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La bise a peut-être sauvé les cultures

7 mai 2019 | Edition N°2492

Un froid glacial s’est abattu sur la région dans la nuit de dimanche à hier. Et ce n’est pas fini. S’il suffit, à la plupart d’entre nous, de ressortir nos habits d’hiver du placard, les agriculteurs sont inquiets pour leurs cultures. Si certains se montrent moins pessimistes que d’autres, tous veillent au grain.

A Cheseaux-Noréaz, Pierre-Alain Schwander cultive des fruits et des céréales. Il a semé assez tôt son maïs et son tournesol, mais il ne les a pas enfouis profondément dans le sol. Le risque que ses cultures aient gelé est bien réel. «En général, nous ne nous apercevons des dégâts que quelques jours après la période de froid. Actuellement, les plants de céréales ne sortent que de 2 cm du sol. Il y a donc une chance que tout ne soit pas fichu, explique-t-il. J’ai davantage d’inquiétude pour les arbres fruitiers. Quoi qu’il en soit, la neige qui est tombée il y a trois semaines nous a causé beaucoup plus souci que le froid de ces dernier jours.» David Vuillemin, conseiller technique à l’Union fruitière lémanique, se garde bien, lui aussi, de tirer un premier bilan. «Il faut attendre un jour ou deux avant de savoir. Il suffit que la bise souffle pour que les cultures aient des chances d’être épargnées. Car si elle nous donne une impression de froid, elle crée des courants d’air qui empêchent le froid de stagner au sol. Je sais que quelques producteurs de fraises ont eu des soucis, mais une bonne partie des récoltes sont sous tunnels, et donc relativement épargnées. Je pense qu’on a frisé le code, mais que la bise nous a sauvés», note-t-il.

A Belmont-sur-Yverdon, Vincent Chevalley était sur le qui-vive, ces derniers jours. Le producteur a planté des betteraves et du maïs, mais il s’est montré relativement prévoyant en les semant à une bonne profondeur. C’est peut-être ce qui va sauver sa récolte. Il a par ailleurs recouvert ses plants de pommes de terre avec une bâche en acryl et il a fait de même avec ses fraises la nuit dernière.

Hauts et bas dans les vignes

Du côté des producteurs des Côtes de l’Orbe, on se montre moins optimiste. Christian Dugon, de Bofflens, cultive six hectares de vigne. «Je n’arrive pas savoir quelle sera la proportion de raisin fichu. Quand le froid les brûle, les bourgeons deviennent bruns foncés comme du tabac, et il n’y a rien à faire pour empêcher cela. Je crains le pire. Nous n’avons pas de chaufferettes, rien, déplore-t-il. Il me semble que ces coups de froid sont de plus en plus fréquents. Comme nous avons eu de gros dégâts en 2017, nous avons pris une assurance pour la deuxième année consécutive. Car c’est notre salaire qui est en jeu.»

Quant à Olivier Chautems, agriculteur et viticulteur à Champvent, il pense être passé entre les gouttes. «Je ne crois pas avoir eu des dégâts dans les vignes. En tous les cas, ça ne devrait pas être trop conséquent. Tout dépend des courants de bise. Je sais qu’à Mathod, par exemple, il fait plus vite froid que chez nous. De toute façon, on ne peut pas faire grand chose», souligne-t-il, philosophe.

Tous savent, en revanche, que les Saints de glace – Saint Mamert, Saint Pancrace et Saint Servais – sont traditionnellement célébrés les 11, 12 et 13 mai. La vigilance est donc de mise. Une fois cette période passée, le gel ne serait plus à craindre. Cela reste à vérifier…

Dominique Suter