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L’ange gardien des tortues a fait mouche

24 janvier 2019 | Edition N°2421

Chavornay  –  Président de l’association Protection et récupération des tortues, Jean-Marc Ducotterd a été désigné personnalité de l’année 2018 par les lecteurs de La Région Nord vaudois.

Son dévouement sans faille pour la cause des tortues, depuis vingt-cinq ans, a touché le cœur des habitants de la région, et bien au-delà. Président de l’association Protection et récupération des tortues, à Chavornay, Jean-Marc Ducotterd remporte le titre de personnalité de l’année 2018, devant les huit autres candidats nominés par la rédaction de La Région Nord vaudois. Pour l’occasion, il a accepté de répondre à quelques questions décalées, sur le thème du fameux reptile.

Chez les Tortues Ninja, vous êtes plutôt Leonardo, l’aîné qui prend toujours au sérieux la pratique des arts martiaux et qui encourage ses frères, Raphaelo, la tête brûlée du groupe, Donatello, le pacifique de l’équipe, ou Michelangelo, qui cache un ninja agile et redoutable derrière son attitude enfantine?

Je n’ai jamais vu un seul épisode des Tortues Ninja! (Rires) J’avoue que j’ai toujours trouvé ça débile… Mais à choisir, je dirais Leonardo.

Ça colle assez bien avec vous. Leonardo, c’est celui qui encourage les autres et ici, au centre Emys à Chavornay, vous êtes la locomotive…

Avec beaucoup de chevaux!

Votre carapace à vous, de quoi est-elle faite?

Je pense que c’est un peu le boulot. Je bosse beaucoup pour, peut-être, éviter de cogiter et avancer. Et pour que les choses soient faites, que mes bénévoles soient au taquet et qu’ils puissent se dire: Le boss est là, en salopette avec une pelle et une pioche, et pas seulement dans les journaux.

Dans la fable Le lièvre et la tortue, Jean de La Fontaine a écrit: «Rien ne sert de courir, il faut partir à point.» Est-ce votre cas?

Non, j’attends souvent la der’ pour faire les choses. Je sais que je dois finir à telle date et que ça va fonctionner. Pour être efficace, il faut que je sois sous stress. Mais un bon stress: j’ai eu des périodes de mauvais stress, et ce n’était pas très cool. Entre les tortues, le travail et le volet privé, il faut trouver un équilibre. J’ai beaucoup de chance, car ma femme est impliquée avec moi depuis le début. Et mes deux enfants me soutiennent beaucoup aussi.

Selon un proverbe malien, «la tortue est la plus sage car elle transporte sa maison». Etes-vous d’accord?

Oui, c’est quelque chose d’important. La maison, c’est là où on se ressource, elle a un côté protecteur et sécuritaire. Et l’avoir avec soi, c’est vachement bien.

Quand une tortue tombe sur le dos, elle a de la peine à se retourner. Et vous, lorsque vous vous retrouvez dans une position inconfortable, avez-vous de la facilité à vous relever?

Oui. Je peux vous donner un exemple: quand j’ai commencé les recherches de fonds pour le nouveau bâtiment, j’ai fait une grosse demande à un organisme, et j’ai reçu une réponse négative. Là, je me suis dit: je suis foutu, je peux abandonner et tuer toutes mes tortues. C’était un samedi. Le dimanche, je suis venu dans l’ancien centre, je me suis assis au milieu des tortues et je leur ai dit: Ne vous inquiétez pas, papa va faire le nécessaire. Et j’ai redémarré! Je dirais que je tourne la page très vite et je regarde vraiment devant.

Goûteriez-vous à une soupe de tortues?

Non! Mais à des œufs de tortue, oui.

Vous avez déjà essayé?

Oui, mais je les avais récupérés ici. Une grosse tortue avait pondu une quarantaine d’œufs, et on les jette. Je me suis dit que j’allais goûter! Je les ai ramenés à la maison et j’ai fait une omelette. Ma femme et mes enfants étaient dégoûtés! Je n’ai pas tout mangé: ce n’est pas très bon et il n’y a quasiment que du jaune! Mais je ne mangerais pas des œufs achetés sur un marché à l’étranger…

Un dernier proverbe africain pour la route: «Celui qui se lève tard ne voit jamais la tortue se laver les dents le matin…» Qu’est-ce cela vous inspire?

(Eclats de rire) Qu’il se lève tôt ou tard, il ne verra jamais la tortue se brosser les dents puisqu’elle n’en a pas!

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«C’est une belle reconnaissance»

«Je suis très content et assez fier. C’est une super reconnaissance, pour moi et les 30 bénévoles du centre Emys, pour tout le travail qu’on fait ici», réagit Jean-Marc Ducotterd à propos de son titre. S’il ne s’attendait pas du tout à figurer parmi les neuf nominés, il confie avoir activé son réseau pour glaner un maximum de voix dès qu’il a su qu’il était en lice: «Je faisais de la compétition de moto à l’époque. Quand on joue, on aime bien gagner!»

Plus concrètement, il espère que cette victoire aidera «à faire connaître le centre et le monde des tortues». Après avoir déplacé des montagnes, ce passionné est arrivé à lever 1,7 million de francs afin d’offrir un nouveau toit à ses protégées en construisant un bâtiment de 600 m2 et plusieurs bassins, à Chavornay. Achevé l’an dernier, le centre Emys accueille aujourd’hui 2300 reptiles, mais il manque encore environ 350 000 francs pour compléter les installations.

Il y a vingt-cinq ans, lorsqu’il a recueilli ses premiers reptiles, Jean-Marc Ducotterd n’imaginait pas qu’il en serait là aujourd’hui. «Je pensais qu’on ferait ça pendant dix ans et qu’ensuite, on fermerait le centre car on aurait résolu le problème et qu’il n’y aurait plus de tortues à récupérer. En réalité, le problème s’amplifie et, l’an dernier, on a battu le record en en récupérant 570.»

Caroline Gebhard