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La renaissance après une longue traversée du désert

13 mars 2019 | Edition N°2456

Le pâtissier Philippe Guignard a fêté les 30 ans de son installation à la Grand-Rue, mais aussi les 25 ans de son union avec Roselyne.

«Sans elle, il n’y aurait pas de Guignard aujourd’hui!» Cet aveu de reconnaissance, empreint d’une légitime admiration, émane de Philippe Guignard. Et il s’adresse bien évidemment à Roselyne, une femme et une épouse simplement admirable.

Plus uni que jamais, le couple fête les 30 ans de son installation à Orbe, mais aussi les 25 ans de son union. Philippe n’imaginait sans doute pas meilleur cadeau le jour de ses 56 ans. Mercredi soir, il a réuni de très nombreux amis, les fidèles des fidèles, dans les locaux de la Grand-Rue libérés par OVS, face à Guign’Art, la nouvelle enseigne du pâtissier.

Cet évènement était bien évidemment l’occasion idéale pour rencontrer Philippe Guignard. Après une longue traversée du désert, faite de hauts et de bas, il revit. «Le plus difficile, c’est d’accepter la maladie et d’en sortir. La dépression, c’est quelque chose de terrible. Il y a des amis qui m’ont appelé tous les jours. Roselyne et notre fils, âgé de 16 ans et demi, je ne serais plus là.» Il lui a fallu près de cinq ans de traitement pour retrouver un équilibre. «L’été dernier, alors que nous étions en Valais, un jour je ne pouvais pas marcher plus de cinq minutes et, le lendemain, on montait à la Grande-Dixence.»

Un soutien indéfectible

Alors que d’autres auraient pris leurs distances, Roselyne a fait face: «On oublie parfois qu’on se marie pour le meilleur et pour le pire. C’est le cœur. Cela aurait pu m’arriver aussi. On a été soudés tous les trois. On s’est accrochés, on a tenu bon», relève-t-elle avec un naturel qui ne souffre aucun doute.

A chaque rechute, elle était là pour l’aider à remonter la pente. Et cette Française originaire de la Sarthe de lancer, avec une injonction empreinte de foi: «Je ne fais que porter son nom et j’en suis fière!»

Une période complètement folle

Le Philippe Guignard d’aujourd’hui n’a plus rien de comparable avec le célèbre pâtissier porté aux nues lorsqu’il servait mille repas à Berne, cuisinait pour Mikhaïl Gorbatchev ou encore pour Al Gore. Et encore moins avec le héraut d’Orbe qui s’était mis en tête de sauver un Lausanne Sport exsangue et ses 6,5 millions de francs de dettes, abandonné par Waldemar Kita, actuel propriétaire du FC Nantes.

Objet de multiples sollicitations, Philippe Guignard avait pignon sur rue à Montreux, à Lausanne, avait fait du chalet de La Breguettaz un must de la gastronomie montagnarde, gérait l’Hôtel des Horlogers pour Audemars Piguet, le Beau-Rivage à Neuchâtel, ou encore La Prairie à Yverdon-les-Bains. Une hyperactivité qui a tué le sommeil et a failli le faire mourir. «Le problème, c’est que je ne savais pas dire non!»

Reconquérir la confiance

Puis le vent a tourné, les déboires se sont accumulés et il n’a plus pu faire face. Lucide, il ne cesse de demander pardon. Mais cela ne lui suffit pas. «En tant que chrétien, on se sent toujours redevable.»

De cette période de folie, Philippe Guignard a tiré les leçons: «La boulimie, c’est fini!»

Tout lui avait pourtant souri jusque-là. Après un apprentissage de boulanger-pâtissier chez Court, à Orbe, et une collaboration avec Roland Brouze à Vallorbe, il a ouvert son enseigne à la Grande-Rue à Orbe en 1989. Cela a été le début d’une ascension spectaculaire. «Il n’y avait pas une semaine sans une transformation», souligne-t-il.

Le public, autant séduit par ses créations que par ses fameux brunchs du dimanche, se précipitait dans la Cité aux deux poissons, venu de tout le canton. «Je me suis inspiré de cette idée en Suède.» Repas de soutien, réceptions: la marque Guignard était connue dans tout le pays.

La bonne dimension

Si la belle aventure a débuté au cœur d’Orbe, c’est aussi au centre de la localité qu’elle se poursuit désormais, à l’enseigne de Guign’Art: «Nous avons une équipe d’une dizaine de personnes, composée de jeunes, mais aussi de fidèles, qui ont quinze et vingt-cinq ans de service. Ils sont tous très motivés.»

Philippe Guignard a renoué avec un métier qui lui plaît et il se sent plus à l’aise que jamais.

A-t-il d’autres projets? «En décembre dernier, j’ai été sollicité par un entrepreneur fribourgeois. Nous allons gérer la Pinte des Vernes, à Pringy. La Gruyère, c’était un rêve que j’avais à 12 ans déjà!» Il ne pouvait donc pas résister à l’appel. Mais plus question de croissance démesurée. «Nous voulons simplement être heureux», lâche, en guise de conclusion, un homme véritablement engagé sur la voie de la rédemption.

Isidore Raposo