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L’ancien chef de place de l’Aéroclub s’est envolé pour la dernière fois

4 juin 2019 | Edition N°2511

 

Jeudi dernier, l’avion dans lequel avait pris place Daniel Girardet s’est écrasé peu après le décollage.

C’est un pilote hors pair qui a perdu la vie jeudi dernier. Daniel Girardet, chef de place de l’aérodrome d’Yverdon-les-Bains dans les années septante à huitante, est décédé dans le crash d’un avion. Peu après son décollage de l’aérodrome de Prangins, près de Nyon, l’appareil s’est écrasé dans un champ à Gland. Un homme et une femme d’une cinquantaine d’années, dont un pilote également très expérimenté, ont été grièvement blessés dans l’accident. Ils ont été transportés au CHUV par hélicoptère. On ne sait pas, pour l’heure, qui était aux commandes de l’avion. Une enquête a été ouverte par l’Office fédéral de l’aviation civile et par le Ministère public du Canton de Vaud.

Marc-André Marchand, chef de place à l’aérodrome d’Yverdon-les-Bains, a connu Daniel Girardet dans les années septante, alors que lui-même était apprenti pilote. «Il était d’un abord sympathique, bien que discret. C’était réellement un passionné d’aviation. Il ne vivait que pour voler. Toute sa carrière s’était orientée autour de l’aéronautique.»

Selon François Krull, président de l’Aéroclub de la Côte et lui-même pilote, «l’appareil n’était pas particulièrement vieux». Tout en ajoutant qu’il s’agit d’un modèle de tourisme très utilisé par les aéroclubs. Dans sa chute, l’engin n’a touché aucun bâtiment.

Toute une vie pour l’aviation

Daniel Girardet était âgé de 75 ans. Il était très fier de son autogire, sorte de planeur ultra-léger motorisé (ULM) croisé à un hélicoptère. Il était connu comme le loup blanc et passait rarement inaperçu dans le ciel de la Côte.

D’abord pilote de chasse dans l’armée suisse, il a fait partie de l’escadron de surveillance durant onze ans. Il avait connu un premier crash à bord d’un Mirage et s’en était sorti en actionnant son siège éjectable. Il avait poursuivi sa carrière sur les avions de ligne de Swissair, compagnie pour laquelle il travailla durant vingt-trois ans, avant de rejoindre Swiss. Il avait également formé de nombreux pilotes dans la région, puisqu’il était chef de place et instructeur à l’Air Club d’Yverdon-les-Bains. Alfred Ramseyer, un ancien pilote militaire, a souvent volé en compagnie de Daniel Girardet: «C’était un très bon pilote et un très bon camarade. Il avait un caractère ouvert, jovial. C’était quelqu’un de positif. Je me souviens qu’il avait été blessé lorsqu’il avait du s’éjecter de son Mirage. Mais il n’a jamais renoncé à voler. On se voyait encore deux à trois fois par année.»

Il était aussi l’un des pilotes de la «Paléo Airline». Les festivaliers le voyaient tournoyer au-dessus de la plaine de l’Asse, durant le festival avec, à son bord, les bénévoles les plus méritants. «C’est un vrai plaisir de voler et si je peux transmettre cela aux autres et leur faire passer un beau moment, c’est encore mieux», confiait-il dans les colonnes de La Côte, l’été dernier. Ces vols au-dessus du Paléo, il les partageait avec un autre aviateur de la Côte, Marcel Briand. Ce dernier se souvient: «C’était un excellent pilote et un excellent chef d’aérodrome. Il était toujours là quand on avait besoin de lui. Il était aussi instructeur et nous donnait volontiers des conseils techniques. Il a fait énormément pour tous les pilotes qui volent à Prangins.»

à la retraite depuis plusieurs années, Daniel Girardet avait été nommé chef de place à Prangins en 2006. C’est lui qui se chargeait de l’entretien du site mais, surtout, de l’application des normes édictées par l’Office fédéral de l’aviation.

L’été dernier, il avait évoqué les spécificités de cet aérodrome de la Côte. «Ce n’est pas un terrain facile, car il est court et l’on croise très vite des arbres qui se trouvent près de la piste.»

Un drame mystérieux

L’avion a-t-il touché ces arbres? A-t-il rencontré un problème technique? Le pilote a-t-il fait un malaise? Les causes de l’accident demeurent inconnues. Mais, aux dires de Marcel Briand, les conditions étaient idéales: «Il faisait grand beau et il y avait une petite bise qui favorise le décollage.»

Antoine Guenot/La Côte

Dominique Suter