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L’ancienne tisserande met fin à son ouvrage

16 avril 2019 | Edition N°2479

Ortrud Nicoloff fermera sa galerie YvArt en juin prochain. Cet espace d’exposition dédié à l’art appliqué fut son atelier de tissage durant près de dix ans.

Les Yverdonnois qui s’arrêtaient autrefois devant la vitrine sise au numéro 25 de la rue de la Plaine se souviennent peut-être du métier à tisser d’Ortrud Nicoloff. Ses doigts délicats filaient la soie pendant de longues heures et les badauds s’agglutinaient sur le trottoir pour l’observer avec curiosité. C’était au milieu des années 1980. À cette époque, elle fabriquait des étendues d’étoffe soyeuse aux motifs variés. Dans un vieux classeur blanc, elle conserve encore aujourd’hui de nombreuses images de ses réalisations. «Je me suis beaucoup inspirée du styliste japonais Issey Miyake pour créer mes propres vêtements, qui étaient toujours très amples», explique-t-elle.

Et puis, cette vitrine s’est peu à peu métamorphosée en espace d’exposition. «J’ai commencé par y déposer des objets créés par des amis que j’avais connus à Genève lorsque j’y vivais, raconte cette Yverdonnoise d’adoption. Et dans les années 1990, je me suis lancée et j’ai ouvert ma propre galerie, YvArt.»

Plus de 100 expositions au compteur

Après 110 expositions, Ortrud Nicoloff a décidé de fermer, en juin, cet espace qui fait la part belle à l’art appliqué. Mais avant d’éteindre définitivement les lumières de sa boutique, elle s’offre encore une dernière exposition, au mois de mai, avec les céramiques de Sophie Thévenaz, une artiste installée à Vuitebœuf. «à mon âge, j’ai envie de me consacrer à mes petits-enfants. C’est une autre étape de ma vie qui s’ouvre à moi. J’ai la motivation et l’énergie pour le faire», poursuit la septuagénaire d’origine allemande (lire encadré).

À cet instant, une petite frimousse malicieuse surgit devant la galerie. C’est Adélie, sa petite-fille. Un parapluie bleu foncé entre les mains, l’enfant frappe contre la vitre, tire la langue et éclate d’un rire franc avant de regagner à toute vitesse son domicile, situé dans l’arrière-cour. «Je vis pour ces instants-là, confie la grand-mère de la fillette. à la mort de mon mari (ndlr: le comédien Serge Nicoloff), mes enfants ont repris l’immeuble et la galerie à leur nom. J’ai la chance de pouvoir compter sur leur soutien et je leur en suis très reconnaissante.»

Mais revenons à la galerie yverdonnoise. Sur les étagères blanches, on retrouve les céramiques en grès de Peter Fink, un artiste d’épendes (FR). Des assiettes aux couleurs vives et des presse-citrons bicolores suscitent l’intérêt de nombreux visiteurs de la région, comme ce client qui souhaite offrir de la nouvelle vaisselle à sa femme. «Mon épouse ne parvient pas à se décider, alors je le fais pour elle», glisse-t-il avec le sourire.

De nombreux coups de cœur

Sur la paroi opposée, les créations en verre soufflé de Valérie de Roquemaurel et de Yann Oulevay, dont l’atelier se trouve à Pomy, attirent l’attention. «J’ai été la première à exposer les œuvres de ce duo», assure Ortrud Nicoloff. Et de préciser: «Dès le départ, j’ai souhaité collaborer avec des artistes régionaux pour mettre en valeur des bijoux, des céramiques ou encore de la maroquinerie destinés à l’usage quotidien. Je connais leurs ateliers et je sais comment ils travaillent.» Cette proximité avec les artisans lui permet d’ailleurs d’expliquer à certains visiteurs qui estiment que les prix sont élevés tout ce qu’il faut accomplir pour réaliser ces différentes pièces. «Parfois, ils ne se rendent tout simplement pas compte du nombre d’heures de travail nécessaires aux artistes.»

Par ailleurs, la septuagénaire sélectionne les créations qu’elle veut exposer par coup de cœur. «C’est très subjectif, mais avec le temps, on apprend à se faire confiance», remarque Ortrud Nicoloff. Grâce à son flair pour les belles pièces, elle a réussi à faire vivre YvArt durant plus de vingt ans.

Valérie Beauverd