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La roue tourne enfin en faveur d’Antoine Aebi

14 août 2019 | Edition N°2559

Bien qu’actuellement coupé dans son élan par une chute, le Sécheron a retouvé toute sa verve sur son vélo. Le coureur de 20 ans est devenu vice-champion de Suisse des moins de 23 ans à la mi-juin.

Les évènements n’ont pas épargné Antoine Aebi. Le jeune talent du Vélo Club Orbe vient de passer deux années compliquées avec, alors qu’il n’avait que 18 ans, la perte de son papa en 2017, puis des changements professionnels l’année suivante – la dernière de son CFC d’employé de commerce; il a consacré beaucoup de temps à l’obtention de ses diplômes – qui lui ont laissé moins de latitude pour se vouer corps et âme à sa carrière sportive.

Bien sûr, le jeune homme a continué sans cesse à s’entraîner pour conserver un minimum de coffre, mais il était loin des kilomètres qu’il peut avaler aujourd’hui, libéré de toute autre responsabilité que celle de se consacrer à la petite reine. «Je roule au niveau continental, avec mon équipe Akros Thömus, pour la deuxième saison consécutive. Mais, dans les faits, c’est la première vraie année où le vélo est ma priorité», lance le cycliste de Suchy.

Une année en cinq mois

Car le choix est évident: Antoine Aebi veut se laisser une chance de percer dans le peloton, de vivre de sa discipline de cœur et de jambes. «Cette année, à la fin du mois de mai, j’avais 12 500 kilomètres à mon compteur. C’est autant que durant toute ma saison 2018, prend-il pour exemple. Ma vie a changé. Il a fallu s’adapter à mon nouveau rythme, à ma charge d’entraînement qui a considérablement augmenté, mais je crois que je gère plutôt bien. Je ne me sens pas cramé.»

Le Sécheron se réjouissait même d’une deuxième partie de saison riche en évènements potentiels à son calendrier – notamment s’il était appelé avec l’équipe de Suisse pour certaines courses –, mais une récente chute l’a freiné dans son élan (lire encadré).

Cela n’enlève rien au véritable renouveau qui l’habite. «Je n’attendais rien de particulier de cet exercice, que je prends comme une saison de transition entre mon monde d’avant et celui d’un sportif d’élite. Une vision que les discussions que j’ai pu avoir avec l’ancien coach national, Danilo Hondo, ainsi que Laurent Dufaux confirmaient. Pour moi, il s’agit d’une année d’apprentissage et pour prendre de la caisse. L’idée est plutôt de performer en 2020, afin de parvenir à décrocher un contrat pour la suite de ma carrière», se projette-t-il.

Déjà les premiers fruits

Dans les faits, les premiers résultats sont même tombés bien avant l’échéance escomptée. Preuve que le travail effectué est bon. Ainsi, Antoine Aebi a été sacré vice-champion de Suisse M23 à la mi-juin – la première médaille nationale à son palmarès –, en se hissant dans une échappée de douze coureurs lors de la course qui faisait aussi office de championnats pour les Allemands et les Luxembourgeois. Plus tôt dans la saison, il s’était déjà illustré en prenant le 9e rang du Grand Prix de Rhodes, en Grèce, une épreuve de la Coupe des Nations. Enfin, il s’est aussi classé 4e du prologue du Tour de Sibiu, en Roumanie. Une performance inattendue. «Par rapport à l’année passée, il n’y a pas photo. Auparavant, je subissais régulièrement la course, alors qu’à présent je peux en être un véritable acteur.»

Sans son plus grand fan

Désormais établi à Olten, où il a suivi son amie qui poursuit ses études dans le canton de Soleure, Antoine Aebi vit de ses économies et des soutiens qu’il a pu trouver au long de sa carrière. «C’est clair depuis petit, je veux percer dans le vélo, sans que ce soit une obsession.» Un rêve qu’il tente de matérialiser sans le soutien de son plus grand supporter, qui l’accompagnait partout. «Ce n’est pas toujours facile à présent, car je me retrouve à tout faire sans mon papa. Peu après son décès, j’avais gagné une course, mais il n’était pas auprès de moi pour fêter. Je n’avais pas particulièrement savouré le moment. Cette année, j’aurais bien voulu partager ma joie avec lui après ma 2e place aux Championnats de Suisse.»

 

Pas de fracture, mais une belle frayeur

En course en Bretagne, début août, Antoine Aebi a chuté lors de la première étape de l’épreuve à laquelle il participait. Une galipette qui lui a valu de devoir porter une minerve autour du cou durant quelques jours. Heureusement, des examens approfondis ont confirmé qu’il ne souffrait d’aucune fracture aux cervicales.

Le Sécheron a, depuis, pu gentiment remonter sur son vélo. Il espère pouvoir retrouver la compétition au début du mois de septembre. Un moindre mal après une telle péripétie.

Manuel Gremion