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La photographie s’évade hors de son cadre
Une salamandre en céramique de l’installation de Myriam Ziehli, dans une lumière rouge représentant l’aube. © Joanne Habegger

La photographie s’évade hors de son cadre

1 février 2024

Arts – Six artistes questionnent les limites de la photographie au Centre d’art contemporain d’Yverdon-les-bains, pour la nouvelle exposition Feel/Fire. Parmi eux, Myriam Ziehli et Jessie Schaer présentent un travail ancré dans leurs souvenirs d’enfance dans le Nord vaudois.

Myriam Ziehli a grandi dans la région d’Yverdon et attache une affection particulière à la Grande Cariçaie, dans laquelle sa mère l’emmenait souvent. Pour l’exposition au Centre d’art contemporain, elle s’est laissé inspirer par cette réserve naturelle entre eau et terre, représentant des éléments trouvés dans les étangs. «Ce que je trouve beau avec la façon dont ma mère m’a appris à regarder le monde, c’est le fait de prêter particulièrement attention aux détails, aux éléments qu’on ne voit pas toujours », explique l’artiste.

Ainsi, elle a choisi de représenter rainette, salamandre et feuilles mortes avec de la céramique colorée. Elle a arrangé les éléments en un chemin pour reconstituer visuellement l’écosystème de la Grande Cariçaie, l’éclairant avec de la lumière colorée: «J’en avais marre des néons blancs qu’on trouve habituellement dans les espaces d’art, et je souhaitais représenter l’aube et les étangs par le rouge et le bleu.»

Au bout du chemin, affichées au mur, se trouvent des photographies de sa mère, au centre, à qui elle souhaitait rendre hommage, entourées d’un arbre de la plage d’Yverdon ainsi que de vers de terre auxquels elle souhaite «rendre leur juste place». Tout autour, des séries de photos représentent des détails repérés dans la région. «Une fois qu’on met ces images les unes à côtés des autres, comme des briques, cela crée des histoires et des émotions.» Face au mur qui porte ces images se trouve un banc sur lequel les visiteurs peuvent s’asseoir, et se laisser divaguer dans l’environnement créé par Myriam Schaer, qui souhaitait représenter ce lieu plein de souvenirs qu’est la Grande Cariçaie. Mais le plus important pour la jeune artiste avec cette installation est le fait qu’elle est très directe, littérale: «Il n’y a pas de secrets, il suffit de se laisser aller.»

Œuvres pleines d’émotions

La seconde artiste régionale est Jessie Schaer, originaire d’Yvonand et vivant à Sainte-Croix depuis une dizaine d’années. Pour l’exposition Feel/Fire, elle présente une œuvre en l’honneur de son père décédé à seulement 49 ans, il y a huit ans. «Je ne m’attendais pas à vivre un second deuil, mais travailler sur ce projet a été un vrai laboratoire émotionnel», raconte l’artiste. Jessie Schaer s’est inspirée du nom de son père, Pierre, et de son amour pour la montagne pour réaliser diverses œuvres contenant ces éléments.

«J’ai réfléchi à comment je pouvais représenter mes émotions et mon deuil», révèle l’artiste. Ce travail l’a menée à réaliser une œuvre fragmentée, composée de nombreux éléments, qui montre la photographie sous un nouvel angle. L’artiste a ainsi réalisé plusieurs pièces, comme des tuiles en bois sur lesquelles sont imprimées des photographies de pierres, ou encore un cadre suspendu à l’horizontal duquel descend un fil rouge.

«Je voulais vraiment construire mes images, donc je n’ai pas utilisé de photos souvenirs de mon père», explique l’artiste. Elle a donc allié les deux médiums dans lesquels elle se spécialise, la photographie et la sculpture. «J’avais l’idée de remplir la pièce de pierres, mais j’ai décidé de construire mes propres pierres avec du papier mâché et des photographies de fragments de pierres de Sainte-Croix», raconte Jessie Schaer, avant de souligner que l’entièreté des œuvres ont été confectionnées dans la région.

Arpitettaz, de Jessie Schaer, sort du cadre.
© Joanne Habegger

L’installation n’a été finalisée que très récemment, après une semaine passée à réfléchir aux pièces qu’elle souhaitait garder ou non, et comment elle voulait les arranger. «L’une d’entre elles a même été réalisée sur place, alors que je ne l’avais pas imaginée», souligne l’artiste à propos d’une œuvre avec des rubans en papier descendant le long du mur jusqu’à des pierres en papier mâché.

«Il faut comprendre qu’on visite les lieux au début, puis on conçoit notre installation, mais certains aspects ne sont pas pris en compte et nous poussent à la modifier à la dernière minute», développe l’artiste, soulignant que ce travail peut être très satisfaisant. «Passer des heures à rassembler toutes ces idées a vraiment été un travail émotionnel pour moi, je suis contente d’avoir été si bien entourée par les commissaires de l’exposition.»

Une œuvre qui contient d’autant plus d’émotions que c’est la première fois que l’artiste expose à Yverdon, après dix ans de carrière, et juste avant qu’elle ne parte pour la Belgique. «C’était une façon de dire adieu à la région», révèle Jessie Schaer avec émotion. L’artiste s’en va pour six mois à Bruxelles, en résidence artistique pour un temps de réflexion et d’apprentissage. Ce projet concentré sur ses origines lui permet donc de faire une transition au niveau émotionnel, mais aussi professionnel.


Infos pratiques

Dates de l’exposition: vernissage le 3 février, exposition du 4 février au 14 avril

Lieu: Centre d’Art Contemporain Yverdon-les-Bains, Place Pestalozzi, 1400 Yverdon-les-Bains

Commissaires de l’exposition: Rolando Bessatti, directeur du CACY, Léonore Veya, doyenne à l’école d’art de Vevey

Plus d’infos: centre-art-yverdon.ch

 

Joanne Habegger

Rédaction