et programmateur du festival Nova Jazz. Les 450 spectateurs l’attendaient avec beaucoup d’enthousiasme et la rencontre musicale a eu lieu, puisque Avishai Cohen a offert un concert dans toute sa splendeur.»

Pour son concert, Avishai Cohen, l’une des figures majeures du jazz actuel, était accompagné d’Omir Mor, au piano, et d’Hamar Doari, aux percussions ©Gabriel Lado

Avishai Cohen, à la contrebasse (au centre) et ses deux musiciens, Omri Mor, au piano (à g,) et Hamar Doari, aux percussions (à d.). © Gabriel Lado

Par ailleurs, le programmateur se réjouit de la venue d’un public nombreux à l’occasion de cette deuxième édition. «Je ne vois pas pourquoi une ville de la taille d’Yverdon-les-Bains ne pourrait pas se targuer d’un festival de jazz, remarque André Hahne. Au niveau des mélomanes, on sent qu’il y a un intérêt particulier pour le Nova Jazz.»

Au vu du succès rencontré lors de cet événement, le directeur annonce déjà une troisième édition programmée pour l’année prochaine. Un indice quant à la destination de cette future rencontre? «Mystère, je préfère ne rien dévoiler pour l’instant», déclare, un brin malicieux, André Hahne.

Toutefois, s’il on en croit les points cardinaux, cette prochaine manifestation pourrait avoir bien lieu au sud ou à l’ouest.

Valérie Beauverd